La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

dimanche, novembre 11, 2007

Rêve de fan

Vincent Delerm. Favourite songs (Tôt ou Tard. 2007)


Auteur, compositeur et interprète, Vincent Delerm nous séduisait avant tout pour les deux premières compétences citées. Et malgré toute l’affection que nous portons à l’auteur de Fanny Ardant et moi, sa voix traînante et son timbre peu assuré (il n’est pas rare, effectivement, de l’entendre chanter faux) ne nous ont jamais permis de le prendre pour un « grand chanteur » (mais les talents de Gainsbourg ou Brassens ne résidaient pas plus dans leurs voix !). Drôle d’idée donc que cet album « live » où Delerm invite un grand nombre de personnalités à venir interpréter avec lui ses « chansons préférées ». Certes, trois de ces duos sont des chansons de l’auteur (Marine, avec Peter von Poehl, Favourite song avec Neil Hannon ou Na na na avec le grand Mathieu Boogaerts) mais le reste de l’album est composé de reprises.

L’affiche de l’album est très belle et toute la « nouvelle scène » de la chanson française s’est précipitée au rendez-vous (Bénabar, Cali, Biolay, Cherhal, Katherine…) ainsi que certains vieux de la vieille (Moustaki, Renaud, Souchon Chamfort…). A tel point qu’on craint un instant le simple « coup » commercial destiné à renflouer un peu tout le monde.

On sait que les « reprises » ont le vent en poupe depuis que triomphent les saletés de la « télé-réalité » mais le projet de Delerm s’avère assez vite plus habité et personnel que ce que pouvaient laisser craindre les apparences.

Bien sûr, on se serait volontiers passé du Coup d’soleil (l’horreur déflasquée autrefois par Richard Cocciante), repris ici avec Valérie Lemercier. C’est l’exemple type du côté « people » et second degré dans lequel aurait pu se vautrer le disque mais qui, au final, fait figure de contre-exemple.

D’abord parce que Delerm reprend un certain nombre de titres pas forcément très célèbres (je pense aux Cerfs-volants de Biolay ou aux très belles Embellies de mai de Frank Monnet) et qu’il permet, en quelque sorte, de leur donner une seconde vie (très bonne idée aussi de reprendre Les gens qui doutent d’Anne Sylvestre ou Au pays des merveilles de Juliet d’Yves Simon) ; ensuite parce que les chansons choisies possèdent en général suffisamment de qualités pour mériter la reprise (Cent ans de Renaud, Quoi de Gainsbourg…).

Favourite songs permet de se rendre compte également que Delerm a fait des progrès dans le chant. Ce n’est pas encore mirobolant mais on constatera que sur Cent ans, c’est sans doute lui le plus dans le ton alors que la voix de Renaud est de plus en plus rocailleuse et que Bénabar chante carrément faux (ce trio est néanmoins le plus attachant de l’album car il regroupe trois artistes pas forcément à l’aise pour chanter mais qui ont su nous séduire par leurs personnalités et la qualité de leurs écritures). On louera également notre bonhomme d’avoir repris C’était bien, ce superbe titre que chantait autrefois Bourvil.

Le reste est affaire de subjectivité. Personnellement, il me semble que la prestation de Katherine est totalement hors sujet (c’est le seul morceau où Delerm ne chante pas). Par contre, j’aime énormément la reprise de Quoi avec Cali (comme le souligne malicieusement l’auteur, ce n’était pas forcément une mince affaire de faire chanter du Birkin avec l’accent de Perpignan !) et la sympathique reprise de Désir, désir où Delerm et la fidèle Irène Jacob imitent parfaitement le duo Voulzy/Jeannot.

Favourite songs apparaît au bout du compte comme la réalisation d’un rêve de fan et c’est ce côté sincère et passionné qui l’empêche de n’être qu’une vulgaire entreprise commerciale. On peut préférer les albums personnels de Delerm (c’est mon cas) mais le projet est sympathique et très agréable à écouter (même si nous aurions plutôt souhaité le vivre en direct !)

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dimanche, octobre 15, 2006

Des plumes et du goudron


Repenti. Renan Luce

C’est au mois d’avril dernier (voir ici) que j’ai découvert Renan Luce sur scène. En fait, nous étions, mes amis et moi, allés voir Bénabar et nous n’étions pas les seuls. Le Zénith était plein à craquer ce soir là et l’ambiance surchauffée. C’est alors que nous découvrîmes un petit jeune homme qui allait avoir la rude tâche d’assurer la première partie du spectacle, seul avec sa guitare sèche. Jeu périlleux où j’ai déjà vu échouer des artistes pourtant très doués (je pense à l’excellent Bastien Lallemant, jouant dans une indifférence totale à un grand concert gratuit en plein air). Renan Luce parvint pourtant à emporter haut la main son pari et réussit même à faire reprendre en cœur à la foule ses petits airs guillerets.
J’avais trouvé sa prestation vraiment sympathique mais ne me sentais pas transporté au point d’acheter l’album. Et puis j’ai entendu ça et là quelques titres que je connaissais sans leurs arrangements instrumentaux et me suis laissé séduire.
J’ai donc acheté ce premier album qui s’avère vite être une jolie réussite.

L’ayant découvert avec Bénabar, nous aurions tendance à le ranger dans la même famille, celle des trentenaires décalés (avec Aldebert et Jeanne Cherhal, par exemple). Le critique de Télérama le place quant à lui aux côtés de Thomas Fersen et d’Alexis HK (sans doute pour cette propension qu’à Luce de bricoler de petites fictions drôles ou tragiques, toujours insolites). Si l’auteur-compositeur-chanteur ne me semble pas avoir encore la maturité de Fersen ni son génie d’une écriture à nulle autre égale ; j’admets qu’il y a une communauté d’esprit qui n’empêche d’ailleurs pas Renan Luce de développer un univers personnel et d’imposer sa patte.

Ca commence par ce qui est appelé sans doute à devenir son tube, à savoir Les voisines, délicieuse petite comptine sur le plaisir d’observer les fenêtres d’en face, de surprendre une jolie voisine qui se change (remarquez que ce genre d’aventure n’arrive que dans les chansons ou dans les films !) ou d’admirer leurs dentelles sécher sur les balcons. Morceau délicieusement enjoué qui va donner la tonalité de l’album : humour décalé, saynètes quotidiennes transfigurées par l’écriture, art de croquer des portraits insolites ou tragiques…Renan Luce a un vrai don pour faire vivre en quelques mots des personnages assez farfelus comme ce mafioso repenti qui a donné ses anciens complices et qui vit désormais terré dans « la banlieue nord de Dijon » (Repenti), cette jeune femme qui vend des « trucs qui ne servent à rien » (Camelote) ou encore ce fossoyeur narcoleptique, héros d’un des morceaux les plus réussis de l’album (Monsieur Marcel).

A côté de ces titres rigolards, l’inspiration du chanteur peut aussi virer au tragique. Plusieurs chansons sont hantées par l’idée du suicide, en particulier La lettre, très beau morceau où le narrateur se place du point de vue de la feuille de papier qui va recueillir les derniers mots d’un homme bien décidé à en finir avec la vie (« J’aurais pu être pressée sur le cœur d’une enfant/ Ecoutant dans mes lignes la voix de son amant/ Ou être le pliage d’un gamin de huit ans/ Et voler dans les airs sous les rires des enfants/ Mais je tourne la page d’une triste histoire/ Qui dit que le chemin n’était pas tellement long…/Pas tellement long…). Le titre est assez bouleversant et la voix rauque et un brin éraillée de Renan Luce fait merveille à ce moment.
Au final, l’album parvient à nous faire sourire, à nous toucher et ses petites mélodies deviennent vite entêtantes. Jolie réussite donc, et satisfaction de voir que la famille de la « nouvelle chanson française » s’agrandie en accueillant en son sein un nouveau venu qui ne tardera pas à se faire une place bien à lui. C’est tout le mal que l’on souhaite à Renan Luce…

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dimanche, avril 09, 2006

Un ban pour Bénabar

Au départ, cette cave n’était pas destinée à devenir un entrepôt pour souvenirs de concerts mais mes nombreuses sorties et mon emploi du temps relativement chargé m’empêchent de vous parler de mes lectures (l’attrape-cœur de Salinger, le théâtre de Jarry…) et des nouveaux CD qui valent le coup (nous essaierons néanmoins de vous dire deux mots du nouvel album de Debout sur le zinc et de celui de Jamait). De plus, vous allez peut-être vous lasser de mon manque d’esprit critique et des mêmes superlatifs que j’emploie après chaque nouveau spectacle. Il faut dire qu’une place de concert ne coûte pas le même prix qu’une place de cinéma et que nous nous aventurons rarement dans ce type d’endroit sans bien connaître auparavant ce que nous allons voir. D’ou la rareté des déceptions même si cela peut arriver (dans ce cas là, la déception vient surtout du manque d’ambiance, comme ce fut le cas l’année dernière quand je vis l’excellent Matthieu Boogaerts dans une salle presque vide et relativement hostile –je me souviens de quelques odieux beaufs faisant des remarques inopportunes-)

Mais sans exagérer, je vous assure que le spectacle qu’a donné hier Bénabar était merveilleux. Je connais le chanteur depuis un petit bout de temps puisque je me souviens encore l’avoir découvert, après son deuxième album, lors d’un showcase à la FNAC. Nous n’étions pas nombreux ce jour là à entendre ce qui allait devenir ses « tubes » (Vélo, Y a une fille qu’habite chez moi…) mais c’est à partir de ce jour que j’ai acheté tous ses albums (quatre en studio et un live) et que j’ai suivi avec plaisir la carrière de celui qui allait devenir une des figures de cette « nouvelle chanson française » que les crétins commencent à décrier.
On sait que le succès semble suspect en France mais il suffit de découvrir les prestations scéniques de Bénabar (que j’avais vu il y a un an et demi à Chalon-sur-Saône) pour faire taire toutes les réticences et mesurer à quel point ce succès est mérité (c’est la scène qui l’a fait et c’est sur scène, à mille lieues de ses prestations télévisuelles timorées, que le chanteur prend toute son ampleur).
Je le dis d’autant plus volontiers que je ne suis pas un fan absolu de son dernier album (Reprise des négociations). Même si certains titres sont très réussis et permettent à l’auteur compositeur de prouver une fois de plus son génie de l’observation et la finesse de son trait déclinés sous la forme de l’humour (le dîner, les épices du souk du Caire), de la tendresse nostalgique (Quatre murs et un toit) ou de la noirceur pessimiste (Qu’est-ce que tu voulais que je lui dise ?) ; l’ensemble me semblait un peu ronronnant et assez inégal. Mais, encore une fois, le charisme du chanteur et son sens de la scène m’ont totalement réconcilié avec lui. Et c’est une évidence que certaines chansons de l’album (Maritie et Gilbert Carpentier, la berceuse) prennent en public une saveur qu’elles n’ont pas forcément à l’écoute chez soi.

Résultat (je ne pense pas que Glurp me contredira) : 2 heures 20 de bonheur où Bénabar nous offrit un superbe panel de ses quatre albums (le premier étant un peu sacrifié mais il commence à être vieux) ; alternant de manière parfaite les morceaux rythmés et les chansons plus poignantes (la splendide Je suis de celles) où un effort d’orchestration était nettement perceptible (les musiciens accompagnant le chanteur furent parfaits).
Et puis, il y a l’énergie de cette bête de scène . Une des caractéristiques de cette génération de la « nouvelle chanson », c’est ce rapport très fort avec le public. Cali joue plutôt sur le côté écorché vif et une connivence presque sentimentale avec la foule, Mathias Malzieu cherche à provoquer l’hystérie et les mouvements de foule. Bénabar est plutôt dans le dialogue rigolard perpétuel, titillant nos oreilles de provinciaux par des petites provocations rigolotes (« on a joué ce morceau à Paris et la réaction était quand même mieux… ») et improvisant au milieu de certaines chansons (Adolescente) de véritables petits sketches hilarants. Un des grands moments du spectacles fut le jeu de cette chanson inédite et désopilante sur la pierrade se concluant par un véritable bras de fer (pour rire) entre une foule déchaînée entonnant le désormais indispensable ban bourguignon alors que le chanteur multipliait les piques contre le public provincial. J’en pleurais de rire !
Je ne m’appesantis pas par peur de vous lasser mais je vous assure ; si Bénabar passe dans votre coin, ne le ratez pas : le numéro qu’il offre à chaque fois est sensationnel et mérite le détour…

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