La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

vendredi, décembre 07, 2007

Un F de second rayon...

Les civilisés (1905) de Claude Farrère (Flammarion)

Une fois n’est pas coutume, je consacrerai cette nouvelle étape de mon abécédaire à un livre de « second rayon », une de ces vieilleries dénichées dans des brocantes pour 10 centimes et qu’il m’arrive de lire parfois par curiosité, de la même manière que je ne me priverai jamais du plaisir de découvrir des séries Z au cinéma !

Farrère, si vous me suivez depuis mes débuts, doit désormais vous être un nom familier puisque je l’ai évoqué un bon nombre de fois ; la plupart du temps pour dire que c’était un auteur très inégal, capable du meilleur (le roman les petites alliées, le recueil de nouvelles Bêtes et gens qui s’aimèrent) comme du pire (le chef, Une aventure amoureuse de monsieur de Tourville). Les civilisés se situe entre ces deux extrêmes et combine à la fois les qualités et les défauts de l’œuvre de Claude Farrère. Nous allons y revenir mais cédons dans un premier temps à la petite histoire.

Marin, militaire, aventurier, grand admirateur de Loti et « filleul » littéraire de Pierre Louÿs ; Claude Farrère fait paraître en 1904 son premier recueil de nouvelles Fumée d’opium. En 1905 paraît les civilisés, son deuxième livre et premier roman qui permet à l’écrivain de toucher le gros lot puisqu’il décroche…le prix Goncourt ! (comme quoi, le plus prestigieux des prix littéraires ne préserve pas de la médiocrité et de l’oubli !). Pour l’anecdote, c’est Louÿs qui relut les épreuves de ce roman d’abord intitulé les énervés, qui le corrigea et qui suggéra à Farrère le titre finalement adopté. Pour remercier l’auteur d’Aphrodite, Farrère lui dédiera l’ouvrage (c’est du moins ce qu’affirme Alain Petit dans le n°14 de Fascination mais cette dédicace a disparu de l’atroce édition grand format que j’ai dénichée !)

« Les civilisés » du titre, ce sont trois français acoquinés à Saigon : un médecin (Raymond Mévil), un scientifique (Torral) et le marin Fierce. « Civilisés », sous la plume de l’auteur, signifie qu’ils n’ont aucune religion, qu’ils méprisent les conventions sociales, qu’ils courent d’une maîtresses à l’autre et que leur indécrottable cynisme dérive tout naturellement vers un certain nihilisme. Mais tout basculera lorsque Fierce puis Mévil tomberont amoureux…

Farrère fut toute sa vie un adepte des romans exotiques (en ce sens, il représente un certain goût de l’époque pour les ailleurs lointains) mais il sut toujours se préserver d’un regard trop « colonialiste » sur les pays qu’il évoqua (dans La bataille, il regrettait même l’occidentalisation des femmes japonaises). Une des qualités des Civilisés est de ne pas déroger à cette règle. Farrère parvient à nous faire sentir le mystère de ces civilisations asiatiques et sa phrase, plutôt élégante et bien tournée, arrive à nous envoûter lorsqu’il s’agit de décrire des soirées de débauche dans Saigon ou d’évoquer les fumeries d’opium. On apprécie également le regard sans concession porté sur les colons français et les tares de cette population (les colonies sont comparées à un « champ d’épandage pour tout ce que la métropole crache et expulse d’excréments et de pourritures » !)

Malheureusement, nous voyons aussi pointer ici méchamment le côté « redresseur de torts » de Farrère, sans doute l’un de ses plus gros défauts. Dans Les civilisés, il ne cesse de remettre en cause la corruption de la « civilisation » (qui apporte, par le biais des romans d’ailleurs !- l’athéisme, l’antimilitarisme et la débauche) afin d’exalter les amours « simples », qui s’épanouissent dans les liens sacrés du mariage et qui apportent l’épanouissement (l’héroïne est présentée comme une vierge croyante et méfiante devant toutes les théories intellectuelles de l’époque !).

Au-delà du côté gentiment réactionnaire du bouquin qui fait plus sourire qu’il n’effarouche (on remarquera que le plus cynique des personnages et le plus hermétique aux anciennes traditions est à la fois pédéraste et déserteur !) ; c’est surtout l’incroyable niaiserie de ces bluettes à l’eau de rose qui finit par achever le plus conquis des lecteurs.

Pour les amateurs de curiosités antédiluviennes qui voudrait découvrir Claude Farrère, mieux vaut commencer par un autre bouquin que ces civilisés qui ont très mal vieillis…

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dimanche, janvier 28, 2007

Note de lecture 2007 : Part 2

Poursuivons, si vous le voulez bien, nos notes de lectures, consacrées cette fois à la littérature française. Mes deux, trois lecteurs fidèles ne seront pas surpris de retrouver des noms déjà beaucoup cités en ces pages et appartenant pour la plupart à la même époque (grossièrement, de la Belle-époque aux Années folles).

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Commençons par notre petit chouchou du lot, à savoir Pierre Louÿs. Outre son recueil de poésies érotiques chroniqué ici-même il y a peu ; j’ai également découvert Les aventures du roi Pausole, délicieux conte philosophique (dans la lignée de ceux du XVIIIe) nous narrant les pérégrinations d’un bon roi, souverain d’un Etat imaginaire, dont la fille a soudainement disparu. Ce roi, inutile de préciser qu’il nous est d’emblée sympathique puisque dès les premières pages, l’auteur précise que « ses habitudes étaient, par ordre décroissant, la paresse, le plaisir et la bienfaisance. Il recherchait, en premier lieu, l’inactivité. Puis la satisfaction. Enfin la philanthropie. ». Personnage charismatique, donc ; régnant sur un pays administré comme l’abbaye de Thélème et où priment avant tous les plaisirs, les désirs individuels et la liberté. Par le biais de l’utopie, Louÿs fustige les travers de ses contemporains et les conventions sociales (« …et il n’y a pas d’obéissance qui ne soit désastreuse pour la beauté de l’esprit ») , notamment (et surtout !) dans le domaine des mœurs. Féru des mœurs antiques et fieffé érotomane, Louÿs imagine un royaume où les belles filles se promènent nues toute la journée et où le souverain couche chaque soir avec une reine différente.
Comme toujours chez l’auteur, le livre est donc irrigué d’un érotisme omniprésent même si, contrairement à ses œuvres « libres », cette dimension est ici moins explicite que suggérée. Ce qui prime avant tout dans cette fable, c’est l’humour et son côté farce picaresque que l’écrivain appuie en exacerbant les oppositions de caractère (le poète polisson contre l’ignoble puritain qui surveille le gynécée royal en incarnant l’horreur du regard posé par la religion sur le sexe).
A l’origine, le roman a paru sous forme de feuilleton (comme beaucoup de livres à l’époque) et il faut bien convenir qu’il souffre parfois de son caractère feuilletonesque. Le récit piétine un peu (comme s’il fallait permettre aux lecteurs de la presse de ne pas perdre le fil) ou souffre encore de quelques redondances un peu lourdes.
Ces réserves faites, on savoure sans modération ce conte libertin que résume parfaitement, à mon sens, ce très beau passage :
« Monsieur, l’homme demande qu’on lui fiche la paix ! Chacun est maître de soi-même, de ses opinions, de sa tenue et de ses actes, dans la limite de l’inoffensif. Les citoyens de l’Europe sont las de sentir à toute heure sur leur épaule la main d’une autorité qui se rend insupportable à force d’être toujours présente. Ils tolèrent encore que la loi leur parle au nom de l’intérêt public, mais lorsqu’elle entend prendre la défense de l’individu malgré lui et contre lui, lorsqu’elle régente sa vie intime, son mariage, son divorce, ses volontés dernières, ses lectures, ses spectacles, l’individu a le droit de demander à la loi pourquoi elle entre chez lui sans que personne l’ait invitée ».

Toujours Pierre Louÿs mais cette fois pour un livre composé à l’occasion de sa mort et intitulé sobrement Le tombeau de Pierre Louÿs. Je ne remercierai jamais assez mon frère de m’avoir déniché ce très bel ouvrage numéroté, constitué de témoignages de diverses personnalités (de Paul Valery à Emile Henriot en passant par Claude Farrère) et de superbes fac-similés. Mis à part l’hommage de Claude Farrère (qui exprime ce qu’il doit à Louÿs, moins en terme purement littéraire –Farrère s’est plus inspiré de Loti- qu’en terme de carrière puisque c’est l’auteur de la femme et le pantin qui l’a lancé) ; les textes n’ont pas un énorme intérêt (quoique tout ce qui touche de près ou de loin à Louÿs a de l’intérêt) et se révèlent être un recueil d’oraisons convenues. Reste que ce tombeau a le mérite de nous révéler un visage de l’écrivain que nous ne connaissons plus. Aujourd’hui, force est de constater qu’il est un auteur un peu oublié dont le seul intérêt qu’il suscite éventuellement provient de ses textes pornographiques publiés sous le manteau après sa mort. Or en 1925 (date de sa mort), Pierre Louÿs est un auteur qui n’a plus publié depuis de nombreuses années. Pour tous ces gens qui lui rendent hommage, il représente le souvenir d’un génie précoce (ces grands succès ont été publiés alors qu’il n’avait qu’une vingtaine d’années) , d’un styliste de haut vol et d’un écrivain ayant « gâché » son talent par un régime infernal (la débauche, la cigarette…). Ce tombeau n’est finalement que la face visible (officielle) de l’iceberg Louÿs et l’on sourit aujourd’hui en voyant comment les thuriféraires de l’auteur se contorsionnent pour condamner ses mœurs tout en louant son œuvre, comment ils devinent qu’un autre visage de l’écrivain risque de voir jour (l’un des auteurs évoque les kilos de manuscrits qu’il a laissés) sans oser le dire franchement.
L’impression finale que procure cet ouvrage est celui d’un mystère autour d’un écrivain dont les succès n’ont finalement représenté qu’une petite proportion d’une œuvre immense, méconnue à l’époque…

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Autre figure de la littérature « fin de siècle » dont je vous ai déjà parlée : Rachilde. Je n’avais jusqu’à présent lu qu’un roman de cet écrivain mais il représentait parfaitement cette déliquescence faisandée de cette littérature dite « décadente ». Je n’étais donc pas mécontent d’avoir trouvé un exemplaire dédicacé de Refaire l’amour, roman écrit à la première personne où un peintre tente de séduire une jeune femme qu’il a choisie comme modèle tout en n’arrivant pas à oublier une de ses anciennes conquêtes dont il conserve le souvenir grâce à un tableau…
Ecrit en 1928, ce roman fait déjà partie de l’œuvre tardive de Rachilde et témoigne d’un certain affadissement de son écriture. Après la première guerre mondiale, nombre d’écrivains anticonformistes de la fin du XIXe siècle ont mis de l’eau dans le vin de leur révolte et ont parfois même sombré dans le patriotisme le plus rance (Cf. Jean Richepin). Pour avoir affirmé qu’une « française ne peut pas épouser un allemand », la mère Rachilde recevra même un coup de pied au derrière dans le mythique scandale qu’organisèrent les surréalistes en 1925 lors d’un banquet organisé en l’honneur de Saint-Pol Roux.
Sans être franchement réac, Refaire l’amour ne se départit jamais d’un ton pontifiant et moraliste qui irrite un peu. L’auteur refuse de s’abandonner au romanesque et ne peut s’empêcher de truffer son récit de petits commentaires surplombants qui ne sont d’ailleurs rien d’autre qu’une accumulation de lieux communs bourgeois.
L’intéressant, c’est que le personnage de la fille aimée autrefois est devenu, à l’instar de Rachilde, une vieille rombière de Province. Elle revient donc voir son peintre pour lui racheter la toile, preuve de ses « débauches » passées. L’œuvre devient alors une espèce de portrait schizophrène d’une artiste qui refuse le portrait qu’ont laissé d’elle ses œuvres antérieures. Et par-là, une réflexion (le mot est un peu fort !) sur le pouvoir qu’à l’Art d’arrêter le temps. Le résultat n’est pas inoubliable mais curieux…

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Vous n’y couperez pas : il sera encore question de Claude Farrère dans cette note puisque j’ai lu deux nouveaux romans de cet auteur (rassurez-vous, je n’en ai plus en réserve pour l’instant). A l’instar de l’œuvre de Rachilde, ces deux livres témoignent du déclin de l’œuvre de cet écrivain puisque le meilleur, la bataille date de la fin de la première guerre mondiale tandis que le médiocre le chef a été publié en 1930.
A première vue, ces deux romans s’inscrivent dans la même continuité de livres où Farrère mêlent l’exotisme à l’intime, l’analyse psychologique à l’épique. La bataille nous transporte au Japon en 1905, au cœur du conflit russo-japonais tandis que le chef se déroule au Portugal, à la veille d’une Révolution.
Pourtant, quelque chose a changé entre-temps. Dans la bataille, on retrouve le style délicat et capiteux de Farrère. Mis à part la partie purement guerrière du roman (elle est relativement condensée) que je trouve ennuyeuse à mourir, le roman possède un certain charme qui est celui d’un auteur fasciné par les cultures lointaines. Sans trop forcer le trait, Farrère fustige les personnages japonais qui renient leurs traditions pour s’ « occidentaliser » (en fait, pour s’uniformiser sous le moule –déjà !- américain). Par contre, il laisse aller sa fascination pour la culture ancestrale chinoise dans de très beaux passages où son héros va partager des pipes d’opium avec un vieux chinois. Le roman s’imprègne alors de ces volutes opiacées et touche de manière assez subtile tout ce qui relève des sentiments. Je ne crie pas au chef-d’œuvre mais la bataille fait partie des bons romans du stakhanoviste Farrère.
Par contre, le chef est beaucoup plus pénible. Pourtant, l’auteur nous place du côté d’un leader charismatique communiste prêt à utiliser la colère du peuple pour renverser le pouvoir. Si ce héros est un « pur » (il agit par idéal et non pas par intérêt), son entourage ne l’est pas et sa relation avec la femme d’un marquis ministre finira par entraîner sa chute. Qu’est-ce qui ne fonctionne pas cette fois ? D’une part, Farrère devient beaucoup plus caricatural et ses personnages n’existent que comme des pantins (il faut voir la manière dont l’écrivain peint l’affreux émissaire soviétique qui se charge de l’agit-prop). De l’autre, à l’instar de Rachilde, il ne cesse de pontifier et de consteller son histoire de petites digressions sur, au choix, le danger du communisme, la fin du bon vieux temps, le sens de l’honneur et autres balivernes du même acabit. Sans pouvoir l’affirmer avec certitude (je ne connais pas assez le parcours de cet homme), il semblerait que Farrère soit devenu, l’âge venant, un sacré vieux con. Le fait que l’Académie Française l’ait accueilli en son sein quelques années plus tard me semble corroborer ce diagnostic sévère…

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Terminons ce petit tour d’horizon en quittant cette époque et en remontant le temps jusqu’au milieu du 19ème siècle pour évoquer le très grand écrivain Jules Barbey D’Aurevilly
Je ne connaissais de cet auteur admiré par Bloy que les diaboliques (grand livre). Ecrivain catholique, il nous apparaît aujourd’hui comme le cas typique de cette littérature contre-révolutionnaire qui va fleurir au 19ème en s’obstinant à refuser l’odieux utilitarisme bourgeois. La qualifier de « réactionnaire » n’a pas vraiment de sens car si Barbey prêche en faveur du roi, il se montrera également très « progressiste » en matière d’art (le seul domaine qui vaille !) en soutenant Baudelaire et en bâtissant une œuvre dont le style somptueux annihile les stupides clivages politiques.
De roi il sera question puisque j’ai lu avec beaucoup de plaisir les deux romans « historiques » de Barbey, le chevalier Des Touches et l’ensorcelée ; deux récits ayant pour cadre sa Normandie natale et les guerres chouannes. Le premier narre la manière dont douze de ses compagnons ont tiré un chevalier chouan des griffes des « bleus ». L’écrivain légitimiste choisit clairement son camp et l’on ne pourra pas s’empêcher de sourire à quelques passages grandiloquents où, à la veille de l’expédition, un preux chevalier et sa fidèle dulcinée se proclament mari et femme sous une croix de fortune que les compagnons improvisent avec la lame de leurs épées. Mis à part pour quelques lecteurs nostalgiques des croisades, l’emphase de la scène a quelque chose d’un peu ridicule. Ceci dit, le livre est très bien écrit et d’Aurevilly ne joue pas au grand pontife. Il polit à mesure que le récit avance ses personnages et les rend à la fois plus ambiguës et plus proches. Des Touches possède également une part sombre et n’est pas ce que l’on peut appeler un « modèle ». De la même manière, les chouans ne sont pas toujours présentés sous leur meilleur visage (voir la scène où est évoquée la mort du fils de la gardienne du cachot de Des Touches : les chouans l’ont enterré jusqu’au cou avec d’autres républicains et ont entamé une partie de quilles macabre avec les têtes !) et l’écrivain se méfie des caricatures réductrices.
Toujours est-il que j’ai préféré L’ensorcelée, splendide roman où un prêtre chouan revient officier dans sa paroisse après avoir frôlé la mort (une tentative de suicide lui ayant emporté une partie du visage et les atroces tortures des « bleus » -ils lui ont arraché ses pansements et posés des braises incandescentes sur ses plaies- ont fini de le défigurer) et séduit jusqu’à la folie une femme des environs.
Au-delà du cadre historique, Barbey n’hésite pas à faire entrer dans son récit l’élément surnaturel, à intégrer les traditions et croyances populaires bien ancrées dans sa terre normande. De fait, son livre possède un souffle incandescent rare et nous propulse au cœur d’un combat entre le Bien et le Mal qui outrepasse largement les positions antagonistes des acteurs de la guerre civile. Ce prêtre est à la fois une figure chevaleresque à laquelle l’écrivain pourrait éventuellement s’identifier (serviteur de Dieu et du Roi) mais également une figure satanique, qui bouleverse et envoûte les consciences pour les conduire à la folie et à la mort.
Comme dans les diaboliques, les flammes de l’Enfer soufflent le chaud et le froid dans le cœur des hommes dont l’écrivain dissèque les moindres recoins. Comme on l’observera plus tard chez les écrivains « fin de siècle », il y a chez ce dandy une certaine fascination pour le Mal qui vaut au lecteur quelques passages particulièrement macabres.
Même si on ne partage pas ses idées, on ne peut qu’être séduit par le style éblouissant de l’écrivain Jules Barbey D’Aurevilly !




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dimanche, décembre 03, 2006

A propos de l'anarchie

Une fois de plus, me voilà bien en retard dans mes notes de lecture. Pour varier un peu, j’ai tenté cette fois de trouver un fil conducteur qui reliera (assez arbitrairement) les livres dont il va être question. Ce lien, c’est l’idée anarchiste.

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Les corsaires et autres pirates ne furent sans doute jamais, à proprement parler, des anarchistes. Pourtant, ce qui domine dans l’épopée flibustière que retrace avec énormément de souffle, de verve et d’héroïsme Georges Blond (Histoire de la flibuste. Le livre de poche.1969), c’est un certain sens du désordre et de la liberté. Faisons d’emblée la distinction entre les corsaires et les pirates. Ces derniers, travaillant pour eux-mêmes (à l’instar du Raoul Walshien Barbe-Noire), seraient plus proches de notre idée de l’anarchiste que les corsaires qui étaient mandatés par les couronnes anglaises ou françaises pour attaquer les navires espagnols. Quant au terme « flibustier », il est purement géographique et désigne les corsaires et pirates ayant œuvré dans la mer des Caraïbes. La geste flibustière connut son heure de gloire au 17ème et fut jugulée à la fin de ce siècle. Les traités d’Utrecht, établissant la paix entre la France, l’Angleterre et l’Espagne transformèrent les derniers flibustiers en pirates purs, arborant à partir de ce moment le fameux pavillon noir orné de la tête de mort. Georges Blond, dans sa foisonnante histoire, se concentre sur quatre figures essentielles de la flibusterie. Dans un premier temps, le cruel l’Olonnois qui, selon la légende, aurait ouvert la poitrine d’un de ses adversaires avec son sabre et lui aurait dévoré le cœur pour impressionner la population et exiger leurs richesses. Ensuite, c’est au tour de l’anglais Henry Morgan d’entrer en piste (ce dernier se rachètera de ses actions chevaleresques en devenant, sur le tard, un gros bourgeois cossu férocement légaliste). L’auteur évoque ensuite les « derniers classiques » (dont le croquignolet Grammont) avant de terminer par notre chouchou, à savoir Jean Laffite, gentleman flibustier qui oeuvra au début du 19ème siècle. Ce dernier est particulièrement séduisant car, outre ses bonnes manières et son sens de l’humour (au gouverneur qui avait lancé un avis de recherche avec une récompense de 500 dollars à qui livrerait Jean Laffite au shérif de la paroisse, ce dernier rétorqua en faisant répandre dans toute la Nouvelle-Orléans qu’il offrait une récompense de 5000 dollars à qui lui livrerait le gouverneur !) , ce grand corsaire avait réussi à fonder des communautés de colons où « les profits des expéditions contre le commerce espagnol étaient répartis de manière absolument communautaire ». Séduit par les idées socialistes, on apprend dans ce livre, non sans une certaine stupéfaction, que Laffite rencontra sur la fin de sa vie les jeunes Marx et Engels et qu’il finança en partie le Manifeste du parti communiste !

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S’il existe un mouvement artistique dont la puissance anarchique fut incontestable, ce fut bien évidemment le surréalisme (du moins, à ses débuts). Etant donné que je dis souvent le plus grand mal de Louis-la-gâteuse, je me devais, par honnêteté intellectuelle, de lire son Paysan de Paris (Gallimard) que ne connaissais pas. Divisé principalement en deux parties (le passage de l’opéra et le sentiment de la nature aux Buttes-Chaumont), le livre d’Aragon rompt avec toutes les règles romanesques en vigueur et applique les théories surréalistes : découverte du merveilleux derrière les apparences, récits oniriques, collages hétérogènes (ici, des menus de restaurant, des plaques aux frontons de diverses boutiques, des articles de journaux), digressions en forme de dialogues théâtraux ou de réflexions philosophiques… Malgré mes réticences à l’égard de l’auteur, je reconnais que ce Paysan de Paris est un livre important. Néanmoins, je trouve la deuxième partie assez casse-pieds et j’avoue préférer largement la Nadja de Breton, œuvre qui me touche plus et que je trouve plus homogène, plus poétique.

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Antonin Artaud fut, lui aussi, affilié à une certaine époque au mouvement surréaliste même si la suite de son œuvre l’en éloignera. Chez lui, l’anarchie, ce sont les profondeurs de l’individu, les pulsions les plus sombres qui l’animent. D’où ce paradoxe de voir dans Héliogabale, l’un des empereurs romains les plus cruels et les plus sanguinaires (la concurrence est pourtant rude en la matière), un anarchiste (Héliogabale ou l’anarchiste couronné. Gallimard). « La poésie, c’est de la multiplicité broyée et qui rend des flammes. Et la poésie, qui ramène l’ordre ressuscite d’abord le désordre, le désordre aux aspects enflammés ; elle fait s’entrechoquer des aspects qu’elle ramène à un point unique : feu, geste, sang, cri. » Feu, geste, sang, cri : voilà ce que voit Artaud dans le règne d’Héliogabale qui introduisit le culte syrien du Soleil à Rome et qui fut célèbre pour sa grande débauche (« Son unique occupation – paraît-il- consistait à envoyer des émissaires à la recherche d’hommes vigoureux pour satisfaire ses goûts dépravés. Lesquels goûts dépravés consistaient, pour le tyran, à jouer le rôle de déesse, et à se faire aimer par les hommes découverts par ses envoyés. » […] « Les hommes les plus austères, les patriciens les plus vénérables, les vieillards même étaient déshonorés sans vergogne aucune…par ce jouvenceau de dix-sept printemps. » [E. Armand]). Artaud voit dans Héliogabale un empereur tentant à travers sa propre personne (incarnation même de l’Etat) de réconcilier toutes les forces mystiques de la nature : le Masculin et le Féminin, le Soleil et la Lune, la Lumière et l’Obscurité, l’Ordre et le Désordre. L’essai est intéressant et l’écriture charnelle du Momo de Rodez est délectable. Je confesserai cependant ne goûter que moyennement à son mysticisme forcené et préférer Artaud lors de ses splendides éructations contre les dieux…

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L’anarchisme, c’est également des théories que l’on a tendance à regrouper sous le même nom alors qu’elles sont multiples. Difficile en effet de comparer Proudhon et Stirner, Bakounine et Elysée Reclus, Georges Darien et Kropotkine. L’unique et sa propriété (La Table ronde. 2000) (« l’un des trois seuls lilivres bien assurés de leur bâton dont l’absence rend recta toute bibliothèque risible » d’après Noël Godin (1)) apparaît aujourd’hui comme le bréviaire de l’anarchisme individualiste. Anarchisme car Stirner qui conclut son livre en écrivant « Je n’ai mis ma cause en rien » ne reconnaît rien au-dessus de lui : ni Dieu, ni Etat, ni loi, ni morale, ni rien. Individualiste parce qu’il ne cesse de tarauder pendant 400 pages qu’il n’existe rien en dehors de l’Individu et que celui ci ne doit agir qu’en égoïste et ne penser qu’à sa jouissance personnelle (« Pour Moi, il n’y a rien au-dessus de Moi. »). Ce radicalisme est passionnant sous plusieurs aspects. D’une part, parce qu’il permet d’analyser de manière assez fine la manière dont l’homme n’a pas réussi à se débarrasser de la religiosité mais l’a transformée de façon à sacraliser l’Homme, les lois et l’Etat. Stirner refuse ces nouvelles idoles pour qui il faudrait verser son sang et s’en prend, à l’instar de La Boétie, à la servitude volontaire (« Si la soumission cessait, c’en serait fait de la domination », « la plèbe cesse d’être la plèbe dès qu’elle prend », « tous les esclaves deviendront des hommes libres aussitôt qu’ils n’estimeront plus le maître comme un maître »…). D’autre part, le penseur dont Nietzsche avait peur de passer pour le plagiaire, évite dès 1844 tous les pièges dans lesquels tomberont les toupies marxistes (collectivisme, négation de l’individu, égalitarisme…) et exalte une liberté basée sur la volonté individuelle.
L’essai est donc plein d’enseignement pour aujourd’hui mais, malgré cela, j’avoue avoir eu du mal à être entièrement convaincu. Parce qu’il y a quelque chose de glacial chez Stirner, une manière d’avancer assez nihiliste par certains côtés, en ce sens qu’il refuse de voir dans Autrui un individu itou mais juste un objet potentiel de jouissance pour le Moi (j’exagère à peine lorsque je dis que Stirner encourage volontiers le meurtre et le pillage de l’Autre si tel est notre bon plaisir). Peut-être reste-t-il en moi un vieux fond chrétien mais j’ai du mal à concevoir l’individualisme sans la nécessité absolue de voir en Autrui un individu. D’où ma préférence pour des gens comme Libertad, Zo d’Axa et Armand, anars individualistes pas tendres pour les masses mais gardant toujours au cœur une volonté d’émancipation globale. Par ailleurs, il me semble, malheureusement, que les libéraux actuels pourraient très bien cautionner les écrits de Stirner (quoique que sa violence et son illégalisme leur feront pousser des cris d’orfraies). A nous donc d’en extraire la substantifique moelle et de nous inspirer de ses meilleurs moments pour réinventer des perspectives désaxantes.

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Nous l’avons vu, il y a peu, à propos du grand Desproges : le rire poussé à son paroxysme a des vertus anarchiques dans la mesure où il ne respecte rien. C’est ce que démontre brillamment Robert Benayoun dans son anthologie de textes illustrant un domaine assez atypique de l’humour : le nonsense (Les dingues du nonsense. Balland. 1984). En opposant au sens commun et à la raison une logique totalement différente, les auteurs nonsensiques remettent en cause, d’une certaine manière, les lois qui nous régissent. Ils démantibulent le langage courant et le remettent en cause (voir le théâtre d’Ionesco). Il y a de tout dans ce recueil de textes : des classiques qu’on n’attendait pas forcément là (Rabelais, Poe, Shakespeare…), des classiques attendus (Lewis Carroll, Alfred Jarry, Péret et Desnos…), des zigotos du grand écran (WC.Fields, Groucho Marx ; les Monty Python, Woody Allen), des humoristes bien-aimés (Allais, Cami, Pierre Dac…) et de grands inconnus (enfin, pour ma part) que Benayoun nous donne furieuse envie de découvrir (c’est à ça que servent les anthologies !) : Edward Lear, Gaston de Pawlowsky, Robert Benchley…). Toutes les formes sont abordées : du roman-fleuve complètement déjanté (La vie et les opinions de Tristram Shandy, gentleman de Laurence Sterne) aux pièces de théâtre désopilantes de N.F.Simpson, des sketches des Monty Python aux aphorismes de Pierre Dac (« Pendant la canicule, nombre de personnes s’écrient : « c’est effrayant, il y a 35° à l’ombre ! ». Mais qui les oblige à rester à l’ombre ? »), de WC. Fields (« Les femmes me font autant d’effet que les éléphants : j’aime à les regarder, mais je n’en voudrais pas à la maison »), du génialissime Ambrose Bierce (« Armure : Vêtement porté par tous ceux dont le tailleur est un forgeron », « Couvent : lieu de retraite pour femmes tenant à se donner le loisir de méditer sur le péché d’oisiveté. ») ou de Lichtenberg (« De la transmutation de l’eau en vin à l’aide de la règle et du compas », « ouvrir les serruriers. », « Un couteau sans lame auquel manque le manche. »). Tout cela est, bien entendu, délectable à souhait et nous conclurons avec le grand ELT. Messens :
« Mort au roi
A bas le timbre-poste
Vive l’œil ! »

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Pour conclure, deux romans qui n’ont strictement rien à voir avec l’anarchie. Le premier est signé Claude Farrère, écrivain inégal et, ici, dans ses mauvais jours (Une aventure amoureuse de Monsieur de Tourville. Flammarion. 1925). Si j’en crois la page de garde, les éditions Flammarion avaient, à l’époque, lancées une collection intitulée « leurs amours » où un écrivain plus ou moins célèbre (la plupart sont totalement oubliés) devait raconter les amours d’hommes et femmes illustres. Claude Farrère choisit un maréchal de France de Louis XIV et nous narre ses déboires affectifs. Sans doute conscient de l’inanité complète de sa bluette, il en rajoute dans le rond de jambe stylistique et les formules ronflantes et ampoulées. Aucun intérêt.

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N’ayant lu auparavant qu’un livre de Modiano, il me fallait un point de départ pour en attaquer un autre. La chanson de Vincent Delerm fut une raison comme une autre et j’ai dégotté (un euro) son Voyage de noces (Gallimard. 1990) au cours de mes expéditions spéléologiques dans diverses foires aux livres. Le narrateur apprend à Milan le suicide d’une femme qu’il a connu autrefois. Il décide alors de plaquer sa vie actuelle et de se lancer dans une sorte d’enquête pour reconstituer le puzzle de la vie de la défunte. Comme toujours chez Modiano, les pièces manquantes de ce puzzle se situent pendant l’Occupation. Pas le temps de m’étendre sur ce livre que j’ai trouvé prenant et émouvant. Personnellement, je reconnais préférer des écritures plus charnues, plus sanguines à celle tout en demi-teinte de Modiano. Mais il faut reconnaître qu’il a un véritable style et qu’à mesure qu’avance le récit, nous sommes envoûtés par sa « petite musique » (amis du lieu commun, bonsoir !) . A découvrir.

1 Les deux autres étant Le nouveau monde amoureux de Fourier et le Traité de savoir-vivre… de Vaneigem.

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dimanche, octobre 29, 2006

Au tournant du siècle

C’était à prévoir : alors que j’avais courageusement rattrapé mon retard, me voilà à nouveau à la traîne pour vous parler de mes dernières lectures. Avant de consacrer des notes plus détaillées à des auteurs méconnus dont je viens de dénicher certains titres (j’ai découvert l’existence d’un fabuleux gisement !) , un petit topo rapide sur quatre livres ayant été écrits au tournant du siècle (je parle, bien entendu, du passage du 19ème au 20ème !).

Henri Rochefort. La lanterne.
Banalité de base : un homme n’est jamais constitué d’un seul bloc homogène, d’où la difficulté pour l’esprit éprit de littérature de composer avec les multiples facettes des personnalités qu’il idéalise ou rejette. Ainsi, il faut parfois reconnaître que de sinistres crapules ont pu avoir un grand talent (Aragon et ses débuts surréalistes, Brasillach lorsqu’il écrit ses mémoires dans le beau Notre avant-guerre…) tandis que certains aspects d’incontestables génies nous pousseraient à nous en éloigner (exemplairement, l’antisémitisme de Céline). A l’instar d’un autre grand pamphlétaire de notre histoire littéraire (Gustave Hervé), Rochefort a d’abord suivi un trajet exemplaire avant de sombrer, sur la fin de sa vie, dans le n’importe quoi.
Résumons : Rochefort fut d’abord l’un des plus virulents et des plus populaires polémistes du Second Empire. Républicain, il fut avec Vallès l’un des plus féroces contempteurs de Napoléon III (Badinguet, comme il se plaisait à l’appeler). Les pamphlets qu’il intitule La lanterne et qu’il lance au visage de l’Empire lui valent à la fois des amendes et une condamnation à 13 mois de prison. Qu’importe ! Rochefort s’installe en Belgique et fait paraître la Marseillaise. Lorsque l’Empire s’écroule, notre homme épouse la cause de la Commune (loué soit son nom !) et est arrêté par les allemands. Remis par l’occupant aux autorités françaises, l’abject Thiers le fait déporter en Nouvelle-Calédonie d’où il s’évadera.
C’est après que les choses tournent mal : toujours républicain, Rochefort fonde l’intransigeant en 1880 et dénonce la corruption en vigueur sous la troisième République (c’était légitime) et, malheureusement, se précipite dans les bras de cette vieille baderne de Boulanger (le général nationaliste qui failli bien réussir un coup d’état). Pour finir, notre ex-« franc-parleur » se range au moment de l’affaire Dreyfus du côté des anti-dreyfusards, d’où certainement les portraits élogieux que Léon Daudet trace de Rochefort dans ses mémoires.
Oublions cette triste fin de règne et revenons au moment où notre mousquetaire met toute sa fougue à soigner ses coups contre l’Empire. La lanterne est un recueil des meilleurs ( ?) textes polémiques publiés par Rochefort dans différents journaux et réédités chez l’excellent Jean-Jacques Pauvert (le livre date de 1966). Outre ces textes journalistiques, on trouvera également quelques extraits des passionnantes Mémoires de ma vie que publia Rochefort (réédité dans les années 80 en version abrégée, je ne peux que vous recommander chaleureusement cette lecture).
« La France contient, dit l’almanach impérial, trente-six millions de sujets, sans compter les sujets de mécontentements ». C’est par cette phrase célèbre que débute un article de La lanterne et déjà on devine l’humour et la verve de ce polémiste hors-pair. Ces textes sont un régal de fiel et de tirs mouchetés qui visent toujours justes et qui, paradoxalement, n’ont pas vieilli. Rochefort s’en prend au régime impérial, aux magouilles politicardes, à la politique extérieure de l’Empire (les textes sur la politique coloniale frappe par leur modernité), à l’hypocrisie religieuse, à la propagande et au bâillonnement de la presse libre… C’est acide, c’est satirique : c’est très fort !

Rachilde. La tour d’amour
Aux côtés des Lorrain, Champsaur, Péladan, Richepin, Catulle Mendès et Mirbeau ; Rachilde occupe une place prépondérante dans ce que l’on a nommé la littérature « fin de siècle ». Elle incarne à merveille cette littérature décadente et faisandée à souhait. La tour d’amour narre l’étrange relation qui se tisse entre un jeune homme (Maleux) nommé gardien de phare et le vieillard mutique qui fait office de gardien-chef. Le style rocailleux de l’auteur laisse d’abord supposer que nous sommes face à un roman naturaliste, attaché à décrire les conditions de vie de deux gardiens de phare dans un environnement hostile (le phare est planté sur un roc isolé à la pointe bretonne). Puis le livre bascule dans la folie la plus furieuse lorsqu’on se rend compte qu’après un naufrage, le vieil homme est parti abuser d’une jeune noyée. Rachilde déploie un univers où se mêle érotisme morbide, nécrophilie et pure folie.
Le plus curieux, c’est que ce roman a été écrit quelques années avant que n’éclate un fait divers atroce, « l’affaire Ardisson », lui donnant un éclairage nouveau. Ardisson, aide-fossoyeur et surnommé « le vampire », profita de son statut pour déterrer les cadavres qu’il venait d’inhumer et les violer. Et comme le personnage du roman de Rachilde, il décapita certaines de ses victimes et garda leurs têtes afin de les « embrasser mieux et beaucoup plus souvent ». Sur ce, je vous souhaite un bon appétit…

Claude Farrère. L’extraordinaire aventure d’Achmet pacha Djemaleddine chef tcherkess, pirate, amiral, vali, grand d’Espagne, Marquis de France et ami de plusieurs sublimes princes. (Sic !)
Continuons notre exploration de l’œuvre de Claude Farrère. Non que je cherche absolument à tout lire (j’avoue que cet auteur me saoule un peu !) mais que voulez-vous : quand je trouve un de ses recueils de nouvelles dans une jolie édition reliée à 50 centimes d’euro, je ne puis résister ! (Je viens d’en acheter un nouveau aujourd’hui –un euro- et ma sœur vient de me téléphoner pour m’annoncer qu’elle m’en avait pris un autre ! Vous voyez que je n’ai pas fini avec Farrère).
Le livre dont il est question aujourd’hui et dont je me refuse à répéter le titre pour des raisons que vous devinerez facilement est un recueil de nouvelles ayant la particularité de prendre fait et cause pour la Turquie à une époque (1921) où le pays est occupé par les Alliés et où la Grèce occupe l’Asie mineure (Farrère n’a pas de mots assez durs pour les Grecs !). Ce point de vue, conforme à celui de son maître Pierre Loti, est intéressant et nous vaut d’assez beaux hommages à la civilisation ottomane et au monde musulman. Après un conte oriental un peu long (et qui donne ce titre à rallonge au recueil), Farrère nous offre quelques jolies, quoique inégales, nouvelles (j’aime assez celles consacrées aux chiens et chats turcs). Par contre, ces positions pro-turques restent parfois en travers de la gorge, surtout lorsqu’il évoque le sort fait aux Arméniens (comme quoi, on peut suivre l’actualité en lisant les livres oubliés du début du siècle !). Je cite son avant-propos : « Les Arméniens sont, en effet, les véritables juifs de l’Orient […]. Le Turc, lui, honnête musulman, à qui sa religion défend rigoureusement l’usure, le Turc qui jamais n’entendit goutte aux questions de doit, d’avoir et d’intérêts composés, le Turc a toujours été tondu de si près par l’Arménien, préteur à la petite semaine, que le cuir lui fut souvent arraché avec la laine. Ruiné, affamé, désespéré, le Turc alors a souvent pris son bâton pour sa raison suprême. Je ne l’en glorifie point. Mais je l’en excuse. ». Même si je prie mon aimable lecteur de remettre ces propos dans leur contexte historique (n’allez pas me faire de Farrère un précurseur du nazisme ! ) ; ils font froid dans le dos lorsqu’on songe au sort que le 20ème siècle a réservé à ces deux peuples !

Léon Bloy. Lettres à René Martineau (1901-1917)
Grâce soit rendue à mon libraire qui m’a déniché et mis de côté ce recueil de la correspondance de Léon Bloy. En 1901, le critique et bibliophile René Martineau entre en relation avec « le mendiant ingrat ». C’est le moment où les affaires vont le plus mal pour Bloy qui voit l’arrivée de ce dévoué admirateur n’hésitant pas à mettre la main à la poche comme un signe divin. Va s’ensuivre une longue amitié qui ne sera jamais démentie et où le brave Martineau ne manquera jamais de venir en aide à l’écrivain terrassé par la misère. Des années les plus difficiles où Bloy et sa famille sont installés à Lagny, en Seine-et-Marne (dont on aura un aperçu en lisant Quatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne) aux dernières années plus sereines de son existence se dessine une étrange et sincère amitié. A travers ces lettres se dessine un autre visage de Léon Bloy, à mille lieues de ses éructations splendides. C’est ici au quotidien de l’écrivain auquel on assiste, à sa manière de lutter contre la misère (d’où les nombreuses fois où il réclame des mandats à son zélateur) et de tenter d’imposer ses livres (beau moment où il espère que l’exégèse des lieux communs deviendra le grand succès dont il n’a cessé de rêver).
Ces lettres à René Martineau sont à lire comme un codicille intéressant au monumental (et indispensable) Journal de Léon Bloy.

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samedi, septembre 30, 2006

Pour une contre-histoire surréaliste du maoïsme depuis 1968

Après quelques bafouilles malhabiles sur des livres récents, venons-en aux antiquités (du moins, aux ouvrages ayant plus de 20 ans). Peu de « littérature » dans cette sélection alors c’est par ce domaine que nous allons débuter.

Brand de Henrik Ibsen.

J’étais très curieux de découvrir cette pièce dans la mesure où je me souvenais d’une émission « théâtre » du Masque et la plume ou le très traditionaliste Jacques Nerson s’en était pris violemment à l’œuvre en la qualifiant d’ « intégriste », à mille lieues de « l’amour chrétien et de sa charité ». Encore heureux que la pièce ne soit pas une sinistre bigoterie sulpicienne ! Et c’est un contresens absolu de parler d’intégrisme : si Ibsen prend pour personnage principal un pasteur, il dit clairement que le propos aurait été le même si celui-ci avait été un savant rationaliste. Une fois de plus, le grand dramaturge norvégien exalte l’individu et son absolue liberté. Si Brand n’a pas la force de ce chef-d’œuvre absolu qu’est Un ennemi du peuple, on y trouve quelques très beaux passages pas inutiles à méditer à l’heure où règne le plus plat des conformismes moutonniers : « Combien durera la lutte ? Elle durera jusqu’à notre dernier jour, jusqu’au sacrifice suprême, jusqu’à ce que vous soyez libres de compromis, maîtres de votre volontiers entière et que vous n’hésitiez plus lâchement devant cet ordre : tout ou rien ! »

Bêtes et gens qui s’aimèrent (1920) de Claude Farrère (Ed. Flammarion)

Je continue, au gré de mes pérégrinations chez les libraires d’occasion et autres foires aux livres, à picorer dans l’œuvre de Claude Farrère que l’on retrouve très facilement. Tout ne me tente pas mais j’avais très envie de lire ces Bêtes et gens qui s’aimèrent puisque c’est l’une des nouvelles de ce recueil, sélectionnée par la revue Fascination, qui m’a fait découvrir cet auteur. Les nouvelles sont d’ailleurs ce que je préfère chez Farrère et cette sélection nous offre un joli panorama de son talent dans le registre. Si l’on excepte le récit, un brin longuet, qui ouvre le volume (les amours d’une chatte) ; les autres histoires sont assez délicieuses. Farrère maîtrise parfaitement l’art de la chute (à ce titre, l’intacte vertu, la meilleure de tout le recueil, est une pure merveille) et flirte souvent avec le fantastique. Tournant autour du thème des amours (comme le titre le suggère), Bêtes et gens qui s’aimèrent oscille entre l’humour noir et la tragédie, le vaudeville le plus classique et le bizarre. Pour cette diversité de ton et pour la pureté du style de Farrère, ces nouvelles mériteraient d’être redécouvertes…

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Mes autres lectures de ces derniers temps furent d’avantage axées vers les essais ou l’histoire. Tout d’abord…

Pour une contre-histoire du cinéma de Francis Lacassin (1972. Ed. 10/18)

Spécialiste de la littérature populaire (on lui doit des ouvrages sur le fantastique, sur Jack London, sur Tarzan…) et co-scénariste sur le Judex de Franju, Francis Lacassin fut également un brillant critique et historien du cinéma. Contrairement à ce que pourrait laisser entendre le titre, nous n’aurons pas affaire ici à une « histoire » (même parallèle) du cinéma bien structurée. Il s’agit en fait d’un recueil des articles publiés par Lacassin dans la revue Cinéma au cours des années 60. L’intérêt du livre est que l’auteur se penche sur des pans oubliés jusqu’alors de l’histoire du cinéma (le serial, le burlesque français, Joé Hammam, le cow-boy français ayant le premier osé tourner des westerns en Camargue !). L’érudition de Lacassin donne au livre toute sa saveur et son travail s’avère assez passionnant. A travers ces articles, on constatera sans difficulté que l’auteur de prédilection de l’historien reste sans conteste Louis Feuillade. D’ou le caractère parfois un peu redondant de certains articles qui redonne des informations déjà données dans un article précédent (c’est la seule réserve que l’on puisse faire). D’où aussi le côté un peu étonnant de cette notion de « contre-histoire » puisque Feuillade est aujourd’hui, à juste titre, un cinéaste reconnu et souvent célébré. Gageons que Lacassin n’est pas pour rien dans cette redécouverte et cette réhabilitation…

Histoire du surréalisme de Maurice Nadeau

L’histoire que nous propose Maurice Nadeau d’un des mouvements les plus passionnants et les plus marquants de l’histoire du 20ème siècle est à la fois très orthodoxe et captivante. Orthodoxe parce qu’on n’y trouvera pas de grandes révélations ni de faits qui ne soient déjà très connus (Dada et les origines du surréalisme, les grands scandales du groupe –le procès Barrès, le pamphlet Un cadavre publié à la mort d’Anatole France…- , les divergences dans le groupe et les exclusions…). Breton et Aragon se taillent la part du lion et Nadeau passe un peu rapidement (parce que ce n’est pas son propos) sur le rôle des immenses Péret et Crevel et sur les dissidents (le groupe du Grand jeu). De sorte qu’on peut préférer à cette histoire classique le superbe essai de Raoul Vaneigem (sous le pseudonyme de Jules-François Dupuis) intitulé Histoire désinvolte du surréalisme. Ces réserves faites, le livre est passionnant. D’une part, parce que le surréalisme est un mouvement artistique et politique totalement renversant. D’autre part, parce que Nadeau a le talent de ne pas figer le mouvement dans le passé ni d’en faire une relique du passé, un objet d’étude pour conservateur de musée. Il capte surtout le formidable élan vital du surréalisme et précise avec justesse (dans la très belle introduction) que le surréalisme doit être « surmonté et dépassé par ses continuateurs ». C’est à cette exigence dialectique que s’emploieront, dans les années 50, les lettristes puis (surtout), l’internationale situationniste…

Catalogue du prêt à penser français depuis 1968 de Serge Quadruppani (1983. Ed. Balland)

Peut-être le livre où il y a plus à dire mais j’essaierai d’être concis. Quadruppani, qui se distinguera ensuite dans la série noire, est un enfant de Mai 68, un révolté nourri par les idées de l’extrême gauche, des situationnistes et des grands libertaires. Avec cet essai, il prend violemment à parti les intellectuels français qui, pour paraphraser Guy Hocquenghem, sont passés « du col Mao au Rotary » (le pamphlet de ce dernier, publié chez Albin Michel, est à lire toutes affaires cessantes !). Lui qui n’a jamais été dupe des « gnôleries » [Pouget] maoïstes ou staliniennes pointe avec lucidité l’attitude de gens comme Sollers qui découvre soudain l’horreur des régimes dits communistes pour se rallier sans vergogne aux pires ignominies du capitalisme. La cible principale de Quadruppani reste surtout ce que l’on a appelé la « nouvelle philosophie » (le pire, c’est que les ignobles épluchures dénoncées, que ce soit BHL ou Glucksmann, occupent toujours le devant de la scène !), experte en « coups médiatiques » et en falsifications historiques.
Il s’en prend ensuite à la « nouvelle droite » (l’épisode est moins convaincant dans la mesure où l’on a totalement oublié les Pauwels et les Alain de Benoist !) et dénonce la manière dont ses ténors abusent de thèses pseudo-scientifiques pour ressasser des horreurs du passé (sur la prétendue « inégalité des races », par exemple).
Puis arrive la page 283 et là, nous marchons sur des œufs puisque Quadruppani aborde « l’affaire Faurisson ». On se souvient alors de la polémique qui a opposé il y a peu l’auteur à Didier Daeninckx, ce dernier l’ayant accusé d’être un révisionniste. On sait aussi que les milieux d’extrême gauche furent, paradoxalement, les premiers promoteurs des thèses de Faurisson (c’est la librairie « La vieille taupe » qui l’a publié et qui a réédité les textes de Rassinier). Cependant, il faut bien prendre garde à distinguer deux attitudes : d’un côté, celle adoptée par Pierre Guillaume et Serge Thion, à savoir un ralliement total aux ignobles thèses négationnistes ; de l’autre, celle qui consiste à défendre Faurisson sur le principe de la liberté d’expression sans pour autant cautionner son délire. C’est cette option que choisit, à l’instar de Noam Chomsky, Serge Quadruppani. Jamais l’auteur ne souscrit aux thèses de Faurisson (qu’il trouve « antipathique » et dont il évoque souvent le « délire ») mais il s’étonne également des tempêtes qu’il a déclenchées et de la censure qui l’accable. Sans jamais remettre en question le génocide (que ce soit clair ! Je n’aurais jamais cautionner le livre sinon !) , Quadruppani s’interroge sur sa « sacralisation » à l’époque où les « démocraties » occidentales justifient, au nom de la Shoah, les pires assassinats de Begin et Sharon. Pour schématiser de manière très rapide (je ne devrais peut-être pas, sur un sujet aussi complexe et épineux), Quadruppani réfute l’idée de « guerre juste » et s’insurge sur le fait que certains morts aient droit à plus de considérations que d’autres. « L’affaire Faurisson » est ici évoquée de biais et permet de prolonger le propos général du livre qui pourrait se résumer par cette citation très juste : « L’obligation de choisir entre la barbarie du capitalisme d’état et celle du capitalisme de marché, c’est cela le totalitarisme de notre temps ». Bref, si vous n’adhérez pas au merveilleux modèle occidental des démocraties capitalistes, vous êtes au choix, un stalinien, un nazi ou un terroriste. Malheureusement, les pourritures intellectuelles de notre époque sont toujours là pour nous rabâcher de telles calembredaines et pour empêcher toute critique globale…

Les habits neufs du président Mao de Simon Leys.

Pas besoin de s’attarder sur cet implacable et formidable témoignage du plus grand historien de la Chine contemporaine. Après un résumé pas inutile de la vie politique chinoise depuis le « grand bond en avant », Leys dresse une chronique, mois par mois, de la « Révolution culturelle » chinoise de 1967 à 1969. Jamais on aura décrit avec tant de vérité la décrépitude d’un régime totalitaire ignoble. La Chine de Mao et sa valse d’épurations et de réhabilitations des cadres, c’est Ubu Roi ! Le plus effrayant, c’est que ce livre a été publié en 1971 en France (aux éditions Champ libre, forcément) et que cela n’a pas empêché bon nombre d’intellectuels de rester fidèles au maoïsme (coucou La cause du peuple !) On rejoint alors la thèse de Quadruppani : l’horreur totalitaire, que ce soit en URSS ou en Chine, a souvent été dénoncée par les véritables révolutionnaires (on se souvient de l’article de Debord intitulé Le point d’explosion de l’idéologie en Chine, publié dès 1967 dans l’internationale situationniste) et ce sont pourtant les anciens Maos (style Sollers) qui vont soudain découvrir cette horreur pour adhérer sans réserve à l’idéologie capitaliste et accuser ceux qui ne les suivent pas d’être des suppôts des totalitarismes ! La dialectique prend parfois des chemins sinueux !
La force de Simon Leys, c’est de n’avoir jamais pris les vessies pour des lanternes (le régime maoïste pour un régime révolutionnaire) sans pour autant tirer des conclusions hâtives sur l’impossibilité de tout changement (à la différence des dissidents pleurnichards à la Soljenitsyne). Un livre indispensable…

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dimanche, juillet 16, 2006

Si mon ordinateur fonctionnait...

… Je vous aurais offert une nouvelle livraison de mes notes de lectures. Mais voilà que les titres s’accumulent et que je ne pourrais désormais plus faire bref. Faute de mieux, je me contenterais d’un rapide listing de tous les auteurs dont j’aurais aimé vous parler.

Pierre Loüys (Mimes des courtisanes , Psyché . En attente : Sanguines) Je ne me lasse pas de découvrir l’œuvre de cet écrivain esthète et raffiné, fasciné par la culture grecque. Maintenant, j’avoue que j’aimerais beaucoup découvrir ses pages licencieuses qu’il a publiées sous le manteau.

Octave Mirbeau (les affaires sont les affaires). Trompetons une fois de plus le génie de cet écrivain féroce ! Sa pièce est une pure merveille, une attaque au vitriol contre la bourgeoisie financière et la corruption du régime parlementaire de la troisième République. Un siècle plus tard, le regard satirique de Mirbeau est toujours d’actualité.

Catulle Mendès (la messe rose). C’est peu dire que le gendre de Théophile Gautier est aujourd’hui bien oublié. C’est dommage car son œuvre, très influencée par le Parnasse, recèle de bien jolies choses comme ces petits contes d’un érotisme très fin de siècle. Mendès est une figure assez typique d’une certaine littérature décadente que je goûte particulièrement.

Sacha Guitry (le veilleur de nuit, Françoise, Monsieur Prudhomme a-t-il vécu ?, Un soir quand on est seul + Pages choisies et Réflexions). Pas de pièces majeures dans celles que j’ai découvertes mais néanmoins cet esprit typique du grand dramaturge qui me réjouit tant car il ne respecte rien.

Georges Bernanos (Sous le soleil de Satan, la joie, Le chemin de la Croix des âmes. En attente : Nous autres français, Dialogues de Carmélites) . Je poursuis ma découverte du grand écrivain catholique. Si la noirceur âpre de ses romans me séduit, j’avoue que ma préférence va pour ses écrits « politiques ». Le chemin de la Croix des âmes est un recueil de ses textes extraordinaires publiés pendant la seconde guerre mondiale où Bernanos prouve une fois de plus ce qu’il n’a jamais cessé d’être : un homme libre.

Oscar Wilde (Salomé) . Pièce symboliste rédigée directement en français. Ce n’est pas forcément l’œuvre que nous préférons mais rien de ce qu’a écrit l’immense Oscar Wilde ne nous laisse indifférent…

Albert Paraz (le poète écartelé). Ses partis pris virulents et ses amitiés désastreuses (il fut l’un des seuls à soutenir mordicus Céline après la Libération) ont valu à Paraz un ostracisme regrettable qui perdure aujourd’hui. C’est dommage car outre ses splendides pamphlets, ses romans valent le coup, à l’image de ce petit récit situé au 16ème siècle où l’auteur évoque avec beaucoup de malice les rapports de l’artiste et du Pouvoir.

Claude Farrère (les petites alliées, les hommes nouveaux). Les deux romans de cet ancien officier de marine féru d’exotisme nous offre un aperçu contradictoire de ses diverses facettes. D’un côté, les petites alliées, très beau portrait de demis-mondaines permettant à l’auteur de tracer un tableau sensuel et subtil des mœurs de la société toulonnaise ; de l’autre, un roman qui fait à la fois l’apologie du colon et de « l’homme nouveau » de l’époque (le bourgeois épais et libéral) tout en gardant une certaine nostalgie pour les valeurs chevaleresques d’antan. Le premier de ces deux livres mérite le coup d’œil.

Jules Vallès (les réfractaires). Intéressant recueil de contes et d’enquêtes journalistiques consacrés aux « excentriques » (les sans-logis, les doux-dingues, les artistes ratés et miséreux…) de Paris.

Léon Daudet (Devant la douleur, La police politique. En attente : Fantômes et vivants). C’est une note entière qu’il faudrait consacrer au fils d’Alphonse Daudet, personnage peu sympathique politiquement (royaliste, nationaliste, antisémite, figure de proue de l’Action française …) , assez mauvais romancier mais chroniqueur hors-pair de son époque. Les souvenirs qu’il a laissés sont prodigieux, à l’image de ce Devant la douleur où il évoque avec une verve qui n’appartient qu’à lui ses années à la fac de médecine. Portraits saisissant des « morticoles » (dont le professeur Charcot) mais également du monde littéraire et artistique de l’époque. C’est passionnant. Ses pamphlets m’intéressent également par leur véhémence même si je me situe à l’exact opposé de ses opinions. La police politique est intéressant car il nous offre le regard de Daudet sur les évènements du 6 février 1934 (la tentative avortée de coup d’état réalisé par les camelots du roi).

Georges Feydeau (Occupe-toi d’Amélie). Un classique du vaudeville qui doit prendre tout son sel lorsqu’il est joué dans la mesure où l’auteur soigne avant tout la mécanique du rire (on est impressionné par les précisions données par les didascalies qui font de la pièce un mécanisme d’horlogerie très précis)

Maurice Maeterlinck (l’oiseau bleu) . Pièce symbolique extrêmement casse-burnes.

René Fauchois (Rivoli). Les exploits de Napoléon lors de la bataille de Rivoli pour une pièce suintant l’urine de bidasse et le patriotisme le plus abject. Une horreur nationaliste !

Pierre Veber et Henry de Gorsse (la gamine) / Robert de Flers et GA de Caillavet (Papa). Deux antédiluviennes pièces de boulevard qu’on découvre avec le même plaisir qu’un film d’Emile Couzinet. Du nanar rigolo et désuet à souhait…

GB. Shaw (la maison des cœurs brisés). Encore un dramaturge dont je goûte avec plaisir la liberté de pensée. Ici, il nous livre un tableau Tchekhovien de la société anglaise à la veille de la première guerre mondiale.

Tristan Bernard (les moyens du bord, le petit café, la gloire ambulancière, Jeanne Doré). Mis à part Jeanne Doré, pièce mélodramatique écrite pour Sarah Bernhard et qui rappelle un peu Aux abois (adapté au cinéma il y a peu par Philippe Collin), on retrouve ici l’esprit sarcastique de Tristan Bernard et sa manière d’égratigner une société où règne en unique maître l’argent.

Cami (les nouveaux paysans). Il me faudra vous parler plus longuement de celui que Chaplin considérait comme « le plus grand humoriste au monde » et qui n’aurait pas démérité dans l’anthologie de l’humour noir de Breton. Ici, il s’agit de petits contes mêlant les calembours les plus youpitants, les allusions sarcastiques aux mœurs de l’époque (le retour à la terre : le recueil date des années Pétain) et un certain humour macabre assez caractéristique de celui qui commença comme dessinateur et conteur au Petit corbillard illustré !

Georges de la Fouchardière (Vive l’armée) Je ne reviens pas sur cet auteur dont je vous ai déjà parlé longuement sauf pour vous dire que j’ai dévoré ce recueil de textes antimilitaristes dont la verve satirique n’a pas vieilli…

Adolphe Retté (Du diable à Dieu. En attente : Quand l’esprit souffle) Figure totalement oubliée de la littérature fin de siècle ; Retté est assez typique de l’intellectuel français dans la mesure où il fut une parfaite girouette (Sollers n’a rien inventé !), passant de l’anarchisme le plus splendouillet au catholicisme le plus bégueule et terminant sa vie dans les bras de l’infâme Maurras. Du diable à Dieu est en fait le récit édifiant de sa conversion. Une curiosité même si j’avoue que j’aimerais désormais découvrir les textes subversifs de Retté…

Siné (Siné Massacre) . Avec Willem, Siné est certainement la dernière personne qui nous pousserait à acheter Charlie-Hebdo aujourd’hui, canard autrefois subversif et rallié aujourd’hui à l’Europe des marchands. J’ai dégotté en poche un recueil des meilleurs dessins de Siné et c’est superbe ! Même si les cibles sont souvent les mêmes (les flics, les curés, les militaires, De Gaulle, l’état d’Israël…), son anarchisme sectaire demeure salutaire en ces temps de défaite de la pensée…

Pierre Kropotkine (Parole d’un révolté). Les écrits d’un des plus célèbres « boy scout » de l’anarchie. Même si on peut trouver naïve la foi de Kropotkine dans le progrès, la science et l’avènement de la Révolution, on doit aussi concéder que ses analyses sur le capitalisme et sur l’Etat sont assez percutantes et qu’elles nous consolent des « gnôleries » [Emile Pouget] du « socialisme autoritaire ».

Amédée Ayffre (Cinéma et foi chrétienne. Eh ! Eh !) Lu par pur ostrogotherie. Un monument d’ennui qui n’a rien à envier aux analyses soporifiques d’un Emmanuel Burdeau…

Félicien Champsaur (l’arriviste. En attente : Nora, la guenon devenue femme) Encore un écrivain « fin de siècle » que je suis en train de découvrir. L’arriviste est un tableau saisissant des mœurs corrompues de la société française en 1900. Il fleure bon cette littérature décadente typique de la belle époque et son érotisme faisandé. Encore un grand auteur oublié qu’il faut redécouvrir…



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samedi, mai 13, 2006

Note de lectures

Ne me sentant pas toujours capable d’écrire une note sur chacune de mes lectures, je vous propose un bref panorama de quelques unes de mes dernières découvertes. Le tout sera un peu fouillis mais bon …

Romans, Nouvelles.

L’attrape-cœur de J.D.Salinger. J’aurais aimé consacrer plus de lignes à ce magnifique roman que j’ai découvert il y a déjà quelques mois. Avec ce récit de la fugue d’un jeune homme renvoyé de son collège qui préfère errer quelques jours dans New York plutôt que d’affronter le regard de ses parents ; Salinger capte à merveille ce que j’appellerais volontiers l’essence de l’adolescence. Même si ce livre a plus de 60 ans, que les « trop fort » ont désormais remplacé les « ça me tue » ; Salinger traduit à merveille, dans une langue à la fois proche du langage parlé et très travaillée, l’état d’esprit de cet âge prit entre l’enfance et l’âge adulte. Entre parcours initiatique, crainte de devoir se conformer à la triste compagnie des adultes et révolte indécise ; le jeune anti-héros de Salinger renvoie une image pleine d’humour et d’émotion de ce qu’est l’adolescence. Ca m’a tué !

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Je ne m’appesantirai pas sur Georges de la Fouchardière puisque j’ai déjà consacré une longue note à ce lustucru. Après son récit de voyage (Au pays des chameaux), j’ai donc lu La grande rafle qui m’a un tantinet déçu. Le livre est certes amusant et présente un héros moultement sympathique puisqu’il s’agit d’un savant fou qui a mis au point un rayon capable d’influer sur la volonté humaine. Il utilise sa découverte à bon escient en débarrassant Paris de tous ses parasites (préfets, financiers, académiciens, politicards…). Malheureusement, mis à part quelques passages très youpiteux, le livre ne prend pas assez parti pour ce brave révolutionnaire pacifiste (toutes ses victimes sont enfermées dans un grand château et bien traitées) et préfère se ranger derrière un très conformiste (quoique chaud lapin) petit journaliste. De plus, le livre brocarde de manière un peu démagogique l’art contemporain et se vautre parfois même dans quelques réflexions racistes (une alter ego de Joséphine Baker est invitée à « remonter dans son arbre »). Au vue des autres livres de La Fouchardière, je parierais volontiers que les aspects les plus déplaisants de La grande rafle sont à mettre sur le compte du co-auteur du livre, à savoir Clément Vautel, le déplorable auteur de Mon curé chez les riches.

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Restons dans les auteurs oubliés en exhumant le nom de Claude Farrère. A la fin du XIXème et au début de XXème siècle, la mode est à l’exotisme. Le proche et l’extrême Orient fascinent les petits occidentaux. Combinant les métiers de militaire et d’homme de lettres, Claude Farrère va, en bon disciple de Pierre Loti, écrire une quantité de récits de voyages, de romans et de nouvelles ayant pour cadre de lointaines contrées. L’homme qui assassina est assez caractéristique de ce goût pour l’exotisme. Dans ce roman où l’on suit un diplomate français en mission en Turquie et ses tentatives d’aider une belle dame mal-mariée avec un diplomate anglais, Farrère privilégie l’atmosphère au romanesque et se complait dans des descriptions que j’ai, pour ma part, trouvé assez emmerdantes. Ceci dit, le livre a des qualités d’écriture et recèle de fort beaux passages entre notre héros et la femme dont il devient secrètement amoureux. De plus, l’auteur pose un regard totalement fasciné sur la civilisation turque qu’il contemple et ne verse ni dans le paternalisme colonialiste, ni dans le racisme. Au contraire, comme son héros, il semble fuir les ambassades et fustiger la corruption occidentale sur le pays. C’est suffisamment rare pour susciter l’intérêt.
Les spécialistes de l’écrivain signalent à notre attention ses contes et nouvelles fantastiques. Je suis en train de lire L’autre côté…, un de ces recueils de contes insolites. Ce n’est pas désagréable quoique un peu inégal. Certains sont assez percutants et valent le coup, d’autres sont de fumeuses considérations oniriques où l’auteur se complait dans la description de rêves inintéressants. A mi-parcours, je dirais néanmoins que ça reste une curiosité à parcourir…

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ESSAIS

Les grands cimetières sous la lune de Georges Bernanos. En raison de son austère stature d’écrivain et penseur catholique, j’avoue que je n’avais jusqu’à présent pas mis le nez dans les œuvres de Bernanos. N’ayant jamais pu trouver attrayant un titre comme Dialogues de carmélites et ne connaissant de l’auteur que quelques adaptations cinématographiques de ses romans (Le journal d’un curé de campagne et Mouchette de Bresson, Sous le soleil de Satan de Pialat) , je dois reconnaître également que la découverte de La France contre les robots, sublime pamphlet écrit après la Libération, fut pour moi un choc. Du coup, j’ai déniché chez un petit libraire ces Grands cimetières sous la lune, livre non moins étonnant que le précédent cité. Etonnant parce que Bernanos a été formé à l’école Drumont (cette nauséabonde crapule, auteur de La France juive) et de l’Action Française, qu’il se revendique royaliste et catholique et qu’il avait tout, a priori, pour prendre le parti des sbires de Franco pendant cette fameuse guerre d’Espagne qui est l’objet du livre. Or il s’avère qu’il va prendre le parti inverse en dénonçant avec une rare virulence les exactions commises par le régime du « caudillo » et la lâcheté de l’Eglise qui va se rallier derrière une si fécale figure. D’une certaine manière, l’écrivain dénonce la lâcheté petite-bourgeoise des « Bien-pensants » qui frétillent d’angoisse dès qu’on agite le spectre rouge du communisme et préfèrent renoncer à leur libre-arbitre et leur liberté en choisissant le camp de la force dictatoriale. Inutile de préciser que dans les pamphlets de Bernanos se trouvent des réflexions qui sont encore aujourd’hui d’une rare actualité…

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Fustiger le bourgeois , tel a été également la tâche qu’a menée avec une incroyable rage un autre grand auteur catholique : Léon Bloy. A l’inverse de Bernanos qui ne m’attirait pas jusqu’à présent, j’ai toujours goûté avec délice la prose furibarde et hargneuse du « Vieux de la montagne ». Je connaissais ses deux principaux romans (la femme pauvre, le désespéré), son journal intime (à lire absolument) et quelques uns de ses pamphlets mais je n’avais pas lu Exégèses des lieux communs que j’ai déniché en livre de poche pour une somme dérisoire.
« Le vrai Bourgeois, c’est à dire, dans un sens moderne et aussi général que possible, l’homme qui ne fait aucun usage de la penser et qui vit, ou paraît vivre sans avoir été sollicité, un seul jour, par le besoin de comprendre quoi que ce soit, l’authentique et indiscutable Bourgeois est nécessairement borné dans son langage à un très petit nombre de formules ». Bloy entreprend donc de lister toutes ces formules (« Il n’y a pas de plaisir sans peine », « la pluie et le beau temps » , « l’argent ne fait pas le bonheur » …) et se livre à des interprétations aussi féroces que drolatiques. Plutôt que de longs discours, laissons parler l’auteur lorsqu’il se livre à une exégèse du lieu commun : « Etre dans le commerce… » :
« Le mensonge, le vol, l’empoisonnement, le maquerellage et le putanat, la trahison, le sacrilège et l’apostasie sont honorables, quand on est dans le commerce. « A plat ventre devant le client », disait un jour devant moi une patronne de café à un de ses garçons, « toujours à plat ventre, quand on est dans le commerce. ». Percutant !

THEATRE.

Lu quelques pièces de l’immense Jarry (Ubu enchaîné, Ubu sur la butte). Je vous fais grâce d’une exégèse mais lorsqu’on a humé l’ « Umour » du bonhomme, on ne peut plus entendre un chef d’état ou un politicard démagogue (pléonasme) de la même manière. Le théâtre ubuesque reste une fabuleuse entreprise de démystification.

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Jean Richepin. Le chemineau.

Si l’immense Brassens n’avait pas eu la judicieuse idée de mettre en musique quelques uns de ses poèmes (Philistins, le sublime les oiseaux de passage…) , la nom de Jean Richepin serait lui aussi tombé dans les oubliettes du temps. C’est dommage car un homme qui se déclara « ennemi de la race blanche qui a inventé le foyer, la famille, la patrie, l’idéal et les dieux » ne pouvait pas être mauvais. Il y a donc de bonnes choses à calotter chez Richepin, que ce soit ses poèmes, ses romans ou ses contes fantastiques tordus (le coin des fous fait partie de ses rares œuvres à être rééditées de nos jours) . Parmi ces bonnes choses, ce goût immodéré de l’auteur pour les « hors-classes », les parias de tout type, qu’ils soient gitans (Miarka, la fille à l’ourse) ou vagabond libertaire comme ce Chemineau. Le drame (en vers !) est ici très classique (un mariage entre deux familles n’appartenant pas aux mêmes couches sociales est l’un des principaux enjeux de la pièce) mais contient néanmoins cette chouette profession de foi du héros :
« Là ! maintenant, voici. J’ai pour premier principe
De m’aller promener, libre, le nez au vent,
Quand il m’en prend envie ; et ça me prend souvent.
J’ai pour second principe, et n’en veux pas démordre,
D’envoyer promener quand on me donne un ordre.
Autrement dit, je suis un mauvais garnement,
Roulant en vagabond la grand’route, et l’aimant,
Travaillant pour manger, tout juste, et qui préfère,
Quand c’est son goût, ne rien manger, mais ne rien faire. »

BROCHURES, REVUES.

Internet est une belle invention. Grâce à la toile, je complète peu à peu ma collection de Fascination. Je me réserve l’occasion de revenir sur cette fabuleuse revue (créée et menée de main de maître par Bouyxou), une des plus passionnantes de la fin des années 70, début des années 80 (avec le Hara-Kiri de Choron).

Les deux derniers numéros des Cahiers du cinéma m’ont paru, par contre, assez consternants de médiocrité. J’ai du mal à saisir l’orientation de la revue qui ne semble plus désormais envisager le septième art autre part qu’à l’école ou au musée (au secours !). Quand au traitement des films, entre les faramineuses dithyrambes pour OSS 117 et V pour Vendetta et une notule condescendante pour Ruiz, on reste rêveur…

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« Un gros commerçant proclamera sur ses affiches publicitaires : « il est interdit d’interdire de vendre moins cher (E.Leclerc), un autre : « Tous unis contre la vie chère » (Intermarché).
[…]
Quel fut ce bon temps où les sans-culottes plantaient leurs fourches dans le postérieur des sinistres possédants, aristocrates ou bourgeois, pour chasser ces parasites de leurs assemblée nationale et hôtels particuliers. Quel est ce mauvais temps où les possédants se font les propagandistes de la « rebelle attitude », afin de nous faire avaler l’amer venin de la servitude démocratisée. »
Cette judicieuse réflexion (parmi d’autres) se trouve dans une brochure intitulée Le publicitaire (n°11, Mars 2006) qu’on peut trouver pour une somme dérisoire (30 centimes) dans toutes les bonnes librairies (« la mémoire du monde » à Avignon, « la machine à lire » à Bordeaux, « Le sphinx » à Grenoble, « Meura » à Lille, « la Gryffe » et « La plume noire » à Lyon, « Nautilus » à Paris…). Sa lecture est hautement recommandable.

BD.

Diable, j’ai été trop long ! Alors très rapidement, en ordre décroissant.

Retour au collège de Riad Sattouf. Un vrai régal ! un jeune auteur de BD fait toujours des cauchemars à 27 ans où il se revoit au collège. Pour exorciser cette angoisse, il décide de réintégrer une classe de 3ème dans un lycée parisien ultra-chic. Sattouf croque avec un humour constant et une rare justesse ces fils de riches qui ne sont finalement que des ados comme tous les autres (obsédés par le cul et la mode). Ce n’est jamais condescendant ni paternaliste et malgré tous leurs défauts, on s’attache vite à ces jeunes gens (la petiote qui tombe amoureuse du dessinateur est extrêmement touchante).

Le combat ordinaire de Manu Larcenet. Une chouette découverte (ben ouais, ce n’est pas original mais je n’y connais rien en BD !). Cette histoire d’un photographe vaguement névrosé, de ses relations avec ses parents, son frère et sa copine m’a paru à la fois juste et profonde. Les personnages sont croqués avec délicatesse et l’auteur parvient à leur donner de l’épaisseur en quelques cases. Comme ce récit intimiste n’est pas dénué d’humour, la lecture s’avère tout à fait plaisante.

Cour Royale de Jean-Marc Rochette et Martin Veyron. Gros pastiche (avec jeux de mots et langage d’époque ad hoc) des BD historiques avec cette histoire de perruquier qui arrive à la cour avec sa fille qui attire toutes les convoitises des nobles et même du roi. Rigolo.

Une épaisse couche de sentiments de Sébastien Gnaedig et Philippe Thirault. Une bande dessinée située au cœur du monde impitoyable des ressources humaines avec des types aux dents de requins qui licencient à tour de bras. Histoire assez forte mais aussi très caricaturale. Dessins assez statiques auxquels je n’ai adhéré qu’ à moitié. Un équivalent dessiné du cinéma de Michael Moore, si vous voulez…

Jack.B.Quick : enfant prodige. D’Allan Moore et Kevin Nowlan. Un jeune prodige en culotte courte des sciences se livrent à toutes sortes d’expériences fantaisistes. Si une tartine beurrée tombe toujours du côté beurre et si un chat retombe toujours sur ses pattes, que se passe-t-il si on beurre le dos d’un chat ? C’est le seul gag qui m’a arraché un sourire dans cette BD chiante comme un jour de mai sous la pluie. J’avoue ne pas accrocher du tout à l’esthétique américaine du « Comic » et préférer, dans le genre, l’hilarante Rubrique scientifique de Boulet.
Mais là, on va dire que je ne suis plus objectif…

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