La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

vendredi, décembre 07, 2007

Un F de second rayon...

Les civilisés (1905) de Claude Farrère (Flammarion)

Une fois n’est pas coutume, je consacrerai cette nouvelle étape de mon abécédaire à un livre de « second rayon », une de ces vieilleries dénichées dans des brocantes pour 10 centimes et qu’il m’arrive de lire parfois par curiosité, de la même manière que je ne me priverai jamais du plaisir de découvrir des séries Z au cinéma !

Farrère, si vous me suivez depuis mes débuts, doit désormais vous être un nom familier puisque je l’ai évoqué un bon nombre de fois ; la plupart du temps pour dire que c’était un auteur très inégal, capable du meilleur (le roman les petites alliées, le recueil de nouvelles Bêtes et gens qui s’aimèrent) comme du pire (le chef, Une aventure amoureuse de monsieur de Tourville). Les civilisés se situe entre ces deux extrêmes et combine à la fois les qualités et les défauts de l’œuvre de Claude Farrère. Nous allons y revenir mais cédons dans un premier temps à la petite histoire.

Marin, militaire, aventurier, grand admirateur de Loti et « filleul » littéraire de Pierre Louÿs ; Claude Farrère fait paraître en 1904 son premier recueil de nouvelles Fumée d’opium. En 1905 paraît les civilisés, son deuxième livre et premier roman qui permet à l’écrivain de toucher le gros lot puisqu’il décroche…le prix Goncourt ! (comme quoi, le plus prestigieux des prix littéraires ne préserve pas de la médiocrité et de l’oubli !). Pour l’anecdote, c’est Louÿs qui relut les épreuves de ce roman d’abord intitulé les énervés, qui le corrigea et qui suggéra à Farrère le titre finalement adopté. Pour remercier l’auteur d’Aphrodite, Farrère lui dédiera l’ouvrage (c’est du moins ce qu’affirme Alain Petit dans le n°14 de Fascination mais cette dédicace a disparu de l’atroce édition grand format que j’ai dénichée !)

« Les civilisés » du titre, ce sont trois français acoquinés à Saigon : un médecin (Raymond Mévil), un scientifique (Torral) et le marin Fierce. « Civilisés », sous la plume de l’auteur, signifie qu’ils n’ont aucune religion, qu’ils méprisent les conventions sociales, qu’ils courent d’une maîtresses à l’autre et que leur indécrottable cynisme dérive tout naturellement vers un certain nihilisme. Mais tout basculera lorsque Fierce puis Mévil tomberont amoureux…

Farrère fut toute sa vie un adepte des romans exotiques (en ce sens, il représente un certain goût de l’époque pour les ailleurs lointains) mais il sut toujours se préserver d’un regard trop « colonialiste » sur les pays qu’il évoqua (dans La bataille, il regrettait même l’occidentalisation des femmes japonaises). Une des qualités des Civilisés est de ne pas déroger à cette règle. Farrère parvient à nous faire sentir le mystère de ces civilisations asiatiques et sa phrase, plutôt élégante et bien tournée, arrive à nous envoûter lorsqu’il s’agit de décrire des soirées de débauche dans Saigon ou d’évoquer les fumeries d’opium. On apprécie également le regard sans concession porté sur les colons français et les tares de cette population (les colonies sont comparées à un « champ d’épandage pour tout ce que la métropole crache et expulse d’excréments et de pourritures » !)

Malheureusement, nous voyons aussi pointer ici méchamment le côté « redresseur de torts » de Farrère, sans doute l’un de ses plus gros défauts. Dans Les civilisés, il ne cesse de remettre en cause la corruption de la « civilisation » (qui apporte, par le biais des romans d’ailleurs !- l’athéisme, l’antimilitarisme et la débauche) afin d’exalter les amours « simples », qui s’épanouissent dans les liens sacrés du mariage et qui apportent l’épanouissement (l’héroïne est présentée comme une vierge croyante et méfiante devant toutes les théories intellectuelles de l’époque !).

Au-delà du côté gentiment réactionnaire du bouquin qui fait plus sourire qu’il n’effarouche (on remarquera que le plus cynique des personnages et le plus hermétique aux anciennes traditions est à la fois pédéraste et déserteur !) ; c’est surtout l’incroyable niaiserie de ces bluettes à l’eau de rose qui finit par achever le plus conquis des lecteurs.

Pour les amateurs de curiosités antédiluviennes qui voudrait découvrir Claude Farrère, mieux vaut commencer par un autre bouquin que ces civilisés qui ont très mal vieillis…

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2 Comments:

Anonymous consultation voyance gratuite said...

Très bon article, comme toujours. Il a le mérite de susciter le commentaire .

4:43 PM  
Blogger Reema dsouza said...

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