La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

lundi, juin 11, 2007

Une famille en or

Les ogres de barback. Du simple au néant



Revenons donc aux Ogres de Barback puisque leur nouvel album, le sixième en studio, est sorti dernièrement. Du simple au néant confirme qu’au cœur de cette nébuleuse que constitue la scène alternative française (et plus particulièrement cette tendance lourde du « rock guinguette »), les Ogres restent le groupe le plus passionnant et le plus inventif du moment.

L’album s’inscrit dans la droite ligne des disques précédents et s’avère donc réjouissant. Unique bémol : la verve anarchisante des débuts (ah ! les sublimes Rue de paname ou Grand-mère !) s’est un peu tarie au profit d’une bonne conscience de gauche qui frôle parfois la pleurnicherie. Même si les combats du groupe sont « nobles », on est en droit de trouver un peu trop insistantes les grandes orgues sorties pour Jérôme (hymne à la tolérance envers les homosexuels), un peu déplacés les pleurs d’enfants sur Brebis galeuses (évocations de la déportation des enfants juifs pendant la dernière guerre) ou encore un peu convenu le coup de la repentance sur Pardon Madjid.

Cette dernière chanson prouve néanmoins que les Ogres savent fédérer les talents autour d’eux et provoquer de belles rencontres (je vous conseille le sublime double DVD de la tournée des 10 ans ou absolument TOUS les groupes indépendants, de Marcel et son Orchestre à Tryo en passant par Debout sur le zinc et la rue kétanou sont venus participer à cet exceptionnel anniversaire) puisqu’ils y ont invité Magyd Cherfi, le chanteur de Zebda. Autre belle surprise : la participation de la chanteuse allemande Kiki (du groupe 17 hippies) sur le joli morceau Pas bien.

Musicalement, ça reste aussi dans la lignée de ce qu’ont toujours fait les ogres : valse musette rigolote (Con et blasé), cocktail détonnant de rock et d’accordéon (l’entraînante Marée basse que j’aurais aimé entendre au concert) mêlé aux sonorités tziganes (un peu moins ici) et aux fanfares (Eh oui !).

On peut néanmoins noter quelques aspects un peu nouveaux : un peu de world music (Destin artificiel, pas mon morceau préféré), un « parlé chanté » à la Loïc Lantoine assez réussi sur Brebis galeuses et un très beau morceau instrumental, adagio sur lequel les ogres insèrent des textes d’Hubert Reeves et Daniel Mermet (Pour tant qu’il y aura des hommes).

L’ambiance de l’album est à l’image de celle qui règne durant leurs concerts : chaleureuse, festive et entraînante.

J’ai parlé hier du talent d’instrumentiste de cette famille hors du commun (je rappelle que le groupe est constitué de deux frères et de leurs sœurs jumelles) puisque chaque membre joue d’au moins trois ou quatre instruments différents et des plus divers (de l’hélicon à la contrebasse en passant par le violon et l’accordéon). Mais il faut aussi évoquer les textes, comme celui assez magnifique d’Il ne restera rien, sans doute le plus beau morceau de l’album dont les paroles rappellent Léo Ferré. Les Ogres restent de talentueux conteurs et on est en droit de préférer la nostalgie amusée de C’est beau aux tartes à la crème de la bonne conscience de gauche (plus de virulence révoltée, à la Ferré ou Brel, me plairait davantage) qui alourdissent ça et là le CD.

A cette petite réserve près (détail assez mineur au vue du résultat global), Du simple au néant est une nouvelle grande réussite de cette famille en or qu’est Les ogres de barback…

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dimanche, juin 10, 2007

Orlof part en live

Imperceptiblement, la ligne de ce blog, -cave où devait s’entasser tous mes textes ne relevant pas du cinéma-, a dévié au profit d’un profil purement littéraire où seules sont désormais consignées mes notes de lecture. Ce n’est pas pour autant que je n’écoute plus de musique ou que je ne vais plus voir de concerts. Mais le temps m’est compté et je n’ai pas toujours le courage d’écrire.

Renouons cependant avec ma vieille habitude des comptes-rendus impressionnistes de concerts en retraçant un bref panorama de tous les spectacles auxquels j’ai assisté cette année (je parle en terme d’année scolaire puisque les « saisons culturelles » -passez-moi l’horreur de cette expression- fonctionnent ainsi).

1- Des découvertes locales à la renommée nationale

Le Bistrot de la scène est, à Dijon, un lieu très convivial qui accueille des concerts, des pièces de théâtre et divers type de spectacles (improvisations, représentations pour les enfants) Ce lieu, menacé de disparition depuis que le ministère de la Kultur (de droite) a coupé toutes les aides, permet aux petits groupes locaux de faire leur premiers pas.

C’est là que j’ai vu cette année les trapettistes, groupe dont la renommée ne dépasse sans doute pas les frontières de ma bonne région bourguignonne mais qui a le mérite d’enflammer les salles à chacun de leurs concerts (les ayant vu 7 ou 8 fois, je sais de quoi je parle !).

Malheureusement, après une dernière tournée très réussie et un spectacle autour de Pierre Perret que je regrette d’avoir manqué, un des membres du groupe s’en est allé. Un quatrième album a néanmoins vu le jour (prends ta main dans ma gueule) mais force est de constater que le cœur n’y est plus vraiment (l’album étant assez inégal malgré quelques très bons titres). Sur scène, le groupe fut privé, en plus, de son batteur et assura le spectacle à quatre ; jouant pendant une heure trente des morceaux que nous ne connaissions alors pas. En gros, c’était une « preview » de la tournée, pas désagréable mais manquant de l’énergie des précédents spectacles, malgré la générosité et l’humour de chaque membre du groupe. Maintenant que je connais les titres, je serais curieux de voir comment a évolué le spectacle…

Cette année, le Bistrot fêtait ses 20 ans. Pour célébrer dignement l’anniversaire, trois soirées exceptionnelles furent réservées au grand Jamait, artiste local qui a désormais conquis toute la France. J’y suis allé le deuxième jour et ce fut un très grand moment. L’ambiance intimiste (la salle doit contenir aux alentours de 200 places) sied parfaitement à ce grand chanteur qui, pour l’occasion, fit venir un certain nombre d’invités. Le soir où j’y étais, nous eûmes le plaisir de voir (et d’entendre) Daniel Fernandez (là aussi, c’est local !), Bastien Lallemant et Claire Joseph (C’est la vie de Jamait avec une voix féminine, c’est très bien), Mulet-Mulet, le fabuleux Nicolas Jules (je ne connaissais pas cet hilarant extra-terrestre) et Thiéfaine. Grand moment que la reprise de La fille du coupeur de joint par toute la bande, sans parler de ce moment exquis où Jamait demanda à Thiéfaine de jouer Confessions d’un never been sans répétition préalable. Nous eûmes le privilège de voir le chanteur suivre le texte de sa chanson sur… des boites de pizzas ! Ambiance chaleureuse (le public connaissant parfaitement les paroles de notre idole locale) et à la bonne franquette, présence incroyable sur scène de ce digne successeur des Brel et Aznavour et beauté des titres choisis ce soir-là. Soirée sublime.

Mon seul regret lors du concert de Jamait fut d’apprendre que, la veille, Aldebert était venu en personne pousser la chansonnette avec lui. Besançon, ce n’est plus tout à fait notre région mais nous n’en sommes pas loin aussi est-ce sans scrupule que je l’associe aux chanteurs « locaux ». Car après son passage l’an dernier au Zénith de Dijon, Aldebert est revenu présenter son nouveau spectacle. Ce que j’écrivais à propos de son dernier album (suivre les tags) s’est vérifié : si le disque les paradis disponibles est un tout petit peu décevant, les nouveaux titres gagnent en intensité sur scène et sont faits pour être entendus « live ». Rien à redire par rapport au précédent concert si ce n’est que notre bonhomme est toujours aussi génial face au public, réveillant en deux temps trois mouvements même les personnalités les plus rétives au fiesta des concerts. Son nouveau spectacle prouve qu’il a su se renouveler (fini l’Aldebert avec son cartable sur les épaules) et même progresser. Les quelques sketches d’introduction aux morceaux sont souvent désopilants (le hard rocker, la soirée disco…) et chaque titre a provoqué l’enthousiasme (signalons d’ailleurs une très belle reprise de l’orage de Brassens). Je ne le redirai jamais assez : allez découvrir Aldebert sur scène, c’est assez grandiose (notons au passage qu’en première partie, nous avons pu entendre Ours qui commence à bien marcher sur les ondes…)

2- Du côté des neurasthéniques.

L’amitié exige parfois de lourds sacrifices. Ainsi, pour accompagner un ami qui a la gentillesse de toujours me conduire lorsque nous allons aux concerts, je me suis tapé le spectacle de Jean-Louis Murat. Et ce n’est pas la première fois ! Sans être allergique à toutes ses chansons, je dois reconnaître que ce n’est pas ma tasse de thé. D’autant plus que le bonhomme n’a pas beaucoup de charisme sur scène, enchaînant les titres sans décocher un mot. J’avoue que le pseudo rebelle dont les inrocks font chou gras m’agace, se comportant comme un esclave salarié gagnant son pain sur scène mais ne semblant y prendre qu’un plaisir modéré. Personne ne l’oblige à se produire devant un public si ça l’ennuie !

Dans le même style, j’ai re-re-revu Miossec, pour les mêmes raisons. Musicalement, je préfère sa performance à celle de Murat (disons que c’est plus « rock ») mais là encore j’ai été agacé par cette incapacité à faire vibrer le public si ce n’est en racontant toujours la même histoire périmée (le chanteur se serait fait casser la gueule dans une boîte dijonnaise fermée depuis bientôt 7 ans !). De plus, Miossec a tendance à s’embrouiller dans ses paroles et doit suivre ses chansons à l’aide d’un chevalet ! Une fois, il nous a fait le coup de partir au bout d’une heure, sans le moindre rappel. Cette fois, le concert a duré pilepoil une heure trente (eh oh ! Faudrait voir à pas faire d’heures sup’) mais ne m’a guère enthousiasmé.

3- Festivus, festivus

A l’opposé de ces deux chanteurs dépressifs sous tranquillisants, j’ai découvert avec un grand plaisir deux groupes survoltés qui ont embrasé deux soirées mémorables. Le premier ne m’était pas inconnu puisque je possède quelques CD de La ruda salska. Pour l’occasion, j’avais acheté leur dernier album la trajectoire de l’homme canon que je considère comme une assez belle réussite même si une première écoute donne l’impression de redite. Sur scène, ils sont impressionnants, ne laissant pas une seconde pour souffler et parvenant à déchaîner une foule très jeune et totalement conquise (pas une seconde n’ont cessé les fameux slams que l’on voit lors de certains concerts). Le groupe a profité de ce concert pour reprendre leurs « tubes » les plus célèbres (ceux de leur meilleur album : l’art de la joie) et nous ont régalé de leur cocktail ska (les nombreux cuivres) et rock (guitares électriques saturées). Je pense qu’ils sont des dignes successeurs de la Mano négra de la grande époque !

A l’inverse, je ne connaissais Marcel et son orchestre que de nom (excepté leur titre phare les vaches) . Et bien ça ne m’a pas gêné un seul instant pour apprécier ce concert également déchaîné où le public (très jeune, encore une fois) avait pris soin de se déguiser, de se vêtir de robes multicolores et de perruques agressives. Sur scène, les lillois sont, eux aussi, assez fabuleux et ils ont beaucoup d’énergie à revendre en mélangeant toutes sortes de styles (rock, ska, punk, ragga…) et en inventant des mots d’ordre totalement délirants (délicieux morceau intitulé la jeunesse emmerde Nelly Holson !)

Deux groupes à recommander chaleureusement pour les amateurs de soirée festive.

4- L’apothéose

C’était hier puisque étaient réunis deux des groupes phares de la nouvelle scène alternative française et peut-être mes deux préférés : la rue kétanou et les ogres de barback.

L’évènement eut lieu au Zénith, lieu que je ne prise pas tellement puisque après une première saison assez riche (Bénabar, Cali, Fersen, Luke et Deportivo, Aldebert, Louise Attaque…), la deuxième fut d’une affligeante médiocrité, accueillant uniquement les débris nullissimes capables de faire entrer de la monnaie (les ignobles Sardou, Hallyday, Obispo, Bruel ou encore la Star academy). Impression étrange de voir ces deux groupes habitués des petites salles dans un lieu aussi vaste et bondé. La seule petite pointe de déception vint d’ailleurs de là : l’atmosphère m’a paru moins chaleureuse que celle que j’avais pu à connaître avec les Ogres en les découvrant sous leur chapiteau à Chalon. Rien à dire pour les groupes : La rue kétanou nous a proposé quelques nouveaux titres (pas ce qui m’a semblé le plus emballant) et a enchaîné sur quelques classiques mettant en joie une foule conquise. Si manquait certains titres que j’affectionne particulièrement, nous avons eu droit au Cigales, aux Mots (avec un public répondant avec enthousiasme), à la très belle fiancée de l’eau et aux Hommes que j’aime. Par rapport à l’album live que je possède, je n’ai cependant pas vu beaucoup de différence et c’est le seul bémol que j’apporterais à cette belle prestation.

Je parlerai sans doute prochainement du dernier album des Ogres. Je ne les avais pas vu depuis 4 ans et ça m’a fait rudement plaisir de recroiser leur chemin. Curieusement, je n’ai pas eu l’impression d’une « nouvelle tournée » puisque seuls quatre titres du dernier CD ont été joués, et pas forcément les meilleurs (la pleurnicharde et politiquement correct Jérôme prenant la place de la sublime Il ne restera rien ou de l’entraînante Corinna). Là encore, j’ai eu l’impression d’entendre certains moments des deux albums live récents qu’a sorti le groupe.

A côté de ça, c’est superbe ! Les deux frères et leurs deux sœurs sont des instrumentistes hors pair et savent jouer de tout (ils changent d’instruments au cours des morceaux et ont recours au plus insolite, de la scie à cette espèce de vélo à percussions). Mis à part un passage très politiquement correct (la diffusion du film des enfants de sans-papiers ! Misère !), je n’ai pas vu le concert passer et les Ogres nous gratifièrent d’un splendide final en forme de « medley » chanté sans micro (ils laissèrent le public entonner Rue de paname) . J’ai hâte de les revoir dans une salle à dimension humaine pour profiter pleinement de leur mise en scène (c’est dur quand vous êtes loin de la scène, derrière des costauds d’1 mètre 95 !)

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dimanche, mai 28, 2006

L'appétit des Ogres


Les Ogres de Barback. Avril et vous

Il faudrait parler plus en détail de cette fabuleuse petite famille (deux frères et leurs sœurs jumelles) qui compose les Ogres de Barback, groupe phare de la nouvelle scène française par son immense talent mais aussi par sa manière de fédérer les groupes, de créer des rencontres, d’impulser un mouvement où se trouvent rassemblées toutes les formations de la même famille (des Hurlements d’Léo avec qui les Ogres ont enregistré un album live à Debout sur le zinc en passant par La rue Kétanou, les Blérots de R.A.V.E.L, les fils de teuhpu, Néry, etc.).
Les deux derniers albums du groupe sont des « live ». Rentabilisation d’un fonds de commerce ? Non, d’une part parce qu’à moins de 10 euros les CD (qui durent à chaque fois plus d’une heure), on peut estimer qu’il n’y a pas duperie sur la marchandise. Non, d’autre part car ces deux concerts permettent d’apprécier deux facettes du talent du groupe.

Le premier de ces concerts, enregistrés en compagnie de la fanfare du Belgistan, est une captation de leur spectacle anniversaire pour leurs 10 ans d’existence. On y retrouvait le côté festif du groupe, cette manière unique qu’il a d’embraser les salles. Pour s’en rendre compte, il vaut d’ailleurs même presque préférer leur fabuleux DVD sorti à la même occasion. Trois heures de concert avec en prime de larges extraits de la tournée en province où les Ogres accueillirent de nombreux groupes invités. Un vrai régal.

Avril et vous est un concert beaucoup plus intimiste (spectacle assis) et dévoile l’autre facette des Ogres, celle d’un groupe au textes tendres et poétiques, navigant sous la belle étoile de la sublime chanson de Pierre Perret Au café du canal. Le résultat est très agréable et ne donne pas l’impression de redite par rapport au « live » précédent dans la mesure où le groupe a été piocher dans ses anciens albums pour composer un spectacle équilibré (3 ou 4 chansons par album). Plaisir de réentendre de « vieilles » chansons comme Contes, Vents et marées ou Grand-père. Plaisir également de découvrir de nouveaux morceaux comme Jérôme (hymne à la tolérance qui s’en prend aux biens-pensants ayant fustigé un fameux mariage homosexuel il y a quelques années) ou Jésus, très beau morceau inspiré par Loïc Lantoine (un parlé-chanté sur fond de contrebasse). Ledit Loïc Lantoine s’invite d’ailleurs sur l’album le temps d’une belle flambée (encore un grand moment).

Le reste se compose de morceaux relativement calmes où le talent d’instrumentiste des Ogres prend toute son ampleur (il faut les voir sur scène changer régulièrement d’instruments, parfois même au milieu d’une chanson !) . Bien sûr, on ne se refait pas et l’on sent l’atmosphère s’échauffer lorsque Fred entonne Pour me rendre à mon bureau (l’excellente chanson signée Jean Boyer- le cinéaste- que reprit également Brassens) et que le groupe termine le morceau par un enivrant solo de cuivres.

Bref, un très bon moment pour nous permettre de patienter jusqu’au (vrai) nouvel album ou jusqu’à un prochain concert (je ne les ai pas vu depuis trois ans et ils commencent à me manquer !)

***
Puisque nous parlions de famille, deux mots du concert des Hurlements de l’Léo , cousins remuants des ogres, que j’ai vu il y a trois jours. Grand moment festif où le groupe, malgré la triple fracture à la jambe du chanteur Laulo (alias Kebous) l’obligeant à jouer sur un fauteuil roulant, mit une ambiance incroyable. La salle ne connaissait visiblement pas encore trop les morceaux du dernier album mais peu importe : dès le troisième morceau, le feu a gagné l’assistance et les « hits » du groupe (Le racheteur d’ardoises, Ouest terne, le petit monsieur en gris, le café des jours heureux) provoquèrent une véritable liesse. Un grand bravo au groupe et en particulier à Pépito, le trompettiste, qui ne cessa de chauffer le public et qui termina le spectacle par une reprise mémorable du Highway to hell d’AC/DC ! Une bien belle soirée !

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vendredi, avril 21, 2006

Promesses tenues


Debout sur le zinc. Les promesses

Une fois n’est pas coutume, j’ai découvert le groupe Debout sur le zinc grâce à Télérama. Je me souviens être tombé sur une notule élogieuse (ce n’est quand même pas suffisant pour me convaincre!) associant cette formation de sept musiciens à la tendance « rock-guinguette » que je dévorais à l’époque (surtout les Têtes raides, la Tordue et les Ogres de barback).
J’achetais donc à l’époque l’homme à tue-tête et depuis, je n’ai manqué aucun de leurs albums. Le dernier en date (leur quatrième), les promesses, est une réussite totale où le groupe reste fidèle à son style, ses influences tout en évitant la sensation de redite qui peut parfois affleurer lorsqu’on écoute tous ces petits groupes mêlant fanfare balkanique et rock néo-bastringue.

Ce qui impressionne le plus à l’écoute des albums de Debout sur le zinc, c’est la grande cohésion du groupe qui fonctionne pourtant sur des bases extrêmement hétérogènes. Trois chanteurs qui écrivent chacun leurs textes, une pléthore d’instruments (de la clarinette aux guitares électriques et sèches en passant par le violon, l’accordéon, le banjo, la contrebasse, la mandole et j’en passe…), des styles venus de tous horizons (chanson française, fanfare tzigane, rythmes orientaux, arabes, yiddishs, rocks…) et à l’arrivée, une sensation de totale harmonie et une cohérence aussi bien instrumentale que dans l’univers des textes.

Si je devais, sous le menace de la torture, choisir entre les trois auteurs-chanteurs, je confesserais un petit faible pour les chansons signées Simon Mimoun. D’une part parce qu’il a écrit précédemment les plus beaux textes qui soient (Deux fois oui, les mots d’amour) et parce que j’aime beaucoup le timbre singulier de sa voix. Dans les promesses, outre une sublime reprise d’une des premières chansons du groupe (la pantomime) version raï (en duo avec Dikès du groupe Mon côté punk) ; il nous offre un revigorant et exaltant chant d’allégresse (Restez debout), une splendide ode à l’enfant qui n’est pas encore là (Te promettre la lune) et une merveilleuse Déclaration pouvant aussi bien s’interpréter comme une chanson d’amour à la femme aimée ou à la chanson en général (« C’est un peu une déclaration que je te fais car il est temps je crois /// Quand certains rêvent de nations, de football ou de vrais combats /// Moi c’est vers toi que je tends les bras /// Quand ça ne va pas /// Ma cervelle et mes sentiments /// Je te les donne /// Ils sont pour toi /// …).

Tout l’équilibre de Debout sur le zinc tient dans cette alchimie entre une poésie qui n’a rien de frelatée et des morceaux musicaux exaltants et entraînants. De ce point de vue, les morceaux composés par Christophe Bastien (le très rock Fallait pas) ou par Romain Sassigneux (et ses accents déchirants sur la lettre perdue) sont aussi très réussis et tous arrivent à créer une harmonie parfaite.

Je dirais même qu’on est séduit par Les promesses dès la première écoute alors que les précédents albums méritent qu’on les ai bien à l’oreille pour les apprécier à leur juste valeur.
Avec l’album de Jamait, c’est mon premier grand coup de cœur de l’année…

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lundi, mars 20, 2006

Temps suspendu


Certains albums vous transportent et vous convainquent dès la première écoute tandis que d’autres ne se donnent pas immédiatement et c’est à mesure que s’habitue l’oreille qu’ils dévoilent leur charme entêtant. Temps suspendu, le dernier album des Hurlements d’Léo fait partie de cette deuxième catégorie. En rompant avec un certain train-train du rock guinguette, éthylico-festif dont ils furent les précurseurs, le groupe nous oblige à revoir nos habitudes en dessinant de nouveaux motifs autour d’une ligne qui reste néanmoins la leur.
Quatre albums studio, un album live auxquels on peut ajouter la belle aventure d’Un air, deux familles (une tournée en commun avec les Ogres de barback et un album live tiré de l’expérience) et un mini-CD très réussi réalisé en compagnie des cousins allemands de 17 Hippies ; les HDL pourraient faire figure de fer de lance de cette nouvelle scène française néo-réaliste, mêlant la complainte de l’accordéon à des rythmes slaves et manouches.

Sauf que le groupe a beaucoup tourné à travers le monde (des Etats-Unis à la Russie en passant par l’Australie) et qu’il semble désormais vouloir s’ouvrir à toutes sources d’inspiration, à s’imprégner de nouvelles images (qu’on se souvienne de la très belle chanson Kaléidoscope dans leur précédent album). Et c’est cet éclectisme qui frappe à l’écoute de Temps suspendu. Dès la deuxième plage, on est surpris d’entendre un morceau hommage à Gainsbourg (I’m a freak) et, dès lors, on ne cessera de naviguer entre des styles différents.
Cela ira de la superbe ballade il, où la voix éraillée et douloureuse de R1 Wallace fait merveille au rock un peu primaire avec ses riffs violents de guitare électrique de Mon spectacle débile (où le chanteur est moins convainquant). Entre temps, il y aura eu le swing jazzy des tigres et des panthères, des cordes orientalisantes sur Bulle et Toujours, un peu de reggae (Icone.com) et de ska (un viatique qui fait penser à la Ruda).

Paradoxalement, ce mélange ne nuit pas à l’unité de l’album qui n’est peut-être pas le plus directement séduisant du groupe (ne surnagent pas des « tubes » comme le café des jours heureux ou Louise) mais témoigne d’une évolution intéressante. On quitte un peu l’ambiance des bas-quartiers et des bistrots cradingues pour une chanson plus imagée, qui sait prendre son temps. Parfois, cette chanson se fait engagée pour dénoncer les trafics internationaux (I’m a freak) ou pour botter le cul des chanteurs bien-pensants des Restos du cœur.
Cela ne va pas très loin mais entendre :
« Vivement dimanche
De l’audience, c’est Byzance
Le propos est rance
Les play-back pas soignés
Des beaux sentiments
La photo des enfants
Des bouches pleines de dents
Sous vos applaudissements
Nous faire oublier
Les enfoirés qu’ils étaient
Enfoirés d’un jour
Enfoirés pour toujours » ; ça fait toujours plaisir. (Et l’allusion à cette buse de Pagny est fort bien vue).

Textes élégants, des rythmes qui finissent par trotter dans la tête : Temps suspendu mérite le détour. D’autant plus que les HDL, qui prennent toute leur ampleur sur scène entament une nouvelle tournée. Ne les manquez pas s’ils passent vers chez vous. Nous vous en reparlerons fin mai…

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