La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

dimanche, novembre 03, 2019

Les mots de l'amour


Petit lexique savant et impertinent des mots du sexe (2019) de Dolmancé (Editions d’Orbestier, 2019) 


De sources sûres (puisque ce sont les miennes), se cacherait derrière ce pseudonyme sadien un auteur qui fit autrefois les beaux jours des éditions de la Brigandine qui me sont si chères. Et si certains persistent à avoir des doutes, des indices sérieux nous mettent vite la puce à l’oreille. Primo, les images illustrant ce petit ouvrage licencieux proviennent du coffret Nues 1925 paru aux éditions Deleatur en 1982. Secundo, à l’entrée « Aphrodisiaque » du lexique, on apprend que le viagra, avec ses propriétés vasodilatatrices, serait également efficace contre le mal des montagnes. Après avoir entendu l’un de ses amis lui confier « C’est super, au-dessus de quatre mille mètres, tu n’as plus mal au crâne, mais tu arrives au sommet avec une érection d’enfer », Dolmancé nous donne un conseil qu’il avait déjà illustré dans l’un de ses romans brigandinesques « Alpinistes, joignez l’utile à l’agréable : forniquez sur le Mont Blanc ! » Si vous n’avez pas encore deviné, je vous renvoie à cette indispensable somme (toute modestie honteusement mise de côté !) encore disponible aux éditions Artus.
D’ « Aahhh ! » et « Abricot fendu » à « Zob » et « Zoophilie », l’auteur nous propose de musarder autour des choses du sexe le temps d’un lexique polisson où les entrées anatomiques (si j’ose dire) voisines avec les entrées culturelles (on retrouvera bien évidemment les grands noms de la littérature érotique, qu’il s’agisse de Sade, Louÿs ou Apollinaire mais également Nerciat, Bernard Noël, Léo Barthe ou le mystérieux Noirceuil (qui n’est autre que Dolmancé. Vous suivez ?)) et les termes charmants tombés en désuétude (« gamahucher », « feuille de rose », « pédication »…)
Soyons honnête, les notices sont très courtes et ce n’est pas l’aspect « scientifique » de l’ouvrage qui séduira le lecteur (même s’il reste de bon ton de savoir distinguer, le temps d’un diner mondain, la « fellation » de « l’irrumation »). En revanche, si Dolmancé nous réjouit constamment, c’est par la délicieuse impertinence dont il fait constamment usage.
Dès la première page, l’entrée « Addiction » annonce la couleur et nous met en joie :
« Le sexe est addictif, le mot est à la mode. Si vous rêvez toute la journée de petites bites éjaculantes (mesdames) ou de cramouilles version fontaine de Trévi (messieurs), courez vite chez un spécialiste qui vous remettra dans le droit chemin : du lundi au vendredi, travail ; le samedi, les courses à l’hyper ; le dimanche, messe ou PMU »
Tout le livre est placé sous le signe d’une ironie libertaire qui fit la singularité de La Brigandine. Dolmancé, à l’instar du héros de La Philosophie dans le boudoir, professe un sain dégoût pour tout ce qui touche de près ou de loin à la religion. Un exemple entre cent à l’entrée « Religion et sexualité » :
« La palme revient, évidemment, aux religions du « Livre », funeste engeance qui a peuplé la Terre de frustrés obsédés par leur bite et de petite souris peureuses craignant ladite comme la gale : les tenants du judaïsme, du christianisme et de l’islam, s’ils éprouvent une joie sans limite à s’étriper pour savoir qui a la Vérité vraie du dieu unique-qui-n’est-pas-celui-du-voisin, s’accordent au moins sur ce point : plaisir out ! et la femme à la cuisine et au lit pour pondre des mioches. »
L’auteur ne se prive pas non plus d’égratigner toute forme de pouvoir « Sans remonter aussi loin, nos chers présidents républicains affichent souvent des mœurs de satrapes orientaux, attirant à eux d’intrigantes créatures qui se trouvent nanties d’un maroquin en moins de temps qu’il n’en faut à un énarque intègre (oxymore ?) pour accéder au poste de chef de bureau. D’aucun, sans doute peu accaparé par la charge du pouvoir, allait livrer des croissants en scooter à sa belle. Et, souvenez-vous, ce grand argentier du FMI fuyant en catastrophe un hôtel de luxe new-yorkais pour avoir bousculé une chambrière – lui qui se croyait irrésistible dégringola de son piédestal en quelques heures. »
On pourrait quasiment tout citer, des petites remarques sarcastiques du style « Le mouvement LGBT organise notamment les célèbres marches de la fierté, qui sont à la sexualité ce que les cortèges syndicaux étaient à la lutte de classe, le côté festif en plus. » ou d’autres qui derrière leur lucidité amusée pourraient presque paraître plus amères, notamment lorsque l’auteur évoque « l’indécence » : « Il est généralement question de l’indécence des tenues vestimentaires féminines. Il ne viendrait à l’esprit de personne de trouver indécent un quinqua mal rasé au ventre mou se promenant en short et en marcel dans une rue fréquentée. »
On aura compris que ce petit lexique parvient à joindre l’utile à l’agréable puisqu’on s’y cultive en s’amusant et que l’esprit qui l’anime est d’une irrévérence précieuse et réjouissante.  

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vendredi, février 03, 2017

Lectures de janvier 2017



1- Axolot : histoires extraodinaires et sources d’étonnement : volume 3 (2016) de Patrick Baud (Delcourt, 2016) 

Avouons-le d’emblée, ce qui m’a séduit le plus dans cette bande-dessinée, c’est moins le graphisme (encore que certaines planches soient vraiment très belles) que le caractère totalement insolite des histoires racontées. Entre un « fantôme » dont le témoignage eut son poids au cours d’un procès et un sculpteur obsédé par la représentation parfaite de sa propre personne, l’ouvrage se présente comme un véritable cabinet de curiosités. Si Patrick Baud et son équipe s’intéressent avant tout au mystère et aux affaires énigmatiques, il termine toujours sur une touche rationnelle ou des suppositions plus ou moins scientifiques (car certaines affaires demeurent irrésolues).
Si tous les récits sont passionnants, je suis moins fan de certaines illustrations mais l’objectif n’est pas ici de distribuer les bons et les mauvais points (d’autant plus que mon manque d’objectivité éclaterait au grand jour si je soulignais la qualité de la BD de Boulet !).
Un beau livre qu’on dévore avec enthousiasme en attendant le prochain volume… 
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 2 -L’atour infernal (1982) de Jules Veine (La Brigandine, 1982)


Dernier des quatre romans publiés par Pierre Laurendeau aux éditions de la Brigandine, L’Atour infernal est une fable extravagante mettant en scène les deux plus puissants pontes de la planète qui décident un beau jour de réaliser, chacun de leur côté, la plus haute des tours. J’ai beaucoup aimé mais je n’en dirai pas plus dans la mesure où je n’ai, pour l’heure, pas d’autres envies qu’une saine oisiveté et, surtout, parce qu’il est possible de commander le livre que j’ai consacré à La Brigandine à l’adresse suivante. Vous trouverez alors une chronique de ce roman signée par l’excellent Gérard Lauve et vous saurez tout… 
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3- La Débauche (2017) d’Esparbec (La Musardine, 2017)

Là encore, inutile d’épiloguer puisque je vous ai déjà parlé de ce beau roman porno ici 
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4- Le Cinéma, art subversif (1974) d’Amos Vogel (Capricci, 2016) 


Célèbre et copieux essai sur le cinéma écrit en 1974 par le non moins fameux Amos Vogel, fondateur d’un des plus influents ciné-clubs d’avant-garde new-yorkais de la fin des années 60. L’objet de son étude est la définition d’un cinéma qu’il nomme « subversif » et qui englobe, de façon plus générale, tous les films qui sortent de la norme hollywoodienne et transgressent les codes en vigueur. Dans une première partie, il revient sur les grands moments de l’histoire du cinéma et à travers l’influence soviétique sur le montage (Dziga Vertov, Eisenstein…), à travers le surréalisme et l’expressionnisme allemand, il dresse le panorama d’une histoire du cinéma s’éloignant à tout prix du canon hollywoodien. Sans nier la culture encyclopédique d’Amos Vogel et son étonnant travail de défrichage, force est de constater que cette partie de l’ouvrage reste la plus « classique » dans la mesure où plus personne ne conteste désormais le génie des cinéastes invoqués. « Subversifs » à une époque, ces courants font désormais partie du patrimoine étudié dans les écoles et de nombreux ouvrages sont venus depuis pour disséquer le « montage attraction » ou « l’écriture automatique » de Dali/Buñuel.
Adoptant le parti-pris de chapitres relativement courts, très théoriques, suivis d’une sélection de nombreuses notules consacrées aux films illustrant ces chapitres, Amos Vogel regroupe par la suite des films subvertissant les règles morales ou esthétiques du cinéma. On trouvera donc des chapitres consacrés aux œuvres abordant de front la représentation du sexe, y compris dans ses pratiques jugées « déviantes » à l’époque (homosexualité, masturbation, etc.) ou celle de la mort. Il sera aussi question du blasphème et du tabou de la naissance. Mais il sera aussi question du cinéma mettant à mal l’idée même de représentation et de projection.
Toutes ces réflexions sont globalement passionnantes et Amos Vogel  décortique les films de manière limpide et avec une rare acuité. S’il fallait néanmoins apporter une réserve (j’aime pinailler), elle serait du côté de l’emploi un peu galvaudé du terme « subversif » (Jeux interdits, subversif ?). En essayant de regrouper tout son corpus derrière cette notion, Vogel prend le risque (et n’y échappe pas toujours) du fourre-tout. Que le cinéma de Leni Riefenstahl présente un intérêt esthétique, c’est une évidence mais j’ai du mal lorsque qu’il est qualifié de « subversif » (même si Vogel parle d’une subversion dangereuse). De la même manière, l’auteur est passionnant lorsqu’il évoque les franges les plus méconnues du cinéma expérimental (ce sont les pages que je préfère) mais pourquoi les associer aux plus banals des films de propagande ?
A cette réserve près, le livre n’a pas volé son titre de classique.
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5- Cami (1976) de Michel Laclos (Editions Seghers. Collection Humour, 1976) 


Au début de sa monographie, l’excellent Michel Laclos se réjouit de la soudaine reconnaissance de Cami, célébré alors par des gens aussi différents que Chaplin (qui le considérait comme le « plus grand humoriste au monde ») ou Prévert. En ces années 70, Jean-Jacques Pauvert a également entrepris un vaste travail de réédition de cet auteur « camique » injustement oublié. Hélas, quarante ans après, force est de constater que l’auteur du Petit corbillard illustré est retourné à une sorte d’anonymat et qu’il ne bénéficie plus aujourd’hui de la notoriété d’un Alphonse Allais ou d’un Pierre Dac. C’est dommage car l’anthologie « camique » en fin de volume montre à quel point l’humour de ces textes peut encore séduire. Certes, les calembours navrants et les jeux de mots foireux ont sans doute un peu vieilli mais ce qui stupéfie chez Cami, c’est sa manière d’échafauder les contes les plus improbables pour terminer par ces chutes navrantes. En ce sens, et bien que Breton ne l’ait pas adoubé dans son Anthologie de l’humour noir, les écrits de Cami ont une dimension, sinon surréaliste, au moins complètement nonsensique.  
Entre un appareil critique tout à faire remarquable et cette sélection de petits contes vraiment très drôles, ce petit ouvrage s’avère très recommandable. 
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6- Harold Lloyd (1970) de Roland Lacourbe (Editions Seghers. Collection Cinéma d’aujourd’hui, 1970)

D’aucuns pourraient trouver que les mythiques collections des éditions Seghers (embrassant la plupart des domaines artistiques) ont un côté un peu ingrat aujourd’hui : format un peu bâtard, illustrations en noir et blanc… Et pourtant, quelles mines d’or ! Si l’on excepte un essai écrit par Raymond Borde publié chez Premier Plan, le Harold Lloyd de Roland Lacourbe est le premier essai consacré à ce grand génie du cinéma burlesque publié en langue française. Abordant sa carrière d’un point de vue biographique, il analyse ensuite l’œuvre d’un point de vue thématique (le personnage de « l’homme aux lunettes d’écaille », le thème de l’ascension sociale…) et esthétique le temps d’un très passionnant tableau des procédés comiques à l’œuvre chez Harold Lloyd. Doté d’une riche bibliographie commentée et d’une filmographie bien complète, cet essai est un incontournable pour les amateurs du grand acteur burlesque. 
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7- Méphista contre Méphista (1969) de Maurice Limat (Fleuve Noir, Angoisse, 1969)


Ce n’est pas (plus) de la paresse mais je réserve la critique de ce roman (déjà rédigée) pour un projet ultérieur…

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samedi, octobre 01, 2016

Lectures de septembre



49- La Vie secrète d’Eugénie Grandet (1981) de Julienne de Cherisy (Editions de la Brigandine, 1981)

Deuxième et dernier roman des collections Bébé Noir/ La Brigandine attribué à Raoul Vaneigem. Nous tenterons de faire le point sur la question dans un article qui sera publié ailleurs et plus tard. 

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50- Les Lèvres nues (1954-1958) (Editions Plasma, 1978) 


Fondée par Marcel Mariën en 1954, Les Lèvres nues fut une revue littéraire qui regroupa toute la fine fleur du surréalisme belge. Il n’est pas question dans le cadre de ces modestes et courts comptes rendus de mes lectures d’entrer dans le détail des théories développées par cette excellente publication. D’un point de vue artistique et littéraire, Les Lèvres nues s’inscrivent dans la tradition des avant-gardes remettant en cause la fonction du langage et ses pièges. Une personnalité comme Paul Nougé a également pu développer au sein de la revue ses théories sur les « objets bouleversants », consistant (je schématise à l’extrême) à subvertir notre champ de la perception à partir d'objets banals. A l’instar des tableaux de Magritte, les surréalistes belges sont beaucoup moins « branchés » sur l’inconscient que leurs homologues français et cherchent avant tout à montrer la trahison des images, des mots et des objets en les plaçant dans des contextes singuliers.
Ce qui vaut pour la peinture, la photo ou les « publicités transfigurées » de Nougé vaut aussi pour les mots et l’on savoure dans la revue les aphorismes géniaux de Louis Scutenaire (« Vous dormez pour un patron », « L’homme tient pour intelligence l’usure de ses facultés d’indignation », « Il est malaisé de rester fidèle à des amis qui ne demeurent pas fidèles à eux-mêmes »), les essais malicieux de Mariën (Le Marquis de Sade raconté aux enfants) et de Nougé.
Politiquement, on sent une évolution de la revue. Dans le premier volume, l’orientation est celle d’un communisme orthodoxe avec des citations de Lénine et un vibrant appel au vote pour le PC belge. Puis l’équipe prend ses distances avec cette ligne orthodoxe et cette dissidence culmine avec l’hallucinante (et assez géniale) Théorie de la révolution mondiale immédiate de Marcel Mariën où l’auteur élabore avec un mélange de sérieux et de dérision une stratégie (basée sur l’observation minutieuse des méthodes capitalistes) visant à provoquer la révolution mondiale.
Passionnante est aussi la participation régulière à la revue, à partir du sixième numéro, des membres de l’internationale lettriste, à savoir Guy Debord (qui y publie le scénario d’Hurlements en faveur de Sade et sa Théorie de la dérive), de Wolman (on peut lire le Mode d’emploi du détournement, co-écrit par Debord) ou Michèle Bernstein.
Cette fructueuse collaboration dit bien la teneur d’une revue qui, peu à peu, oriente ses recherches du côté de la révolution de la vie quotidienne et du « détournement » des divers moyens d’expressions. On trouvera d’ailleurs de longues pages consacrées au scandale provoqué par le film de Mariën L’Imitation du cinéma.
Inutile de dire que cette somme est indispensable pour quiconque s’intéresse aux avant-gardes politiques et artistiques puisque Les Lèvres nues apparaît comme le chaînon manquant entre le surréalisme orthodoxe et l’Internationale situationniste (avec lesquels elle partage le goût du scandale et du canular) 

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 51- La France de Jean Gabin (2016) d’Alain Paucard (Xénia, 2016)


J’ai parlé de ce très court essai ici

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52- L’Horreur d’été (1979) d’Humphrey Paucard (Éditions de la détente, Collection Enquêtes, 1979)


De ce sanglant roman de gare de Paucard, je parlerai sans doute dans une autre publication. 

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53- Impossible ! (1985) de Yak Rivais (L’Ecole des loisirs, 1986) 


J’ai lu, à une époque, pas mal de « littérature jeunesse » dans le cadre de mon travail et pour être au courant. Sans dénier la qualité de certains livres, je dois reconnaître que je suis de plus en plus sceptique quant à cette appellation. D’une part, parce que le succès d’Harry Potter a entraîné dans son sillage une foultitude de sagas fantastiques ou d’héroic fantasy sans grand intérêt. D’autre part, parce que cette « littérature jeunesse » me semble souffrir d’un énorme défaut : son caractère édifiant. Dans la plupart des cas, il faut que les récits soient portés par un grand « thème » (l’exclusion en premier lieu, les souvenirs de la guerre, la différence, etc.) et les auteurs peinent souvent à se sortir d’une vision sociologique assez mélodramatique et bien-pensante (en gros : la guerre, le racisme, la violence : c’est mal). Sous prétexte qu’ils s’adressent à un « public cible » (ce qui, en soi, est déjà une aberration), ces romans sont souvent dénués de style et font rarement appel à l’imagination (en ce sens, on peut quand même louer Harry Potter d’avoir su créer un véritable univers cohérent et merveilleux).
Rien de cela dans les petits contes de Yak Rivais dont l’univers s’apparente davantage à celui d’un Lewis Carroll, Marcel Aymé ou des contes de fées d’autrefois. Même si ses courts récits s’inscrivent toujours dans un contexte réaliste (l’école, la plupart du temps), ils bifurquent rapidement vers le fantastique et le merveilleux. Mais ce basculement s’opère avant tout par la grâce du langage et le jeu sur les mots. Plutôt que de chercher à jouer sur la psychologie, l’auteur s’appuie sur son expérience d’instituteur pour inventer des personnages qui seraient comme des images transfigurées de ses élèves. Ainsi, la petite fille timide deviendra dans ces contes une enfant avec le pouvoir d’invisibilité tandis que le colérique sera capable de provoquer une immense catastrophe dans la ville en se fâchant et en décuplant ses forces. Il y a aussi un côté OULIPO chez Yak Rivais, notamment dans le très amusant L’enfant qui se trompait de mots puisque le petit héros confond les mots et parle, par exemple, « d’ivrognes dans le porte-monnaie » au lieu de « sous » (« saouls »). Du coup, le conte lorgne du côté de l’absurde le plus réjouissant et s’offre même le luxe de petites notations irrévérencieuses :
« « Bigre ! » dit l’oncle. Ce gamin a l’art de rendre incompréhensible les propositions les plus claires ! Il faudra en faire un politicien ! » ».
Les contes composant Impossible ! parviennent à parler de l’enfance sans avoir recours aux lamentations sociologiques ou psychologiques mais en jouant la carte de l’humour, de la fantaisie et du merveilleux. Et c’est délicieux…

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