Voyage dans les lunes
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Je suis une légende (1954) de Richard Matheson (Denoël. Folio SF. 2008)
Pour être tout à fait sincère, la science-fiction n’est pas un genre qui m’attire a priori. Je vais m’y mettre sérieusement grâce à la collection Chute libre de Champ libre (un Farmer m’attend) mais je n’y connais pas grand-chose et garde toujours en tête les clichés relatifs aux invasions martiennes ou à l’avènement du règne des robots qu’ont véhiculés les séries B américaines.
Pour ne pas prendre de risque, je me suis dirigé vers l’œuvre de Richard Matheson. Je ne connaissais pas ses livres mais j’avais en mémoire l’excellent film de Jack Arnold l’homme qui rétrécit dont l’écrivain fut scénariste. De la même manière, c’est sans doute grâce à lui que Spielberg peut se vanter d’avoir réalisé, et de très loin, son meilleur film (Duel).
Je ne sais pas ce que vaut la récente adaptation cinématographique de Je suis une légende mais toujours est-il que le roman est absolument formidable.
Nous sommes dans un futur proche (en fait, en 1976 !) et Robert Neville semble être l’unique survivant d’un gigantesque cataclysme. Dernier des hommes, il doit organiser son existence jour après jour et se cloîtrer la nuit pour échapper aux attaques des vampires qui l’entourent.
Entre la chasse aux vampires le jour et ses recherches sur les origines de l’épidémie qui a amené la catastrophe ; Neville doit également affronter une terrible solitude et la folie qui le guette…
Tous les ingrédients de la SF sont présents : anticipation du futur, tentatives de donner des explications scientifiques et rationnelles (les recherches de Neville sur la maladies qui nous valent des passages assez techniques mais jamais rébarbatifs) pour des phénomènes nouveaux et fictifs et une bonne dose d’action. Dès la fin du quatrième chapitre, notre homme se laisse piéger par le temps et doit combattre les vampires pour retrouver la paix de son logis.
A côté de ces « recettes » somme toute assez classiques, Je suis une légende se distingue par la manière dont Matheson parvient à décrire précisément le quotidien de son héros désemparé. Ses états d’âme, du plus grand désespoir aux périodes d’euphorie, sont présentés avec une rare justesse et une acuité pénétrante. L’auteur parvenant à suggérer à merveille le poids de la solitude, la torture des désirs (Neville doit désormais mener une vie chaste) et la folie qui règne dans les parages.
Mais c’est surtout la dimension « existentialiste » du roman qui m’a particulièrement séduit. Comme dans l’homme qui rétrécit, Je suis une légende montre la condition d’un homme confronté à l’immensité d’un univers qui le dépasse et dont il ne connaît ni les tenants, ni les aboutissants. On pourra voir dans le roman certaines métaphores qui renvoient aux périls que connaissaient le monde à l’époque de la « guerre froide » (la menace nucléaire et la contamination bactériologique, le communisme, représenté par cette société que forme une certaine catégorie de vampires à la fin du roman…) ; mais il me semble que Matheson cherche surtout à montrer l’incroyable petitesse de l’Homme au cœur du cosmos et sa solitude face au silence de Dieu.
Le livre est incroyablement pessimiste (j’aimerais voir le film pour savoir si cette dimension est toujours présente) et certains passages (je pense à ce moment où Neville tente d’apprivoiser un chien survivant) sont particulièrement bouleversants par la manière dont ils font naître un espoir qui disparaîtra aussi vite qu’il est apparu.
Une fois de plus, voilà un roman qui m’a donné envie d’en savoir plus sur son auteur et nul doute que je me pencherai plus tard sur d’autres œuvres de Matheson (que vous ne manquerez pas de me conseiller !)
La question rituelle que vous attendez tous : quels livres de science-fiction vous paraissent indispensables pour une bibliothèque idéale ?
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