La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

samedi, janvier 05, 2008

Orlof part en live (2)

En guise de rétrospective de l’année 2007, un petit panorama des concerts auxquels j’ai assisté de septembre à décembre.

Traditionnellement, la « saison » des concerts s’ouvre par un grand concert de rentrée gratuit, en plein centre-ville de Dijon. Depuis 2002, toute la ville se presse pour assister à ce grand évènement où les personnalités invitées sont généralement « locales » sans pour autant être totalement inconnues. Ainsi, en six concerts, nous avons eu le plaisir de voir et d’entendre l’immense Yves Jamait, Bastien Lallemant, Aldebert ou encore Pauline Croze. Cette année, après deux groupes du cru, ce fut Jacques Higelin qui vint se produire devant le palais des ducs.

A part deux ou trois chansons, j’avoue connaître très peu ce chanteur pour qui je n’ai ni passion excessive, ni antipathie. Le début du concert fut plutôt rude car malgré quelques « tubes » (Tombé du ciel), Higelin eut du mal a dégeler un public dijonnais rarement expansif (qu’on se le dise, c’est une ville désagréablement bourgeoise !). Mais l’énergie et la générosité de l’interprète sont venues à bout des réticences de chacun. Même si j’avoue ne goûter que modérément ces morceaux de bravoure où Higelin harangue les foules pendant un quart d’heure, j’ai été séduit par sa présence sur scène et l’entrain qu’il mit pour offrir un beau spectacle à la foule.

Début octobre, nous eûmes le plaisir de voir à nouveau le grand Sanseverino. Je disais ici même que je n’avais pas été totalement convaincu par son dernier album (Exactement) et ses arrangements pour big band. Mais force est de constater qu’il prend une toute autre ampleur sur scène et que le chanteur et ses musiciens impressionnent. Le concert s’est divisé en deux parties : dans la première, Sanseverino joue ses derniers titres avec son incroyable orchestre (j’exagère peut-être mais je pense qu’il devait bien y avoir une vingtaine de musiciens sur scène) et reprend quelques anciens titres en les réaménageant. La trilogie André fut un grand moment puisque le premier morceau fut raccommodé à la sauce yiddish et que le deuxième fut joué comme une ballade folk guitare/voix. Autre grand moment : la reprise très musclée des Etrangères de Ferré/Aragon après une introduction désopilante (car en plus d’être un grand musicien, Sanseverino est quelqu’un de très drôle sur scène et il a une énergie abasourdissante). Deuxième partie du concert : le chanteur constate qu’il y a « beaucoup d’abonnés dans la salle » et donc « beaucoup de petits vieux » et il entame alors les morceaux plus « doux » où l’on retrouve avec délice son jazz manouche. Si l’artiste ne fait pas toujours dans la légèreté (il chante le titre J’ai un homme dans ma vie vêtu d’une robe du soir à la Marlène Dietrich qu’il enlève au moment de sortir, prouvant qu’il ne portait rien en dessous !), il parvient à séduire un public conquis et très réceptif. Super ambiance pour un grand concert !

Une semaine plus tard, je me suis retrouvé dans une petite salle de la banlieue dijonnaise pour voir Nicolas Jules, extra-terrestre découvert lors d’un concert de Jamait. Difficile de décrire le style musical de ce petit bonhomme qui joue tout seul de la guitare, accompagné d’un batteur patibulaire. Ca ressemble un peu à de la chanson minimaliste et rigolote à la Gérald Gentil (pas Gérard, hein !) mais c’est encore plus drôle. En deux, trois mouvements, le chanteur parvient à déclencher la plus franche hilarité et j’ai souvent pleuré de rire pendant ce concert. Sa prestation est à la fois absurde et décalée et si les chansons ne tiennent pas forcément à l’écoute en CD (il faudrait tester), je vous recommande chaudement d’aller le voir sur scène. Il est étonnant !

Fin octobre, c’est aussi le festival TSB (tango, swing, bretelles) de Montceau-les-mines. Je m’y suis rendu pour le dernier soir. Le concert a commencé très fort avec le phénomène Renan Luce. Je vous ai dis le plus grand bien de son album Repenti et j’avoue que depuis la première fois où je l’ai découvert seul avec sa guitare (en première partie de Bénabar), le jeune artiste a bien progressé. Les musiciens qui l’accompagnent sont excellents et ce fut un grand plaisir de le réentendre chanter tout son album devant un public conquis (beaucoup de jeunes demoiselles, d’ailleurs !). Nous eûmes droit également à un très beau titre inédit sur les timides et à une belle reprise « rock » du J’me suis fait tout petit de Brassens. Une très belle prestation qui fut suivie par celle de Miossec. J’ai déjà parlé de mes réticences face à ce chanteur mais j’avoue qu’il fut meilleur que d’habitude ce soir. D’une part, parce qu’il joua moins longtemps et qu’il reprit ses titres les plus célèbres. Pas extraordinaire mais pas désagréable (ses musiciens sont, eux aussi, très bons). Par contre, j’avoue m’être ennuyé face au rock répétitif d’Adrienne Pauly et son exaspérante voix haut perchée. Dans le genre, je préfère très largement ma chère Grande Sophie ! Pour finir, ce fut un plaisir de revoir quelques mois après leur prestation au zénith La rue kétanou même si j’ai crains un instant d’assister au même concert (le début était similaire, avec ces nouvelles chansons auxquelles je ne suis pas encore habitué). Mais la suite ne m’a pas déçu : beaucoup d’énergie, le plaisir d’entendre des titres occultés à Dijon (San Loucas, Danse…) et une belle ambiance ont permis de conclure merveilleusement ce beau concert.

J’ai toujours un peu peur d’aller voir des concerts si je ne connais pas avant les chansons. C’était le cas de Da Silva puisque je ne possédais pas ses deux albums. Eh bien je ne fus pas un instant déçu par la prestation de ce petit bonhomme réservé mais généreux, pas forcément très charismatique mais capable de transmettre son plaisir d’être sur scène par un simple sourire. Depuis, je me suis fait offrir son (très bel) album les beaux jours à venir. Pour définir son style, je dirai volontiers qu’il navigue entre une chanson à texte un peu dépressive à la Miossec (la voix éraillée n’est parfois pas très éloignée de celle du breton) et des arrangements musicaux à la Louise attaque. Mais Da Silva sait néanmoins conserver sa singularité et se montre d’ailleurs plus « énergique » sur scène en donnant à ses morceaux une tonalité plus « rock ». Une belle révélation, accompagnée par la prestation d’Ours en première partie, jeune chanteur « qui monte » et qui a fait, lui aussi, des progrès depuis que je l’ai découvert en première partie d’Aldebert (j’ai appris qu’il faisait d’ailleurs actuellement la première partie de Vanessa Paradis).

Le dernier concert de cette année 2007 marqua mes retrouvailles avec l’excellent groupe Luke (je les voyais pour la troisième fois). Plus je l’écoute et plus je trouve Les enfants de Saturne, leur dernier album, excellent. Sur scène, le groupe prouve qu’il est un petit frère plausible de Noir désir, en déployant une énergie assez époustouflante qui passe très bien dans les titres de ce dernier album (joué de manière intégrale sur scène) et lors des reprise des anciens « tubes » que nous eûmes le plaisir de réentendre (la sentinelle, Soledad, Hasta siempre…). Cerise sur le gâteau, le groupe rendit un bel hommage à Fred Chichin en reprenant le célébrissime C’est comme ça. Très belle soirée.

Pour conclure, je souhaite une excellente année aux trois, quatre égarés qui passent par ici et vous donne rendez-vous en 2008 pour de nouveaux concerts (rien de précis en ce moment même si je compte bien ne pas louper Dionysos en avril !)

Libellés : , , , , , , , , , ,

dimanche, juin 10, 2007

Orlof part en live

Imperceptiblement, la ligne de ce blog, -cave où devait s’entasser tous mes textes ne relevant pas du cinéma-, a dévié au profit d’un profil purement littéraire où seules sont désormais consignées mes notes de lecture. Ce n’est pas pour autant que je n’écoute plus de musique ou que je ne vais plus voir de concerts. Mais le temps m’est compté et je n’ai pas toujours le courage d’écrire.

Renouons cependant avec ma vieille habitude des comptes-rendus impressionnistes de concerts en retraçant un bref panorama de tous les spectacles auxquels j’ai assisté cette année (je parle en terme d’année scolaire puisque les « saisons culturelles » -passez-moi l’horreur de cette expression- fonctionnent ainsi).

1- Des découvertes locales à la renommée nationale

Le Bistrot de la scène est, à Dijon, un lieu très convivial qui accueille des concerts, des pièces de théâtre et divers type de spectacles (improvisations, représentations pour les enfants) Ce lieu, menacé de disparition depuis que le ministère de la Kultur (de droite) a coupé toutes les aides, permet aux petits groupes locaux de faire leur premiers pas.

C’est là que j’ai vu cette année les trapettistes, groupe dont la renommée ne dépasse sans doute pas les frontières de ma bonne région bourguignonne mais qui a le mérite d’enflammer les salles à chacun de leurs concerts (les ayant vu 7 ou 8 fois, je sais de quoi je parle !).

Malheureusement, après une dernière tournée très réussie et un spectacle autour de Pierre Perret que je regrette d’avoir manqué, un des membres du groupe s’en est allé. Un quatrième album a néanmoins vu le jour (prends ta main dans ma gueule) mais force est de constater que le cœur n’y est plus vraiment (l’album étant assez inégal malgré quelques très bons titres). Sur scène, le groupe fut privé, en plus, de son batteur et assura le spectacle à quatre ; jouant pendant une heure trente des morceaux que nous ne connaissions alors pas. En gros, c’était une « preview » de la tournée, pas désagréable mais manquant de l’énergie des précédents spectacles, malgré la générosité et l’humour de chaque membre du groupe. Maintenant que je connais les titres, je serais curieux de voir comment a évolué le spectacle…

Cette année, le Bistrot fêtait ses 20 ans. Pour célébrer dignement l’anniversaire, trois soirées exceptionnelles furent réservées au grand Jamait, artiste local qui a désormais conquis toute la France. J’y suis allé le deuxième jour et ce fut un très grand moment. L’ambiance intimiste (la salle doit contenir aux alentours de 200 places) sied parfaitement à ce grand chanteur qui, pour l’occasion, fit venir un certain nombre d’invités. Le soir où j’y étais, nous eûmes le plaisir de voir (et d’entendre) Daniel Fernandez (là aussi, c’est local !), Bastien Lallemant et Claire Joseph (C’est la vie de Jamait avec une voix féminine, c’est très bien), Mulet-Mulet, le fabuleux Nicolas Jules (je ne connaissais pas cet hilarant extra-terrestre) et Thiéfaine. Grand moment que la reprise de La fille du coupeur de joint par toute la bande, sans parler de ce moment exquis où Jamait demanda à Thiéfaine de jouer Confessions d’un never been sans répétition préalable. Nous eûmes le privilège de voir le chanteur suivre le texte de sa chanson sur… des boites de pizzas ! Ambiance chaleureuse (le public connaissant parfaitement les paroles de notre idole locale) et à la bonne franquette, présence incroyable sur scène de ce digne successeur des Brel et Aznavour et beauté des titres choisis ce soir-là. Soirée sublime.

Mon seul regret lors du concert de Jamait fut d’apprendre que, la veille, Aldebert était venu en personne pousser la chansonnette avec lui. Besançon, ce n’est plus tout à fait notre région mais nous n’en sommes pas loin aussi est-ce sans scrupule que je l’associe aux chanteurs « locaux ». Car après son passage l’an dernier au Zénith de Dijon, Aldebert est revenu présenter son nouveau spectacle. Ce que j’écrivais à propos de son dernier album (suivre les tags) s’est vérifié : si le disque les paradis disponibles est un tout petit peu décevant, les nouveaux titres gagnent en intensité sur scène et sont faits pour être entendus « live ». Rien à redire par rapport au précédent concert si ce n’est que notre bonhomme est toujours aussi génial face au public, réveillant en deux temps trois mouvements même les personnalités les plus rétives au fiesta des concerts. Son nouveau spectacle prouve qu’il a su se renouveler (fini l’Aldebert avec son cartable sur les épaules) et même progresser. Les quelques sketches d’introduction aux morceaux sont souvent désopilants (le hard rocker, la soirée disco…) et chaque titre a provoqué l’enthousiasme (signalons d’ailleurs une très belle reprise de l’orage de Brassens). Je ne le redirai jamais assez : allez découvrir Aldebert sur scène, c’est assez grandiose (notons au passage qu’en première partie, nous avons pu entendre Ours qui commence à bien marcher sur les ondes…)

2- Du côté des neurasthéniques.

L’amitié exige parfois de lourds sacrifices. Ainsi, pour accompagner un ami qui a la gentillesse de toujours me conduire lorsque nous allons aux concerts, je me suis tapé le spectacle de Jean-Louis Murat. Et ce n’est pas la première fois ! Sans être allergique à toutes ses chansons, je dois reconnaître que ce n’est pas ma tasse de thé. D’autant plus que le bonhomme n’a pas beaucoup de charisme sur scène, enchaînant les titres sans décocher un mot. J’avoue que le pseudo rebelle dont les inrocks font chou gras m’agace, se comportant comme un esclave salarié gagnant son pain sur scène mais ne semblant y prendre qu’un plaisir modéré. Personne ne l’oblige à se produire devant un public si ça l’ennuie !

Dans le même style, j’ai re-re-revu Miossec, pour les mêmes raisons. Musicalement, je préfère sa performance à celle de Murat (disons que c’est plus « rock ») mais là encore j’ai été agacé par cette incapacité à faire vibrer le public si ce n’est en racontant toujours la même histoire périmée (le chanteur se serait fait casser la gueule dans une boîte dijonnaise fermée depuis bientôt 7 ans !). De plus, Miossec a tendance à s’embrouiller dans ses paroles et doit suivre ses chansons à l’aide d’un chevalet ! Une fois, il nous a fait le coup de partir au bout d’une heure, sans le moindre rappel. Cette fois, le concert a duré pilepoil une heure trente (eh oh ! Faudrait voir à pas faire d’heures sup’) mais ne m’a guère enthousiasmé.

3- Festivus, festivus

A l’opposé de ces deux chanteurs dépressifs sous tranquillisants, j’ai découvert avec un grand plaisir deux groupes survoltés qui ont embrasé deux soirées mémorables. Le premier ne m’était pas inconnu puisque je possède quelques CD de La ruda salska. Pour l’occasion, j’avais acheté leur dernier album la trajectoire de l’homme canon que je considère comme une assez belle réussite même si une première écoute donne l’impression de redite. Sur scène, ils sont impressionnants, ne laissant pas une seconde pour souffler et parvenant à déchaîner une foule très jeune et totalement conquise (pas une seconde n’ont cessé les fameux slams que l’on voit lors de certains concerts). Le groupe a profité de ce concert pour reprendre leurs « tubes » les plus célèbres (ceux de leur meilleur album : l’art de la joie) et nous ont régalé de leur cocktail ska (les nombreux cuivres) et rock (guitares électriques saturées). Je pense qu’ils sont des dignes successeurs de la Mano négra de la grande époque !

A l’inverse, je ne connaissais Marcel et son orchestre que de nom (excepté leur titre phare les vaches) . Et bien ça ne m’a pas gêné un seul instant pour apprécier ce concert également déchaîné où le public (très jeune, encore une fois) avait pris soin de se déguiser, de se vêtir de robes multicolores et de perruques agressives. Sur scène, les lillois sont, eux aussi, assez fabuleux et ils ont beaucoup d’énergie à revendre en mélangeant toutes sortes de styles (rock, ska, punk, ragga…) et en inventant des mots d’ordre totalement délirants (délicieux morceau intitulé la jeunesse emmerde Nelly Holson !)

Deux groupes à recommander chaleureusement pour les amateurs de soirée festive.

4- L’apothéose

C’était hier puisque étaient réunis deux des groupes phares de la nouvelle scène alternative française et peut-être mes deux préférés : la rue kétanou et les ogres de barback.

L’évènement eut lieu au Zénith, lieu que je ne prise pas tellement puisque après une première saison assez riche (Bénabar, Cali, Fersen, Luke et Deportivo, Aldebert, Louise Attaque…), la deuxième fut d’une affligeante médiocrité, accueillant uniquement les débris nullissimes capables de faire entrer de la monnaie (les ignobles Sardou, Hallyday, Obispo, Bruel ou encore la Star academy). Impression étrange de voir ces deux groupes habitués des petites salles dans un lieu aussi vaste et bondé. La seule petite pointe de déception vint d’ailleurs de là : l’atmosphère m’a paru moins chaleureuse que celle que j’avais pu à connaître avec les Ogres en les découvrant sous leur chapiteau à Chalon. Rien à dire pour les groupes : La rue kétanou nous a proposé quelques nouveaux titres (pas ce qui m’a semblé le plus emballant) et a enchaîné sur quelques classiques mettant en joie une foule conquise. Si manquait certains titres que j’affectionne particulièrement, nous avons eu droit au Cigales, aux Mots (avec un public répondant avec enthousiasme), à la très belle fiancée de l’eau et aux Hommes que j’aime. Par rapport à l’album live que je possède, je n’ai cependant pas vu beaucoup de différence et c’est le seul bémol que j’apporterais à cette belle prestation.

Je parlerai sans doute prochainement du dernier album des Ogres. Je ne les avais pas vu depuis 4 ans et ça m’a fait rudement plaisir de recroiser leur chemin. Curieusement, je n’ai pas eu l’impression d’une « nouvelle tournée » puisque seuls quatre titres du dernier CD ont été joués, et pas forcément les meilleurs (la pleurnicharde et politiquement correct Jérôme prenant la place de la sublime Il ne restera rien ou de l’entraînante Corinna). Là encore, j’ai eu l’impression d’entendre certains moments des deux albums live récents qu’a sorti le groupe.

A côté de ça, c’est superbe ! Les deux frères et leurs deux sœurs sont des instrumentistes hors pair et savent jouer de tout (ils changent d’instruments au cours des morceaux et ont recours au plus insolite, de la scie à cette espèce de vélo à percussions). Mis à part un passage très politiquement correct (la diffusion du film des enfants de sans-papiers ! Misère !), je n’ai pas vu le concert passer et les Ogres nous gratifièrent d’un splendide final en forme de « medley » chanté sans micro (ils laissèrent le public entonner Rue de paname) . J’ai hâte de les revoir dans une salle à dimension humaine pour profiter pleinement de leur mise en scène (c’est dur quand vous êtes loin de la scène, derrière des costauds d’1 mètre 95 !)

Libellés : , , , , , , , , , ,

dimanche, mai 28, 2006

L'appétit des Ogres


Les Ogres de Barback. Avril et vous

Il faudrait parler plus en détail de cette fabuleuse petite famille (deux frères et leurs sœurs jumelles) qui compose les Ogres de Barback, groupe phare de la nouvelle scène française par son immense talent mais aussi par sa manière de fédérer les groupes, de créer des rencontres, d’impulser un mouvement où se trouvent rassemblées toutes les formations de la même famille (des Hurlements d’Léo avec qui les Ogres ont enregistré un album live à Debout sur le zinc en passant par La rue Kétanou, les Blérots de R.A.V.E.L, les fils de teuhpu, Néry, etc.).
Les deux derniers albums du groupe sont des « live ». Rentabilisation d’un fonds de commerce ? Non, d’une part parce qu’à moins de 10 euros les CD (qui durent à chaque fois plus d’une heure), on peut estimer qu’il n’y a pas duperie sur la marchandise. Non, d’autre part car ces deux concerts permettent d’apprécier deux facettes du talent du groupe.

Le premier de ces concerts, enregistrés en compagnie de la fanfare du Belgistan, est une captation de leur spectacle anniversaire pour leurs 10 ans d’existence. On y retrouvait le côté festif du groupe, cette manière unique qu’il a d’embraser les salles. Pour s’en rendre compte, il vaut d’ailleurs même presque préférer leur fabuleux DVD sorti à la même occasion. Trois heures de concert avec en prime de larges extraits de la tournée en province où les Ogres accueillirent de nombreux groupes invités. Un vrai régal.

Avril et vous est un concert beaucoup plus intimiste (spectacle assis) et dévoile l’autre facette des Ogres, celle d’un groupe au textes tendres et poétiques, navigant sous la belle étoile de la sublime chanson de Pierre Perret Au café du canal. Le résultat est très agréable et ne donne pas l’impression de redite par rapport au « live » précédent dans la mesure où le groupe a été piocher dans ses anciens albums pour composer un spectacle équilibré (3 ou 4 chansons par album). Plaisir de réentendre de « vieilles » chansons comme Contes, Vents et marées ou Grand-père. Plaisir également de découvrir de nouveaux morceaux comme Jérôme (hymne à la tolérance qui s’en prend aux biens-pensants ayant fustigé un fameux mariage homosexuel il y a quelques années) ou Jésus, très beau morceau inspiré par Loïc Lantoine (un parlé-chanté sur fond de contrebasse). Ledit Loïc Lantoine s’invite d’ailleurs sur l’album le temps d’une belle flambée (encore un grand moment).

Le reste se compose de morceaux relativement calmes où le talent d’instrumentiste des Ogres prend toute son ampleur (il faut les voir sur scène changer régulièrement d’instruments, parfois même au milieu d’une chanson !) . Bien sûr, on ne se refait pas et l’on sent l’atmosphère s’échauffer lorsque Fred entonne Pour me rendre à mon bureau (l’excellente chanson signée Jean Boyer- le cinéaste- que reprit également Brassens) et que le groupe termine le morceau par un enivrant solo de cuivres.

Bref, un très bon moment pour nous permettre de patienter jusqu’au (vrai) nouvel album ou jusqu’à un prochain concert (je ne les ai pas vu depuis trois ans et ils commencent à me manquer !)

***
Puisque nous parlions de famille, deux mots du concert des Hurlements de l’Léo , cousins remuants des ogres, que j’ai vu il y a trois jours. Grand moment festif où le groupe, malgré la triple fracture à la jambe du chanteur Laulo (alias Kebous) l’obligeant à jouer sur un fauteuil roulant, mit une ambiance incroyable. La salle ne connaissait visiblement pas encore trop les morceaux du dernier album mais peu importe : dès le troisième morceau, le feu a gagné l’assistance et les « hits » du groupe (Le racheteur d’ardoises, Ouest terne, le petit monsieur en gris, le café des jours heureux) provoquèrent une véritable liesse. Un grand bravo au groupe et en particulier à Pépito, le trompettiste, qui ne cessa de chauffer le public et qui termina le spectacle par une reprise mémorable du Highway to hell d’AC/DC ! Une bien belle soirée !

Libellés : , , , ,

dimanche, mai 21, 2006

Le charisme de "l'adulescent"

C’est un public relativement peu nombreux mais enthousiaste qui est venu l’autre soir applaudir l’excellent Aldebert. Conquis d’avance, nous ne fûmes cependant pas déçus par la performance du chanteur qui se montra à la hauteur de nos espérances.
« Je me souviens, ça commençait comme ça… » : un concert des Hurlements d’Léo à Strasbourg où Aldebert fit la première partie et fut très apprécié. Depuis, je l’ai revu deux fois en concert et deux fois lors de mini show-case à la FNAC et jamais mon enthousiasme n’a terni.
Pourtant, si j’endossais le temps d’une minute le rôle de l’avocat du diable, certains griefs viendraient immédiatement à l’esprit. Arrivant après Vincent Delerm et Bénabar, les textes d’Aldebert n’ont rien de bien original et déclinent une fois de plus les états d’âme des petits trentenaires entre nostalgie amusée et crainte du temps qui passe.
Musicalement, l’auteur ne se distingue pas non plus : petite formation acoustique (guitare sèche, piano, accordéon et quelques cuivres), un peu de reggae, de tango et de rock musette… Du classique dans le cadre de la nouvelle scène française.
Pourtant, dès que retentissent les premières notes, toutes les réticences s’estompent et on succombe au charme du chanteur. Ca s’appelle le charisme : ça ne s’explique pas mais c’est flagrant ici. Aldebert a le génie de la scène : plein d’humour et d’énergie, il vous fait chavirer une salle en quelques minutes.
Ses textes, diablement habiles et leurs petites mélodies entêtantes vous entrent tout de suite dans la tête pour vous donner envie de chantonner. A le voir, on comprend sans mal que le chanteur n’applique aucune recette et que, même s’il flotte sur un certain « air du temps », ses chansons ont un véritable cachet d’authenticité et ne sentent jamais le calcul roublard.

Autre qualité qui m’a vraiment séduit : j’ai vu ce spectacle il y a un peu plus d’un an. Aldebert n’a pas sorti d’album entre temps (le prochain est prévu pour septembre) et, mis à part quatre nouvelles chansons, j’ai vu sensiblement le même show. Pourtant, j’ai eu le sentiment de voir un concert différent, comme si Aldebert arrivait à se renouveler chaque soir. Entre petits gags improvisés, sketches d’introduction renouvelés (une hilarante « messe » annonçant Rentrée des classes) et arrangements de certaines chansons modifiés ; le chanteur ne cesse d’étonner et de réjouir.

Nous eûmes donc droit à des titres réarrangés sur des rythmes de salsa (Indélébile, Saint’nitouche), d’autres joués de manière intimiste (le très beau Rien qu’un été où Aldebert fit asseoir toute la salle) ou jouant sur le crescendo (Vivement la fin commencé avec une simple guitare sèche et terminé avec toute la formation). Ajoutez à cela un dialogue constant avec le public, un slow avec une jolie blonde de la salle (après Cali qui avait fait la même chose, je me dis que chanteur est vraiment un beau métier !), une constante pêche et vous aurez le secret d’un concert totalement réussi.

Vivement le prochain !

Libellés : , , ,

jeudi, avril 20, 2006

Service minimum

Une heure vingt cinq ! Il n’aura pas fallu une minute de plus au groupe Mickey 3D pour boucler le premier concert qu’il donnait hier dans la capitale des ducs de Bourgogne. Pourtant, en comptabilisant le nombre de titres joués, on réalise que le groupe nous en a offert 24, soit trois de plus que Cali dont le concert dura près de trois heures ! C’est ce qu’on appelle expédier la besogne ! Les Mickey 3D s’acquittèrent de leur tâche sans enthousiasme devant une salle assez peu remplie (mais tout de même !) et dans une ambiance plutôt morne (et pour une fois, le public n’est pas le seul en cause).

Déception donc. Le concert débuta par les morceaux du dernier album Matador, joués d’ailleurs (en ce qui concerne les trois premiers titres) dans l’ordre du CD (pas bon signe !). Sans changer une seule mesure, le chanteur enchaîne les titres tel un fonctionnaire accomplissant un travail routinier et n’ayant qu’une hâte : en finir. Vingt minutes et sept chansons plus tard, on en a (quasiment) fini avec le dernier album et les « tubes » sont annoncés. Et c’est reparti pour un le jeu à la chaîne des vieux morceaux du groupe. Au bout d’une heure à peine, le chanteur annonce qu’il est temps de se quitter (!!!). Il y aura une petite demi-heure de rappels mais la fin tombera comme un couperet. C’est tout ?

Ce qui est rageant, c’est que le concert avait tout pour être réussi : un groupe qui a fait sa réputation sur scène, des morceaux plutôt rock et bien rythmés, le choix de ne retenir quasiment que les « tubes » qui commencent à être connus par le plus grand nombre (de La France a peur à Respire en passant par J’ai demandé à la lune et Tu dis mais ne sais pas), des musiciens doués…
Sauf qu’il aurait fallu donner l’impression d’être content d’être sur scène et faire vivre les morceaux. Or à part Respire (joué en rap) et les gens raisonnables (rythmé de manière reggae), les morceaux ont été joués tels que nous les connaissons dans les albums. Quand au chanteur, il n’a fait aucun effort pour communiquer avec la salle, pour faire reprendre les paroles de ses chansons. Rarement un groupe ne m’aura paru aussi peu charismatique. J’aime beaucoup le talent de la petite musicienne qui tient l’accordéon et les claviers du groupe (et qui a par ailleurs un joli filet de voix comme elle le prouve sur Ca ne m’étonne pas et Réveille-toi) mais niveau prestance, comme le faisait judicieusement remarquer un ami qui m’accompagnait (et pour faire une allusion à une chanson du groupe), « c’est Mimoun derrière sa fraiseuse ».

Bref, sans vouloir porter de jugement définitif (j’avais été déçu de la même manière la première fois que j’avais vu Louise Attaque et ils se sont bien rattrapés il y a un mois !) ; j’ai un peu l’impression que le groupe a pris la grosse tête et se contente de faire son boulot sans réel enthousiasme. Cela témoigne à mon sens d’une certaine ingratitude car c’est la scène qui l’a fait. Et même si on est désormais sponsorisé par France 2 et Europe 2, il serait de bon ton de ne pas l’oublier et de prendre exemple sur des gens comme Cali, Bénabar ou Sanseverino qui savent encore faire partager leur désir de scène et communiquer avec le public…

Libellés : , ,

dimanche, avril 09, 2006

Un ban pour Bénabar

Au départ, cette cave n’était pas destinée à devenir un entrepôt pour souvenirs de concerts mais mes nombreuses sorties et mon emploi du temps relativement chargé m’empêchent de vous parler de mes lectures (l’attrape-cœur de Salinger, le théâtre de Jarry…) et des nouveaux CD qui valent le coup (nous essaierons néanmoins de vous dire deux mots du nouvel album de Debout sur le zinc et de celui de Jamait). De plus, vous allez peut-être vous lasser de mon manque d’esprit critique et des mêmes superlatifs que j’emploie après chaque nouveau spectacle. Il faut dire qu’une place de concert ne coûte pas le même prix qu’une place de cinéma et que nous nous aventurons rarement dans ce type d’endroit sans bien connaître auparavant ce que nous allons voir. D’ou la rareté des déceptions même si cela peut arriver (dans ce cas là, la déception vient surtout du manque d’ambiance, comme ce fut le cas l’année dernière quand je vis l’excellent Matthieu Boogaerts dans une salle presque vide et relativement hostile –je me souviens de quelques odieux beaufs faisant des remarques inopportunes-)

Mais sans exagérer, je vous assure que le spectacle qu’a donné hier Bénabar était merveilleux. Je connais le chanteur depuis un petit bout de temps puisque je me souviens encore l’avoir découvert, après son deuxième album, lors d’un showcase à la FNAC. Nous n’étions pas nombreux ce jour là à entendre ce qui allait devenir ses « tubes » (Vélo, Y a une fille qu’habite chez moi…) mais c’est à partir de ce jour que j’ai acheté tous ses albums (quatre en studio et un live) et que j’ai suivi avec plaisir la carrière de celui qui allait devenir une des figures de cette « nouvelle chanson française » que les crétins commencent à décrier.
On sait que le succès semble suspect en France mais il suffit de découvrir les prestations scéniques de Bénabar (que j’avais vu il y a un an et demi à Chalon-sur-Saône) pour faire taire toutes les réticences et mesurer à quel point ce succès est mérité (c’est la scène qui l’a fait et c’est sur scène, à mille lieues de ses prestations télévisuelles timorées, que le chanteur prend toute son ampleur).
Je le dis d’autant plus volontiers que je ne suis pas un fan absolu de son dernier album (Reprise des négociations). Même si certains titres sont très réussis et permettent à l’auteur compositeur de prouver une fois de plus son génie de l’observation et la finesse de son trait déclinés sous la forme de l’humour (le dîner, les épices du souk du Caire), de la tendresse nostalgique (Quatre murs et un toit) ou de la noirceur pessimiste (Qu’est-ce que tu voulais que je lui dise ?) ; l’ensemble me semblait un peu ronronnant et assez inégal. Mais, encore une fois, le charisme du chanteur et son sens de la scène m’ont totalement réconcilié avec lui. Et c’est une évidence que certaines chansons de l’album (Maritie et Gilbert Carpentier, la berceuse) prennent en public une saveur qu’elles n’ont pas forcément à l’écoute chez soi.

Résultat (je ne pense pas que Glurp me contredira) : 2 heures 20 de bonheur où Bénabar nous offrit un superbe panel de ses quatre albums (le premier étant un peu sacrifié mais il commence à être vieux) ; alternant de manière parfaite les morceaux rythmés et les chansons plus poignantes (la splendide Je suis de celles) où un effort d’orchestration était nettement perceptible (les musiciens accompagnant le chanteur furent parfaits).
Et puis, il y a l’énergie de cette bête de scène . Une des caractéristiques de cette génération de la « nouvelle chanson », c’est ce rapport très fort avec le public. Cali joue plutôt sur le côté écorché vif et une connivence presque sentimentale avec la foule, Mathias Malzieu cherche à provoquer l’hystérie et les mouvements de foule. Bénabar est plutôt dans le dialogue rigolard perpétuel, titillant nos oreilles de provinciaux par des petites provocations rigolotes (« on a joué ce morceau à Paris et la réaction était quand même mieux… ») et improvisant au milieu de certaines chansons (Adolescente) de véritables petits sketches hilarants. Un des grands moments du spectacles fut le jeu de cette chanson inédite et désopilante sur la pierrade se concluant par un véritable bras de fer (pour rire) entre une foule déchaînée entonnant le désormais indispensable ban bourguignon alors que le chanteur multipliait les piques contre le public provincial. J’en pleurais de rire !
Je ne m’appesantis pas par peur de vous lasser mais je vous assure ; si Bénabar passe dans votre coin, ne le ratez pas : le numéro qu’il offre à chaque fois est sensationnel et mérite le détour…

Libellés : , ,

vendredi, avril 07, 2006

Concert monstre

Si je vous demande qui est le meilleur groupe de rock français du monde, vous répondrez sans aucune hésitation Dionysos et vous aurez raison. A fortiori lorsqu’on évoque les prestations scéniques de la formation qui n’ont, à mon humble avis, pas d’équivalent valable dans notre bel hexagone.
J’avais hâte de revoir le farfadet volant Mathias Malzieu et ses musiciens : d’une part parce qu’ils avaient électrisé un festival de rock lorsque je les avais découvert à la suite de leur deuxième album studio(le désormais mythique Western sous la neige) et d’autre part parce que je tiens Monsters in love pour l’un des meilleurs CD sortis l’an dernier. L’écriture volontiers surréaliste et poétique de Mathias Malzieu (que l’on retrouve dans son superbe roman Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, complément indispensable à l’album) s’est affinée, l’esprit furieusement rock d’autrefois s’estompe parfois au profit de savoureux morceaux où dominent le banjo (dont le génial les métamorphoses de Mister chat qui fut l’un des grands moments du concert) et l’ensemble possède une cohérence et une unité rare.

Avec des arbres Tim Burtonien placés sur scènes, on se dit qu’on va retrouver cet esprit sur scène et l’on n’est pas déçu puisque les Dionysos vont centrer leur spectacle presque exclusivement sur leur dernier album. Et dès le premier morceau (Giant Jack) , c’est du délire. Quiconque n’a pas vu Malzieu sur scène et sa troupe ne peut avoir la moindre idée de l’énergie (dionysiaque) que dégage ce groupe. Le chanteur invite constamment le public à réagir, à hurler, à bondir, à bouger et fait de même sur scène (après deux heures à ce régime, je me demande comment il peut encore avoir des cordes vocales et le moindre souffle !). Même des chansons plutôt calmes sont jouées dans des versions survitaminées (je ne pensais pas possible de pouvoir provoquer de tels mouvements de foule avec des titres comme l’homme qui pondait des œufs ou Don Diego 2000) et la folie qui a gagné la salle n’a pas faibli pendant toute la durée du concert.

Malzieu est une pile électrique : il félicite le public pour son chœur de « ta gueule le chat » (les connaisseurs reconnaîtront la chanson), provoque un « pogo muet », crache au passage sur Yannick Noah (forcément, c’est au moment de la chanson sur McEnroe) et invite des cuivres (deux jeunes musiciens visiblement impressionnés par l’atmosphère électrique de la salle) sur Tes lacets sont des fées et le superbe Neige (ode déchirante à la mère disparue qui est, avec Mon ombre est personne, l’une des chansons qui prend le plus de relief lorsqu’on a lu le livre du chanteur).
Au total, le groupe ne jouera qu’une quinzaine de morceaux car chacun d’eux est délayé au maximum, soit par le « show » permanent de Malzieu qui se jette dans la foule aussi régulièrement qu’il le peut ou par les musiciens qui les agrémentent de longues plages instrumentales. Prenez le rappel : deux chansons en une demie-heure. Une reprise sous amphétamines du Docteur Jekyll et Mister Hyde de Gainsbourg (j’ai eu du mal à la reconnaître) et l’indispensable Song for Jedi durant lequel notre chanteur sur ressort à refait à peu près le numéro qui l’avait rendu célèbre aux Victoires de la musique (un slam, une traversée de la salle et le voilà en train de grimper vers les techniciens du son et se nicher à deux mètres du sol pour entonner a capella un couplet de Coccinelle).

Mais je me rends compte que mon pauvre vocabulaire s’avère assez vain pour retranscrire l’atmosphère qui règne lors des concerts de Dionysos. Alors je me contenterai d’une expression qui me fait horreur :
C’était énorme.

Libellés : , ,

jeudi, mars 30, 2006

A l'aise, Thomas...

Des deux concerts que j’avais vu jusqu’à présent de Thomas Fersen, je gardais des sentiments ambivalents. Premier souvenir : le concert à la Cigale qui donna lieu à l’édition d’un CD et d’un DVD (la cigale des grands jours). C’est l’un des plus beaux souvenirs de concert qu’il me reste : une ambiance formidable, un public reprenant en chœur les paroles des chansons, un chanteur heureux d’être là, accompagné par ses épatants musiciens et pour ne rien gâcher, la première partie était assurée par l’excellente Jeanne Cherhal.
Deuxième souvenir : le même spectacle mais donné dans ma petite ville provinciale et bourgeoise. Une salle cossue avec uniquement des places assises, un public d’abonnés de saisons culturelles donnèrent lieu à un concert décevant, non pas du côté du chanteur (qui se révéla toujours généreux même s’il sucra quelques morceaux joués lors de sa prestation parisienne) mais de ce public terne qui plomba l’ambiance.

Cette fois, la ville n’a pas changé mais la salle si. Un Zénith neuf, beaucoup de monde assis mais également un parterre assez jeune venu acclamer celui que je considère comme le meilleur chanteur français du moment. Tout est réjouissant chez Fersen : son écriture à nulle autre pareille, la singularité de son univers poétique et la richesse de ses images, ses arrangements musicaux à la fois sophistiqués (on se souvient de sa mémorable collaboration avec Joseph Racaille) et bricolés (entre la formation rock classique guitare, basse, batterie et morceaux faisant intervenir tout type d’instruments, du ukulélé à l’accordéon en passant par le violon et l’harmonica). Bref, même si je ne tiens pas son dernier album, le pavillon des fous, comme ce qu’il a fait de mieux (disons que c’est un CD qui recèle à la fois une des plus belles chansons qu'il ait écrite –Pégase- et des morceaux un peu plus ronronnants –les dernières plages de l’album en particulier), j’avais hâte de revoir le bonhomme sur scène.

Après un premier morceau (Cosmos) joué derrière un rideau, le voilà qui se présente sur scène habillé d’un pantalon à carreaux noirs et blanc, d’une chemise zébrée dans les mêmes valeurs et coiffé d’un chapeau melon. Un look un peu semblable à celui d’Alex dans Orange mécanique ! Le public est conquis dès le premier morceau et la « sauce » prend assez rapidement. Même si la salle est largement moins pleine qu’à Cali ou Louise Attaque, l’ambiance est vite assez chaleureuse (avec le désormais traditionnel « ban bourguignon » que les musiciens du chanteur tentèrent d’accompagner à la basse et à la guitare tandis que lui tournait une petite caméra vers le public) et la réussite du concert totale.

Pour qui a vu son avant-dernière tournée, le spectacle ne surprendra pas beaucoup puisque Fersen reprend en gros les chansons qu’il avait déjà joué (auquel il ajoute, bien entendu, les morceaux du dernier album). Pour un fan de ses tous premiers CD, c’est presque un peu frustrant puisque de ses trois premiers disques ne subsiste désormais plus que l’inusable Bucéphale. Ajoutez à cela trois « tubes » du merveilleux album 4 (Dugenou, Monsieur et l’increvable Chauve-souris) et il vous reste ensuite un concert essentiellement axé autour des deux dernières galettes du maître. Nul ne songerait à s’en plaindre mais nous n’aurions rien contre un concert durant deux fois plus longtemps où le chanteur reprendrait ses anciens titres.

En parlant de durée, une petite frayeur nous saisit lorsqu’au bout d’une heure, Fersen quitta déjà la scène et laissa la pause réglementaire du rappel. Allait-il se contenter d’un service minimum d’une heure et demie ? (le pire que j’ai vu restant Miossec se barrant après à peine plus d’une heure de concert !) Fausse alerte, le rappel n’aura été qu’un entre-acte marquant la fin (ou presque) des morceaux du Pavillon des fous avant d’ embrayer sur une seconde moitié aussi longue (deux heures de spectacle au bout du compte) où nous eûmes droit aux titres de Pièce montée des grands jours (le chat botté, Saint-Jean du doigt ou encore la chanson éponyme du titre de l’album).
Au bout du compte, une bien belle soirée…

Libellés : , ,

vendredi, mars 24, 2006

Nous nous sommes tant aimés (et ce n'est pas fini!)

Le premier album de Louise Attaque (sorti en 1997) eut une importance considérable pour moi. Trop jeune (et surtout campagnard) pour véritablement profiter de la scène indépendante de la fin des années 80 et du début des années 90 (les Béruriers Noirs, la Mano Negra et même Noir Désir), j’eus enfin le sentiment de l’arrivée d’une nouvelle vague de groupes rodés par les concerts correspondant parfaitement à mon désir de trouver enfin une alternative à la variétoche la plus naze et aux ancêtres du rock classique. Il y aura par la suite les Têtes raides, la tordue, les ogres de barback mais les premiers qui me transportèrent furent Louise attaque.
Un tube sur lequel je m’éclate toujours autant à n’importe quel mariage (je t’emmène au vent), un premier album excellent, plein d’entrain et d’énergie avec ses airs vous trottant dans la tête dès la première écoute.
Succès oblige, le groupe enregistra dans la foulée de son triomphe un deuxième album démarquant sans génie le premier (même s’il est assez décevant, je l’ai réécouté depuis quelques temps et force est de constater qu’il vieillit plutôt pas mal) et un premier rendez-vous manqué lorsque je les découvris sur scène en mars 2000. Je pense vraiment les avoir vus au mauvais moment et cela donna lieu à un concert pas nul mais un peu morne, le groupe se contentant de jouer leur deuxième album sans originalité et nous sevrant même du fameux « tube » que j’évoquais plus haut. Je me souviens même des lumières de la salle qui se rallumèrent pendant que les musiciens terminaient un dernier morceau instrumental.
Déception. La suite est connue : dissolution du groupe, l’aventure de Tarmac (que je n’ai pas suivi du tout) et l’annonce des retrouvailles l’an dernier avec la sortie d’un troisième album totalement convainquant où le groupe, sans renier son style d’antan, affichait une vraie maturité.

Hier soir était donc le jour des retrouvailles six ans après. Je les attendais avec excitation mais aussi une certaine appréhension (le goût amer du premier concert).
Louise attaque débute par cette chanson en guise de question symbolique : Est-ce que tu m’aimes encore ? Deux heures plus tard, la réponse est définitivement oui. Devant une salle bondée, le groupe a comblé mes espérances et s’est montré à la hauteur de ce que j’attendais d’eux. Exit le deuxième album (seuls trois morceaux ont été joués, dont le plus connu la plume), retour au source du premier (10 sur 14 quand même ! dont tous les airs qui ont fait la célébrité du groupe : d’Amours à Léa en passant par les nuits parisiennes, ton invitation et je t’emmène au vent) et une interprétation énergique de leur dernier CD (une version plus « rock » de Si l’on marchait jusqu’à demain et un tricotage sympa entre l’ancestral Vous avez l’heure ? et l’excellent Nos sourires).

Contrairement à des gens comme Mathias Malzieu, Cali ou Bénabar ; Gaëtan Roussel (le chanteur) n’est pas une « bête de scène ». Plutôt réservé et timide (ce sont ses musiciens qui demandent au public assis au fond du Zénith de se lever sur Savoir), il communique difficilement avec la foule et manque un peu de charisme. Néanmoins, il compense ce (très) léger défaut (on n’est quand même pas au niveau des sinistres Murat ou Miossec !) par une énergie musicale rare. Les morceaux s’enchaînent rapidement, sont choisis avec justesse (classiquement, les très rapides succèdent aux plus intimistes) et emballent immédiatement une foule en liesse. Seul petit bémol : une orchestration un peu moyenne de la (belle) chanson Sean Penn, Mitchum.

Beaucoup d’ambiance, donc. Un cocktail explosif des airs que j’ai tant aimé et de ceux découverts l’an dernier et des musiciens au meilleure de leur forme (avec ce violon si exaltant qui fait toute la personnalité du groupe).
Un retour en grâce mille fois mérité !

Libellés : , ,

dimanche, mars 12, 2006

La mort du Beau et la résurrection du chanteur

Mes activités diverses et variées m’ont empêché de redescendre dans cette cave depuis un certain temps alors que je voulais vous parler de plusieurs choses. Sentant monter en moi une irrésistible flemme, je me contenterai d’une note plus succincte sur les sujets que j’avais l’intention d’évoquer. Commençons par la littérature avec :

Asphyxiante culture de Jean Dubuffet (Minuit.1986)

Publiées pour la première fois en 1968, cet ensemble de notes relativement courtes témoigne à la fois de la rare acuité d’un regard posé sur la notion même de « culture » (jamais ce texte n’a paru autant d’actualité qu’aujourd’hui) et d’une virulente remise en question de ce concept pouvant servir de manifeste à la propre pratique artistique de l’auteur. N’étant pas spécialiste dans le domaine de l’art, je me garderais bien d’épiloguer longuement sur Jean Dubuffet , principal fer de lance de l’art brut, passionné par toutes les productions intervenant hors du champ de la culture (le peintre nourrira un intérêt jamais démenti pour les œuvres des fous).
Cette dernière phrase résume paradoxalement assez bien la teneur du pamphlet puisque Dubuffet réfute cette notion de « spécialiste », montre qu’en étant totalement aux mains de ces « spécialistes », la culture n’est finalement plus qu’une norme se transmettant de générations en générations. Les œuvres qui nous restent du passé résultent d’abord du choix des hommes de culture de l’époque et constitue un corpus institutionnalisé par les classes dominantes. Elle ne témoigne en aucun cas de la véritable production artistique d’une époque mais déjà d’une sélection d’une caste possédante utilisant la « propagande culturelle » pour faire ressentir « aux administrés l’abîme qui les sépare de ces prestigieux trésors dont la classe dirigeante détient les clefs, et l’inanité de toute visée à faire œuvre créative valable en dehors des chemins par elle balisés. »
A cette notion de « culture », Dubuffet oppose la création artistique individuelle. Il prend comme image l’opposition entre le voyageur solitaire explorant les continents inconnus (l’artiste) et le touriste qui se promène en meute pour contempler et admirer les mêmes paysages présélectionnés (l’individu « enculturé »). Or, « la production d’art ne peut se concevoir qu’individuelle, personnelle et faite par tous, et non déléguées à des mandataires ».
A l’heure où il faut réserver ses places à la FNAC pour espérer entrer dans un musée, où l’esprit de révolte le plus subversif est congelé par une culture prête à recycler tout ce qui dérange (Dada au musée !), cet essai s’avère parfaitement roboratif. En préconisant l’insoumission aux normes et la création par tous, Dubuffet n’est pas si éloigné que ça des situationnistes et de la remise en question de « la société du spectacle » : « Il n’y aura plus de regardeurs dans ma cité, plus rien que des acteurs. Plus de culture, donc plus de regard. Plus de théâtre- le théâtre commençant où se séparent scène et salle. Tout le monde sur scène, dans ma cité. Plus de public ».
En s’attaquant radicalement à cette notion de culture, de Beau (« l’esthète fait comédie de chérir la beauté. Mais de beauté il n’y a nulle part nulle, sinon conventionnelle - culturelle.), Dubuffet réalise une splendide apologie de l’individu contre la norme, du renversement du rapport acteur/spectateur et un très beau traité d’insoumission dont devraient se souvenir tous ceux qui ne soutiennent pas à fond le mouvement étudiant renaissant actuellement :
« Il faut mentionner encore, précieux terreau pour l’éclosion des créations et des ferveurs, l’humeur de refus systématique, l’entêtement, le goût de bafouer et piétiner, l’esprit de contradiction et de paradoxe, la position d’insoumission et de révolte. Rien de salvateur n’éclôt que de ce terreau-là ».


Sans transition, je passe à la chanson et à Cali que j’ai pu découvrir sur scène cette semaine. La figure qui le représente le mieux est celle du crucifié. Eternel écorché vif sacrifié sur le temple de la cruauté et la perfidie féminine, Cali s’esquintant à ne chanter que ses états d’âme d’amoureux transi et forcément trahi avait tendance à nous lasser un peu. Après un premier album très réussi, le second (Menteur) faisait un peu redite malgré la présence de trois ou quatre très beaux morceaux. Cependant, inutile de céder au péché mignon des français pour qui succès rime forcément avec suspect et de ces journaleux qui commencent à remettre en question les artistes que l’on a regroupé sous l’appellation forcément réductrice de « nouvelle chanson française ». Ceux qui les critiquent devraient avoir la curiosité d’aller voir Bénabar ou Cali sur scène pour réaliser à quel point c’est cette scène qui les a fait et que leurs triomphes n’ont rien de scandaleux.
Je le dis d’autant plus facilement que son dernier album ne m’a qu’à moitié convaincu, Cali est époustouflant sur scène : une patate inimaginable, deux heures quarante cinq de spectacle avec en apothéose ce corps crucifié offert au public le transportant de la scène à l’autre extrémité de la salle.
Ses chansons reprennent un autre sens lorsqu’il les offre sur scène, même si parfois il en fait trop (d’après moi, la limite a été franchie une seule fois lorsqu’il hurle le désespoir du père privé de la garde de son enfant en chantant avec une complaisance assez insupportable le vrai père, une des plages les moins réussies de l’album). Des « tubes » repris avec une incroyable énergie et l’approbation d’une foule en liesse aux moments plus intimistes (très belle succession de chansons entonnées dans une ambiance bal pop’ et orchestre, avec comme point culminant la magnifique ode à Roberta, la muse de 82 ans), Cali mène sa barque avec une immense générosité.
Il fait monter sur scène une jeune fille du public (courageuse !) pour l’accompagner à la place de Daniel Darc sur Pauvre garçon ou invite Hubert-Félix Thiéfaine (eh oui !) le temps d’un duo très réussi.
Si Cali est l’homme crucifié par l’amour, la scène est le lieu où s’opère sa résurrection chaque soir…

Libellés : , , , , ,