La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

lundi, mars 20, 2006

Temps suspendu


Certains albums vous transportent et vous convainquent dès la première écoute tandis que d’autres ne se donnent pas immédiatement et c’est à mesure que s’habitue l’oreille qu’ils dévoilent leur charme entêtant. Temps suspendu, le dernier album des Hurlements d’Léo fait partie de cette deuxième catégorie. En rompant avec un certain train-train du rock guinguette, éthylico-festif dont ils furent les précurseurs, le groupe nous oblige à revoir nos habitudes en dessinant de nouveaux motifs autour d’une ligne qui reste néanmoins la leur.
Quatre albums studio, un album live auxquels on peut ajouter la belle aventure d’Un air, deux familles (une tournée en commun avec les Ogres de barback et un album live tiré de l’expérience) et un mini-CD très réussi réalisé en compagnie des cousins allemands de 17 Hippies ; les HDL pourraient faire figure de fer de lance de cette nouvelle scène française néo-réaliste, mêlant la complainte de l’accordéon à des rythmes slaves et manouches.

Sauf que le groupe a beaucoup tourné à travers le monde (des Etats-Unis à la Russie en passant par l’Australie) et qu’il semble désormais vouloir s’ouvrir à toutes sources d’inspiration, à s’imprégner de nouvelles images (qu’on se souvienne de la très belle chanson Kaléidoscope dans leur précédent album). Et c’est cet éclectisme qui frappe à l’écoute de Temps suspendu. Dès la deuxième plage, on est surpris d’entendre un morceau hommage à Gainsbourg (I’m a freak) et, dès lors, on ne cessera de naviguer entre des styles différents.
Cela ira de la superbe ballade il, où la voix éraillée et douloureuse de R1 Wallace fait merveille au rock un peu primaire avec ses riffs violents de guitare électrique de Mon spectacle débile (où le chanteur est moins convainquant). Entre temps, il y aura eu le swing jazzy des tigres et des panthères, des cordes orientalisantes sur Bulle et Toujours, un peu de reggae (Icone.com) et de ska (un viatique qui fait penser à la Ruda).

Paradoxalement, ce mélange ne nuit pas à l’unité de l’album qui n’est peut-être pas le plus directement séduisant du groupe (ne surnagent pas des « tubes » comme le café des jours heureux ou Louise) mais témoigne d’une évolution intéressante. On quitte un peu l’ambiance des bas-quartiers et des bistrots cradingues pour une chanson plus imagée, qui sait prendre son temps. Parfois, cette chanson se fait engagée pour dénoncer les trafics internationaux (I’m a freak) ou pour botter le cul des chanteurs bien-pensants des Restos du cœur.
Cela ne va pas très loin mais entendre :
« Vivement dimanche
De l’audience, c’est Byzance
Le propos est rance
Les play-back pas soignés
Des beaux sentiments
La photo des enfants
Des bouches pleines de dents
Sous vos applaudissements
Nous faire oublier
Les enfoirés qu’ils étaient
Enfoirés d’un jour
Enfoirés pour toujours » ; ça fait toujours plaisir. (Et l’allusion à cette buse de Pagny est fort bien vue).

Textes élégants, des rythmes qui finissent par trotter dans la tête : Temps suspendu mérite le détour. D’autant plus que les HDL, qui prennent toute leur ampleur sur scène entament une nouvelle tournée. Ne les manquez pas s’ils passent vers chez vous. Nous vous en reparlerons fin mai…

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