La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

lundi, juin 11, 2007

Une famille en or

Les ogres de barback. Du simple au néant



Revenons donc aux Ogres de Barback puisque leur nouvel album, le sixième en studio, est sorti dernièrement. Du simple au néant confirme qu’au cœur de cette nébuleuse que constitue la scène alternative française (et plus particulièrement cette tendance lourde du « rock guinguette »), les Ogres restent le groupe le plus passionnant et le plus inventif du moment.

L’album s’inscrit dans la droite ligne des disques précédents et s’avère donc réjouissant. Unique bémol : la verve anarchisante des débuts (ah ! les sublimes Rue de paname ou Grand-mère !) s’est un peu tarie au profit d’une bonne conscience de gauche qui frôle parfois la pleurnicherie. Même si les combats du groupe sont « nobles », on est en droit de trouver un peu trop insistantes les grandes orgues sorties pour Jérôme (hymne à la tolérance envers les homosexuels), un peu déplacés les pleurs d’enfants sur Brebis galeuses (évocations de la déportation des enfants juifs pendant la dernière guerre) ou encore un peu convenu le coup de la repentance sur Pardon Madjid.

Cette dernière chanson prouve néanmoins que les Ogres savent fédérer les talents autour d’eux et provoquer de belles rencontres (je vous conseille le sublime double DVD de la tournée des 10 ans ou absolument TOUS les groupes indépendants, de Marcel et son Orchestre à Tryo en passant par Debout sur le zinc et la rue kétanou sont venus participer à cet exceptionnel anniversaire) puisqu’ils y ont invité Magyd Cherfi, le chanteur de Zebda. Autre belle surprise : la participation de la chanteuse allemande Kiki (du groupe 17 hippies) sur le joli morceau Pas bien.

Musicalement, ça reste aussi dans la lignée de ce qu’ont toujours fait les ogres : valse musette rigolote (Con et blasé), cocktail détonnant de rock et d’accordéon (l’entraînante Marée basse que j’aurais aimé entendre au concert) mêlé aux sonorités tziganes (un peu moins ici) et aux fanfares (Eh oui !).

On peut néanmoins noter quelques aspects un peu nouveaux : un peu de world music (Destin artificiel, pas mon morceau préféré), un « parlé chanté » à la Loïc Lantoine assez réussi sur Brebis galeuses et un très beau morceau instrumental, adagio sur lequel les ogres insèrent des textes d’Hubert Reeves et Daniel Mermet (Pour tant qu’il y aura des hommes).

L’ambiance de l’album est à l’image de celle qui règne durant leurs concerts : chaleureuse, festive et entraînante.

J’ai parlé hier du talent d’instrumentiste de cette famille hors du commun (je rappelle que le groupe est constitué de deux frères et de leurs sœurs jumelles) puisque chaque membre joue d’au moins trois ou quatre instruments différents et des plus divers (de l’hélicon à la contrebasse en passant par le violon et l’accordéon). Mais il faut aussi évoquer les textes, comme celui assez magnifique d’Il ne restera rien, sans doute le plus beau morceau de l’album dont les paroles rappellent Léo Ferré. Les Ogres restent de talentueux conteurs et on est en droit de préférer la nostalgie amusée de C’est beau aux tartes à la crème de la bonne conscience de gauche (plus de virulence révoltée, à la Ferré ou Brel, me plairait davantage) qui alourdissent ça et là le CD.

A cette petite réserve près (détail assez mineur au vue du résultat global), Du simple au néant est une nouvelle grande réussite de cette famille en or qu’est Les ogres de barback…

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