La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

dimanche, décembre 28, 2014

Pour 2015

Cette fois, c'est bon ?
On arrête tout, on réfléchit et c'est pas triste ?


C'est peut-être pour bientôt, il faut commencer à dire au revoir :

- Au revoir, pognon !
- Au revoir, chef !
- Au revoir, aumône !
- Au revoir, vieille bécane !
- Au revoir, trombones ! épingles !
- Au revoir, paperasses ! Adieu tampons !
- Au revoir, volant !
- Au revoir, les bagnoles !
- Au revoir, la publicité !
- Au revoir, la télé ! Au revoir les histoires d'esclaves à problèmes ! Les chansons d'esclaves ! Les débats entre esclaves ! Les discours de maîtres !
- Au revoir, les fringues modes d'une saison ! Au revoir, le prêt-à-jeter ! Au revoir, les poubelles pleines de notre travail inutile !
- Au revoir, monsieur.

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vendredi, août 15, 2008

Bibliothèque idéale n°38 : l'Antiquité et nous

Théâtre complet (425 av JC, 388 av JC) d’Aristophane (Gallimard. Folio. 2 tomes)


C’est peu dire que je n’y connais rien en littérature antique. A part Xénophon, lu dans le cadre de mes abécédaires, et quelques œuvres de Platon étudiées en cours de philosophie en terminale, je ne me suis jamais décidé (à tort !) à me plonger dans la tragédie antique ou les poèmes épiques de l’antiquité.

Dans le cadre de la « bibliothèque idéale », j’ai décidé de m’attaquer au théâtre d’Aristophane, soit 11 pièces et un peu plus de 1000 pages (vous comprendrez ainsi mon silence radio depuis quelques temps, d’autant plus que ma lecture a été interrompue par quelques jours passés loin de chez moi !).

Même si on frise parfois l’indigestion à ingérer d’un bloc toutes ces pièces, je dois reconnaître que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir cet auteur comique, féroce pamphlétaire et habile satiriste des mœurs de son temps, n’hésitant pas à recourir aux effets les plus gras (scatologie, allusions scabreuses…) et les plus « hénaurmes » pour faire rire.

Ne comptez pas sur moi pour vous offrir une fine analyse de toutes ces pièces et je demande pardon par avance aux hellénistes pour les quelques platitudes de base que je vais débiter sur le théâtre d’Aristophane.

Je distinguerais de manière très schématique trois Aristophane : le pacifiste, l’utopiste et le polémiste littéraire.

Composées pendant la guerre du Péloponnèse, les premières pièces du dramaturge (du moins, celles qui n’ont pas été perdues) sont marquées par une verve anti-belliciste de fort bon aloi. Aristophane s’en prend violemment aux démagogues qui règnent sur la Cité d’Athènes et particulièrement à son vieil ennemi Cléon qu’il prend directement à parti lorsqu’il le met en scène dans Les cavaliers.

Dans Les Acharniens, l’auteur prend comme héros un brave citoyen (que le traducteur Victor-Henry Debidour nomme « Justinet ») qui décide devant la folie de ses concitoyens de conclure pour lui-même une trêve. Etant le seul à mettre fin aux hostilités, il montre ainsi aux spectateurs qu’ils n’ont que des avantages à espérer de la paix : les affaires de Justinet reprennent et alors que l’horrible « Vatenguerre » reprend le chemin du combat, notre bonhomme se prépare à faire bombance…

Dans Les cavaliers, sans doute le plus virulent des pamphlets aristophanesques, le peuple d’Athènes est personnifié par un vieil homme tombé sous la coupe d’un démagogue belliciste qui s’avère être Cléon. Arrive pour lui succéder un marchand de boudin, personnage à vrai dire assez filou. Aristophane met en scène le duel entre ces deux hommes qui tentent de gruger le peuple (un des serviteur l’annonce clairement « mener Lepeuple, ce n’est plus l’affaire d’un homme bien éduqué et de mœurs honorables. Il en faut un qui soit ignare et crapuleux. ») Encore une fois, la paix est le seul salut pour l’auteur de la pièce qui s’en prend violemment aux dirigeants de la Cité mais qui n’épargne pas plus l’assemblée passive des citoyens qui se laisse gouverner.

Dans La paix, c’est un brave vigneron athénien qui grimpe jusqu’à l’Olympe pour aller y dénicher la paix. Il réalise que les dieux ont déserté les lieux (dégoûtés qu’ils sont par la folie des hommes) et qu’il ne reste qu’Hermès et la Guerre. Encore une fois, toute l’argumentation de la pièce tend à prouver les avantages incommensurables d’une trêve entre Athènes et Sparte et de la réconciliation des peuples.

Parallèlement à ces attaques frontales contre la guerre qui affame ses concitoyens, Aristophane s’en prend aussi à la manie des jugements intempestifs dans Les guêpes. Et c’est peu dire que les railleries de l’auteur contre son personnage atteint de « judicardite » n’ont pas pris une ride à notre époque où rien ne semble pouvoir se résoudre sans procès et soumission totale à l’institution judiciaire !

Dans le délicieux et pratiquement constamment obscène Lysistrata, Aristophane imagine également un bon procédé pour cesser toutes les hostilités : que les femmes fassent la grève et refusent en bloc le devoir conjugal. Nul doute qu’obsédés par leur membre viril, les hommes cessent immédiatement de se préoccuper de la guerre pour revenir à des occupations plus saines ! J’ai trouvé cette pièce assez tordante dans son énormité et la franche gaillardise qui s’y manifeste m’a paru revigorante (et toujours d’actualité : si les femmes cessaient de se complaire dans leur rôle de victime et refusaient leurs charmes à quiconque les bat, les met sous des voiles immondes ou se conduit comme un gros beauf autoritaire, nul doute que le comportement des hommes se mettrait à changer !). Lysistrata illustre aussi, d’une certaine façon, la veine utopiste d’Aristophane qu’on retrouve dans les oiseaux où, las du comportement des hommes, deux individus décident de fonder une communauté idéale avec les oiseaux, perchée entre les hommes et les dieux.

Dans L’assemblée des femmes, on retrouve la prééminence des décisions féminines de Lysistrata puisque les citoyennes décident de gouverner la cité et déclarent le communisme intégral (communauté des biens régie par l’Etat et communauté des personnes, avec une priorité pour les hommes et femmes laids et vieux afin qu’ils ne soient pas délaissés par les gâtés par la nature : un peu de justice, quoi !). Quand à Plutus, il s’agit d’une satire liée au dieu Argent, dieu que l’auteur montre comme plus puissant que Zeus. Sauf que ce dieu est aveugle et qu’il ne favorise que les coquins. Il s’agira donc pour le héros de la pièce de le guérir et d’offrir ainsi l’abondance aux honnêtes gens.

A côté de ces charmantes utopies, Aristophane n’hésite pas à se livrer à des polémiques littéraires et à démolir ses contemporains. Dans Les nuées, il raille l’enseignement de Socrate dont un père de famille veut user uniquement pour ruser avec ses créanciers. Dans les Thesmophories, c’est à Euripide qu’il s’en prend en mettant en scène une assemblée de femmes (encore !) bien décidée à condamner le tragédien qui se permet de les dénigrer dans ses pièces. On retrouve Euripide dans Les grenouilles, drôle de pièce où Dionysos se rend aux Enfers pour venir récupérer le meilleur des poètes décédés. Eschyle et Euripide vont donc se livrer à une joute verbale pour déterminer lequel a la plus de valeur et c’est le premier, bien entendu, qui va l’emporter.

On reste assez étonné que dans le cadre de comédies populaires, Aristophane se permette d’introduire des pastiches assez savoureux des grandes tragédies d’Euripide et d’Eschyle et des débats littéraires pour faire rire les spectateurs. On imagine mal, comme le souligne le traducteur, un dramaturge contemporain décidant de faire rire en parodiant Racine et Corneille et en mettant en scène leurs mérites respectifs !

Voilà donc un petit panorama, forcément très réducteur, du théâtre d’Aristophane qui n’a rien perdu de sa verve et de sa saveur.

Me conseillez-vous d’autres auteurs antiques pour notre « bibliothèque idéale » ?

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dimanche, mai 04, 2008

Le savoir-vivre de Vaneigem

Entre le deuil du monde et la joie de vivre (2008) de Raoul Vaneigem (Verticales)




S’il ne fallait lire qu’un livre pour comprendre « l’esprit » de Mai 68, c’est bien entendu le Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations de Raoul Vaneigem qu’il faudrait choisir. Et puisque nous sommes en période de commémorations, la sortie du dernier essai de l’auteur du Livre des plaisirs vient à point nommé pour mesurer à quel point l’homme est resté fidèle à ses combats d’antan (combien sont-ils à pouvoir en dire autant ?) et combien sa pensée reste précieuse en ces temps moribonds.

Sous-titré les situationnistes et la mutation des comportements, ce livre laisse penser que Vaneigem se penche sur son passé au sein du groupe et en analyse le fonctionnement.

Las ! Ceux qui s’attendaient à des révélations fulgurantes ou à un témoignage détaillé sur la vie de cette désormais mythique Internationale Situationniste (mythique car demeurant la seule organisation à ne s’être pas fourvoyée dans les idéologies les plus tartignolles de la fin des années 60 et à avoir dénoncé l’horreur du maoïsme et du stalinisme renaissant sous diverses formes à travers le monde) seront déçus.

L’auteur y fait bien quelques allusions mais ce n’est en fait qu’un prétexte pour poursuivre les analyses qu’il étaye depuis près de 50 ans ! A travers son expérience au sein de l’IS, il reprend les thèmes développés alors, ceux qui sont toujours d’actualité (l’émancipation de l’individu, la volonté de vivre plutôt que de survivre, la lutte pour se libérer des prisons du travail et de la consommation afin d’assouvir ses désirs…) et les impasses auxquelles il a été confronté (la réponse de la violence par la violence, le système des exclusions au sein du groupe qui relève de l’instinct de mort et du bouc émissaire…).

En bon disciple de Stirner (la révolte qu’il propose est strictement individuelle et ne prend racine qu’à partir du désir des individus : « La volonté d’émancipation est incompatible avec la volonté de l’imposer ») et de Fourier (Vaneigem ne se réfère qu’aux désirs, aux plaisirs et aux affinités électives) ; l’auteur analyse avec une véritable lucidité l’état de notre monde actuel livré aux saccages que lui font subir les marchands et les boursicoteurs.

Lorsqu’on reste dans le domaine de la critique, le livre s’avère très fort et témoigne d’un regard qui n’a rien perdu de son acuité :

« Ainsi, au rythme de la crétinisation publicitaire, le culte de la mode s’est-il érigé en critère d’excellence et d’exclusion. L’emprise du marché exerce sur l’enfance un pouvoir de subornation qui substitue au désir d’être soi cette envie de paraître essentiellement compétitive, d’où procèdent l’agressivité, la frustration, la violence, l’instinct prédateur. »

Vaneigem se livre aussi à de très belles remises en question du travail salarié à quoi il oppose le pouvoir de la création. Comme dans Modestes propositions aux grévistes, il milite pour la gratuité, notamment de tout ce qui relève du bien public (la santé, l’éducation, le logement, les transports en commun…).

D’aucuns lui reprocheront sans doute de rester totalement cloîtré dans son système utopique mais Vaneigem élude le reproche en s’en prenant à la servitude volontaire et au pouvoir de résignation des individus quand tout indique que la société livrée aux prédateurs et mafieux de l’économie les conduit vers l’abyme.

Néanmoins, s’il fallait quand même faire quelques petites réserves sur Entre le deuil du monde et la joie de vivre, outre son caractère un brin répétitif (finalement, Vaneigem reprend sans arrêt le même livre) ; c’est qu’alors même que l’auteur professe sa méfiance pour l’intellectualisme, il offre en pâture aux lecteurs des termes comme « vie », « vivant », « désir » qui finissent par paraître presque abstraits faute d’une définition précise. Je vois parfaitement ce que peut être la « survie » (l’obligation de se vendre pour un salaire permettant de manger et de se loger en attendant la sortie du bagne en fin de semaine ; sortie qui n’offre d’ailleurs qu’un itinéraire balisé à l’intérieur des plaisirs consommables !) mais qu’elle est cette « vie » que lui oppose Vaneigem ?

Est-ce ce retour à des sociétés de cueillette pour lesquelles il semble avoir de l’affection ? Et en quoi ce retour à la nature paraît plus « désirable » qu’une soirée au cinéma ou même dans un stade de foot ? (je fais exprès de prendre ce dernier exemple car si j’ai horreur du sport, j’ai bien conscience que le désir de certains peut également se nicher de ce côté-là )

Je sais bien que je caricature : Vaneigem ne prône jamais le retour à la nature et la vie en communauté (qui ne me paraît pas plus « authentique » que celle vécue dans le cadre de l’esclavage salarié !) mais les notions qu’il emploie sans arrêt me paraissent presque trop abstraites pour être opératoires (de la même manière, qu’est-ce que cette « création » à laquelle il fait toujours allusion en l’opposant au travail : est-ce des œuvres d’art ? de l’artisanat ? du bricolage ? des découvertes scientifiques ? Et est-ce que tout le monde en est capable ?)

Ces quelques réserves ne doivent pas empêcher de se plonger dans cette pensée fertile qui dresse un constat terriblement juste de l’état de notre monde. Les solutions apportées, même si certaines me paraissent frappées au coin du bon sens (gratuité, fin du travail…), me semblent encore un peu confuses.

Mais n’ayons pas peur de tout réinventer :

« Rien n’est impossible à celui que n’arrête pas l’improbable »…

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mercredi, juin 27, 2007

L'impossibilité d'une île

Tous les feux le feu (1966) de Julio Cortázar (Gallimard. L’imaginaire. 2004)

Le premier réflexe qui vient face à un recueil de nouvelles, c’est de le trouver inégal. La règle ne souffrira pas d’exception cette fois ci puisque sur les huit récits proposés par Cortázar, certains m’ont semblé de pures petites merveilles (L’autoroute du sud, Mademoiselle Cora…) tandis que d’autres m’ont laissé un peu de marbre (Réunion, l’autre ciel).

Le deuxième réflexe serait de tenter de dégager une unité de l’ensemble, qu’elle soit thématique ou stylistique. La chose n’est, au premier abord, pas facile avec Tous les feux le feu. Qu’ont en commun, en effet, certains récits dont le cadre de départ s’inscrit dans le plus banal des quotidiens (un embouteillage sur l’autoroute du sud, un homme qui assiste à une représentation théâtrale…) et qui basculent insidieusement dans l’insolite, le fantastique (l’embouteillage se prolonge des jours puis des mois entiers, le spectateur est convié à incarner sur les planches un personnage dramatique…) ; et ceux dont la facture s’avère plus « classique » (une famille qui s’organise pour cacher la mort d’un de ses membres à la mère malade, les relations conflictuelles mais affectives entre une infirmière et un jeune garçon opéré de l’appendicite) ? Quel lien entre le « nous » de la nouvelle Réunion et la multitude de points de vue sur lesquels est bâtie Mademoiselle Cora ou encore les histoires parallèles de Tous les feux le feu?

Bizarrement, c’est une nouvelle un peu en retrait (en tous cas, pas ma préférée), celle intitulée L’île à midi, qui donne peut-être une clé pour trouver un fil conducteur. On y voit un steward devenir de plus en plus fasciné par une île qu’il ne cesse de survoler avant de finir par pouvoir y aller. Or la plupart des nouvelles de ce recueil (si ce n’est toutes !) fonctionne sur ce même désir d’utopie : utopie d’une nouvelle organisation des rapports humains en privilégiant la pause à l’éternelle fuite en avant (la métaphore de l’embouteillage dans l’autoroute du sud) ; utopie du groupe soudé, que ce soit la famille dans La santé des malades ou les combattants de Réunion (si j’aime moins cette nouvelle, c’est qu’émanant d’un écrivain d’origine sud-américaine, cette histoire de guérilla s’ouvrant sur une citation du Che m’a paru plus convenue) ou utopie d’une littérature prenant en compte tous les points de vue pour trouver des points d’accord (Mademoiselle Cora, Tous les feux le feu)

Mais, corollaire de ces aspirations utopiques, la catastrophe finit par arriver et comme dans Directives pour John Howell où le spectateur devient acteur d’une pièce de théâtre et tente de se révolter contre cette condition de pantin manipulé par d’inquiétants démiurges ; l’homme n’échappe pas à son Destin.

En brouillant les pistes temporelles (Tous les feux le feu met en parallèle une histoire se déroulant pendant les jeux du cirque romain et une histoire contemporaine ; l’autre ciel débute sous le second Empire et fini en convoquant les souvenirs des deux guerres et d’Hiroshima), Cortázar souligne le caractère inéluctable de la destinée humaine.

Le fond des nouvelles est plutôt pessimiste (les séparations finales de l’autoroute du sud, la famille de La santé des malades dont l’union ne repose finalement que sur le mensonge…) et reviennent régulièrement des images de crashs aériens et d’incendies. Mais le livre n’a rien de dépressif et l’auteur parvient à souligner la vanité de nos existences en privilégiant plutôt leur caractère insolite.

Et la manière qu’il a de basculer du réalisme à une espèce de fantastique discret fait tout le prix, au bout du compte, de ce recueil de nouvelles.

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