La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

dimanche, août 16, 2009

Happy birthday (suite)

Chez Leprest (2007)



Pour mon anniversaire, mon cher petit frère m’a offert ce CD dédié à Allain Leprest, auteur compositeur que je ne connaissais absolument pas. Ce disque, où un certain nombre d’artistes reprennent les titres de l’artiste (qui apparaît d’ailleurs le temps de deux chansons), est une excellente entrée en matière pour découvrir un chanteur totalement ignoré des stations de radio mais qui s’inscrit pourtant dans la grande tradition des chanteurs à texte français et dans cette veine que l’on pourrait aisément qualifier de « naturaliste » (avec ce que cela suppose d’évocations glauques et avinées) si elle n’était pas transcendée par une poésie du quotidien qui se révèle souvent bouleversante.
Le disque s’ouvre par Tout c’qu’est dégueulasse repris par la décidément incontournable Olivia Ruiz. On se demande s’il est possible aujourd’hui de réaliser un album en France sans la présence de la jeune chanteuse ! Je fais cette remarque avec beaucoup de tendresse dans la mesure où je l’aime vraiment beaucoup et qu’il est fort probable que j’aille la voir en concert prochainement (elle passe en novembre dans ma ville).

« Camora, péplum, cyanur’, mafioso,
Tien-an-men, amen, rasoir et ciseaux,
Hostie, Vatican, Jean-Marie, mormon,
Tout c’qu’est dégueulasse porte un joli nom »

Simple énumération de choses « dégueulasses », ce premier titre frappe fort et donne le ton d’un album où les mots retrouvent leur sens et valsent pour dire l’absurdité du monde, la douleur, la mélancolie et l’amour. Même si quelques chanteurs sataniques ont participé au projet, on notera néanmoins la jolie cohérence de l’ensemble et la (relative) sobriété des interprétations, toutes au service du texte. Même quelqu’un comme Hervé Vilard (diable, si on m’avait dis un jour que j’aurais un CD avec une chanson d’Hervé Vilard !) s’en tire plutôt pas mal avec Le café littéraire qu’il interprète sans effets superfétatoires. J’avoue avoir un peu plus de mal avec des gens comme Daniel Lavoie (Nu est sans doute le titre que j’aime le moins) ou Nilda Fernandez. Mais bon, il en faut pour tous les goûts !
Les prestations les plus réussies sont sans aucun doute celles où l’univers des interprètes entre en adéquation avec celui de Leprest. Lorsqu’on entend Jamait reprendre Saint Max (« Vivre est un train aveugle/ Et ses voyageurs beuglent/ Dans les wagons de queue/ Hé mes frères les bœufs/ Il serait temps qu’on meugle ») ou Higelin La Courneuve, on se dit que ces rencontres étaient évidentes. Idem pour le superbe Mec que l’excellent Loïc Lantoine fait vibrer de manière merveilleuse avec sa voix rocailleuse.
Tous ces titres parlent avec une réelle intensité de la vie comme elle va et brossent des tableaux réalistes et poétiques d’un univers populaire d’où se détachent soudain les portraits d’une petite prostituée (le beau Dans le sac à main repris par Sanseverino) ou d’un compositeur amoureux d’une barmaid (Y a rien qui s’passe). Il y est aussi question des amours douloureuses, du temps qui passe (« J’ai peur de tout ce que je serre/ Inutilement dans mes bras/ Face à l’horloge nécessaire/ Du temps qui me les reprendra/ J’ai peur »), de l’amitié et de tous les souvenirs que charrie la vie.
Tous les interprètes de ce CD (ou presque) rendent ici un bel hommage à l’écriture précieuse et populaire de Leprest et donnent envie de se pencher sur les propres albums de l’artiste. Pour terminer, je me permets de recopier intégralement ma chanson préférée du disque –Une valse pour rien- que Leprest chante en duo avec sa fille Fantine.
Considérez ça comme une mise en bouche à la découverte de ce grand monsieur.

« Tu valseras pour rien mon vieux
La belle que tu serres dans tes yeux
Ce n’est pas de l’amour
C’est une envie d’amour
Tu valses avec une ombre

Y’a pas d’amour y’a pas d’orchestre
Tout ça se passe dans ta tête
Et le bal terminé
Le jour fera tomber
Les belles que tu tombes

Le soleil glacé du matin
Pauvre chien
Fera valser tes fiancées
Toute la nuit t’auras dansé
Une valse pour rien pour rien
Une valse pour rien pour rien

C’est pour rien que tu valseras
Tu tiens du vide dans tes bras
La chaleur que tu sens
C’est celle de ton sang
Qui valse dans ta veste

Pas d’amour pas de guitariste
Ta solitude est seule en piste
Cendrillon a laissé
Au fond d’un cendrier
La cendre de tes gestes

Et nous voici déjà demain
Pauvre chien
Rentre ton cœur dans son étui
Tu auras valsé toute une nuit
Une valse pour rien pour rien
Une valse pour rien pour rien »

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dimanche, juin 10, 2007

Orlof part en live

Imperceptiblement, la ligne de ce blog, -cave où devait s’entasser tous mes textes ne relevant pas du cinéma-, a dévié au profit d’un profil purement littéraire où seules sont désormais consignées mes notes de lecture. Ce n’est pas pour autant que je n’écoute plus de musique ou que je ne vais plus voir de concerts. Mais le temps m’est compté et je n’ai pas toujours le courage d’écrire.

Renouons cependant avec ma vieille habitude des comptes-rendus impressionnistes de concerts en retraçant un bref panorama de tous les spectacles auxquels j’ai assisté cette année (je parle en terme d’année scolaire puisque les « saisons culturelles » -passez-moi l’horreur de cette expression- fonctionnent ainsi).

1- Des découvertes locales à la renommée nationale

Le Bistrot de la scène est, à Dijon, un lieu très convivial qui accueille des concerts, des pièces de théâtre et divers type de spectacles (improvisations, représentations pour les enfants) Ce lieu, menacé de disparition depuis que le ministère de la Kultur (de droite) a coupé toutes les aides, permet aux petits groupes locaux de faire leur premiers pas.

C’est là que j’ai vu cette année les trapettistes, groupe dont la renommée ne dépasse sans doute pas les frontières de ma bonne région bourguignonne mais qui a le mérite d’enflammer les salles à chacun de leurs concerts (les ayant vu 7 ou 8 fois, je sais de quoi je parle !).

Malheureusement, après une dernière tournée très réussie et un spectacle autour de Pierre Perret que je regrette d’avoir manqué, un des membres du groupe s’en est allé. Un quatrième album a néanmoins vu le jour (prends ta main dans ma gueule) mais force est de constater que le cœur n’y est plus vraiment (l’album étant assez inégal malgré quelques très bons titres). Sur scène, le groupe fut privé, en plus, de son batteur et assura le spectacle à quatre ; jouant pendant une heure trente des morceaux que nous ne connaissions alors pas. En gros, c’était une « preview » de la tournée, pas désagréable mais manquant de l’énergie des précédents spectacles, malgré la générosité et l’humour de chaque membre du groupe. Maintenant que je connais les titres, je serais curieux de voir comment a évolué le spectacle…

Cette année, le Bistrot fêtait ses 20 ans. Pour célébrer dignement l’anniversaire, trois soirées exceptionnelles furent réservées au grand Jamait, artiste local qui a désormais conquis toute la France. J’y suis allé le deuxième jour et ce fut un très grand moment. L’ambiance intimiste (la salle doit contenir aux alentours de 200 places) sied parfaitement à ce grand chanteur qui, pour l’occasion, fit venir un certain nombre d’invités. Le soir où j’y étais, nous eûmes le plaisir de voir (et d’entendre) Daniel Fernandez (là aussi, c’est local !), Bastien Lallemant et Claire Joseph (C’est la vie de Jamait avec une voix féminine, c’est très bien), Mulet-Mulet, le fabuleux Nicolas Jules (je ne connaissais pas cet hilarant extra-terrestre) et Thiéfaine. Grand moment que la reprise de La fille du coupeur de joint par toute la bande, sans parler de ce moment exquis où Jamait demanda à Thiéfaine de jouer Confessions d’un never been sans répétition préalable. Nous eûmes le privilège de voir le chanteur suivre le texte de sa chanson sur… des boites de pizzas ! Ambiance chaleureuse (le public connaissant parfaitement les paroles de notre idole locale) et à la bonne franquette, présence incroyable sur scène de ce digne successeur des Brel et Aznavour et beauté des titres choisis ce soir-là. Soirée sublime.

Mon seul regret lors du concert de Jamait fut d’apprendre que, la veille, Aldebert était venu en personne pousser la chansonnette avec lui. Besançon, ce n’est plus tout à fait notre région mais nous n’en sommes pas loin aussi est-ce sans scrupule que je l’associe aux chanteurs « locaux ». Car après son passage l’an dernier au Zénith de Dijon, Aldebert est revenu présenter son nouveau spectacle. Ce que j’écrivais à propos de son dernier album (suivre les tags) s’est vérifié : si le disque les paradis disponibles est un tout petit peu décevant, les nouveaux titres gagnent en intensité sur scène et sont faits pour être entendus « live ». Rien à redire par rapport au précédent concert si ce n’est que notre bonhomme est toujours aussi génial face au public, réveillant en deux temps trois mouvements même les personnalités les plus rétives au fiesta des concerts. Son nouveau spectacle prouve qu’il a su se renouveler (fini l’Aldebert avec son cartable sur les épaules) et même progresser. Les quelques sketches d’introduction aux morceaux sont souvent désopilants (le hard rocker, la soirée disco…) et chaque titre a provoqué l’enthousiasme (signalons d’ailleurs une très belle reprise de l’orage de Brassens). Je ne le redirai jamais assez : allez découvrir Aldebert sur scène, c’est assez grandiose (notons au passage qu’en première partie, nous avons pu entendre Ours qui commence à bien marcher sur les ondes…)

2- Du côté des neurasthéniques.

L’amitié exige parfois de lourds sacrifices. Ainsi, pour accompagner un ami qui a la gentillesse de toujours me conduire lorsque nous allons aux concerts, je me suis tapé le spectacle de Jean-Louis Murat. Et ce n’est pas la première fois ! Sans être allergique à toutes ses chansons, je dois reconnaître que ce n’est pas ma tasse de thé. D’autant plus que le bonhomme n’a pas beaucoup de charisme sur scène, enchaînant les titres sans décocher un mot. J’avoue que le pseudo rebelle dont les inrocks font chou gras m’agace, se comportant comme un esclave salarié gagnant son pain sur scène mais ne semblant y prendre qu’un plaisir modéré. Personne ne l’oblige à se produire devant un public si ça l’ennuie !

Dans le même style, j’ai re-re-revu Miossec, pour les mêmes raisons. Musicalement, je préfère sa performance à celle de Murat (disons que c’est plus « rock ») mais là encore j’ai été agacé par cette incapacité à faire vibrer le public si ce n’est en racontant toujours la même histoire périmée (le chanteur se serait fait casser la gueule dans une boîte dijonnaise fermée depuis bientôt 7 ans !). De plus, Miossec a tendance à s’embrouiller dans ses paroles et doit suivre ses chansons à l’aide d’un chevalet ! Une fois, il nous a fait le coup de partir au bout d’une heure, sans le moindre rappel. Cette fois, le concert a duré pilepoil une heure trente (eh oh ! Faudrait voir à pas faire d’heures sup’) mais ne m’a guère enthousiasmé.

3- Festivus, festivus

A l’opposé de ces deux chanteurs dépressifs sous tranquillisants, j’ai découvert avec un grand plaisir deux groupes survoltés qui ont embrasé deux soirées mémorables. Le premier ne m’était pas inconnu puisque je possède quelques CD de La ruda salska. Pour l’occasion, j’avais acheté leur dernier album la trajectoire de l’homme canon que je considère comme une assez belle réussite même si une première écoute donne l’impression de redite. Sur scène, ils sont impressionnants, ne laissant pas une seconde pour souffler et parvenant à déchaîner une foule très jeune et totalement conquise (pas une seconde n’ont cessé les fameux slams que l’on voit lors de certains concerts). Le groupe a profité de ce concert pour reprendre leurs « tubes » les plus célèbres (ceux de leur meilleur album : l’art de la joie) et nous ont régalé de leur cocktail ska (les nombreux cuivres) et rock (guitares électriques saturées). Je pense qu’ils sont des dignes successeurs de la Mano négra de la grande époque !

A l’inverse, je ne connaissais Marcel et son orchestre que de nom (excepté leur titre phare les vaches) . Et bien ça ne m’a pas gêné un seul instant pour apprécier ce concert également déchaîné où le public (très jeune, encore une fois) avait pris soin de se déguiser, de se vêtir de robes multicolores et de perruques agressives. Sur scène, les lillois sont, eux aussi, assez fabuleux et ils ont beaucoup d’énergie à revendre en mélangeant toutes sortes de styles (rock, ska, punk, ragga…) et en inventant des mots d’ordre totalement délirants (délicieux morceau intitulé la jeunesse emmerde Nelly Holson !)

Deux groupes à recommander chaleureusement pour les amateurs de soirée festive.

4- L’apothéose

C’était hier puisque étaient réunis deux des groupes phares de la nouvelle scène alternative française et peut-être mes deux préférés : la rue kétanou et les ogres de barback.

L’évènement eut lieu au Zénith, lieu que je ne prise pas tellement puisque après une première saison assez riche (Bénabar, Cali, Fersen, Luke et Deportivo, Aldebert, Louise Attaque…), la deuxième fut d’une affligeante médiocrité, accueillant uniquement les débris nullissimes capables de faire entrer de la monnaie (les ignobles Sardou, Hallyday, Obispo, Bruel ou encore la Star academy). Impression étrange de voir ces deux groupes habitués des petites salles dans un lieu aussi vaste et bondé. La seule petite pointe de déception vint d’ailleurs de là : l’atmosphère m’a paru moins chaleureuse que celle que j’avais pu à connaître avec les Ogres en les découvrant sous leur chapiteau à Chalon. Rien à dire pour les groupes : La rue kétanou nous a proposé quelques nouveaux titres (pas ce qui m’a semblé le plus emballant) et a enchaîné sur quelques classiques mettant en joie une foule conquise. Si manquait certains titres que j’affectionne particulièrement, nous avons eu droit au Cigales, aux Mots (avec un public répondant avec enthousiasme), à la très belle fiancée de l’eau et aux Hommes que j’aime. Par rapport à l’album live que je possède, je n’ai cependant pas vu beaucoup de différence et c’est le seul bémol que j’apporterais à cette belle prestation.

Je parlerai sans doute prochainement du dernier album des Ogres. Je ne les avais pas vu depuis 4 ans et ça m’a fait rudement plaisir de recroiser leur chemin. Curieusement, je n’ai pas eu l’impression d’une « nouvelle tournée » puisque seuls quatre titres du dernier CD ont été joués, et pas forcément les meilleurs (la pleurnicharde et politiquement correct Jérôme prenant la place de la sublime Il ne restera rien ou de l’entraînante Corinna). Là encore, j’ai eu l’impression d’entendre certains moments des deux albums live récents qu’a sorti le groupe.

A côté de ça, c’est superbe ! Les deux frères et leurs deux sœurs sont des instrumentistes hors pair et savent jouer de tout (ils changent d’instruments au cours des morceaux et ont recours au plus insolite, de la scie à cette espèce de vélo à percussions). Mis à part un passage très politiquement correct (la diffusion du film des enfants de sans-papiers ! Misère !), je n’ai pas vu le concert passer et les Ogres nous gratifièrent d’un splendide final en forme de « medley » chanté sans micro (ils laissèrent le public entonner Rue de paname) . J’ai hâte de les revoir dans une salle à dimension humaine pour profiter pleinement de leur mise en scène (c’est dur quand vous êtes loin de la scène, derrière des costauds d’1 mètre 95 !)

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jeudi, avril 13, 2006

Toujours dire Jamait


JAMAIT. Le coquelicot

Ca a commencé d’abord comme une petite histoire locale qui remonte déjà à un certain nombre d’années. Je me souviens avoir entendu pour la première fois Jamait en 1998 (en première partie des Têtes raides) : son groupe s’appelait alors De verre en vers et je n’allais dès lors pas cesser de suivre la fulgurante ascension du chanteur dijonnais.
De verre en vers devint le titre d’un premier album signé sous le nom de Jamait (Yves de son prénom) et marqua la naissance d’un auteur-compositeur d’exception. Entre chansons réalistes, poésie éthylique, accès de colère et de douleur ; cet album marquait indéniablement la naissance d’un style singulier, soutenu par une interprétation habitée et une écriture très belle.
Depuis 1998, cet album a été beaucoup joué, de petit bistrots en salles de plus en plus vastes, toujours bondées à craquer depuis quelques années (la dernière fois que j’ai vu son spectacle, c’est lors d’un concert organisé en ville en faveur du « non » au référendum sur la constitution européenne).
Le vrai déclic fut sans doute un grand concert gratuit organisé en 2002 par la ville de Dijon (et renouvelé depuis tous les ans). Jamait s’y produisit avec deux autres groupes locaux (dont les excellents Trapettistes dont je vous recommande chaleureusement l’écoute) et fit un triomphe. Après cette date, son album trôna longtemps en tête des meilleures ventes chez les disquaires du coin (Fnac, Carrefour …) et ce qui devait arriver arriva : Jamait signa avec une maison de disque et ressortit De verre en vers.

Mais ce que les fans attendaient depuis un bon bout de temps, c’est ce fameux album depuis longtemps annoncé et toujours reporté. Le voilà enfin qui arrive, tout beau, tout chaud. Intitulé le coquelicot, il est à la fois sans surprise et totalement abouti. Sans surprise puisqu’en ayant vu Jamait sept fois sur scène, je connaissais plus de la moitié des 15 titres désormais enregistrés pour la postérité. Malgré cela, difficile de ne pas être comblé par la maturité de cet album et sa grande beauté.
Pas de surprise dans le style non plus puisqu’on retrouve ces chansons néo-réalistes sombres ou mélancoliques, ces airs de java et de valse aux charmes rétros, cette voix embrumée par l’alcool, les cigarettes et la mélancolie qui donne aux interprétations de Jamait une force émotionnelle rare. Nous sommes dans la lignée des Prévert et des Dimey (très belle reprise de la chanson de celui-ci qu’interprète Aznavour : La salle et la terrasse) mais grâce au soin accordé aux orchestrations, grâce à une écriture très belle, finement ciselée (« Voilà personne ne dit mot, on est là, tous les deux à regarder nos tasses. Faut accepter que le temps passe. C’est l’heure des adieux. Il nous a fait défaut. Dehors la ville est en sanglot et pleure quelque peu sur le chaland qui passe. A force qu’on le rapetasse, notre amour piteux finit par prendre l’eau. ») ; Jamait parvient à transcender les clichés et à donner une tonalité totalement personnelle à ce CD.

Le regard de l’auteur sur l’amour et la vie est plutôt sombre mais l’humour l’emporte parfois (Testostérone émoi) sur le désespoir ou la colère (Jean-Louis ou le monologue du client). Jamait a également un sens innée du rythme qui fait qu’on a tout de suite ses chansons en tête, séduit par ces ritournelles d’emblée familières. Mais il atteint, selon moi, des sommets lorsqu’il évoque de manière totalement bouleversante la mort d’un père qu’il n’a jamais connu (Vierzon) ou lorsqu’il rend un vibrant hommage à Dijon, cette ville d’où finalement tout est parti.

Vous connaissez mon mépris absolu pour toute forme de nationalisme et autre patriotisme. Le régionalisme est une variante débile de ce nationalisme et ce n’est donc en aucun cas pour cette raison que j’exalte de manière si insistante l’album de Jamait. Soyez curieux : écoutez une ou deux chansons à la FNAC (Passe, par exemple), allez le voir sur scène (il a une patate incroyable et beaucoup d’humour) et vous ne serez pas déçus par la découverte.

Le coquelicot est un album tout simplement fabuleux.

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