La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

vendredi, septembre 20, 2019

Voyage dans les lunes

Le Chant des lunes (2019) de Michel Ettewiller (Michel Ettewiller, 2019) 





« Quelques-uns, disait-on, vivaient toujours chez les Tsûrâniya et les Hân’iziyû, mais de leur semence ne seraient nées que des filles. Grâce au tembô, « le Don de Yânat qui réjouit les amantes », les Hâppanoubês n’avaient jamais été menacées d’extinction mais, de l’usage de cet objet aussi vieux que les Lunes, ne naissaient, là encore, que des femelles. » 

Il aurait été malhonnête d’extraire ce passage de son contexte s’il apparaissait en milieu de roman puisque tous ces termes étranges auraient pu être explicités auparavant. Mais il arrive à la page 26 et me semble parfaitement représenter la teneur de ce roman. Il s’agit en effet d’un livre de science-fiction « pure et dure » avec dix-huit termes inventés par page et l’élaboration d’un univers entièrement imaginaire situé dans un futur lointain, alors que la vie sur terre n’est plus qu’un vague souvenir et que les espèces cohabitent à des milliers d’années-lumière du cœur de la Voie lactée, après une grande Diaspora…
En suivant les traces d’un voyageur de l’espace, Hanké Tanner, aux confins de l’Œcumène, Michel Ettewiller invente toute une mythologie qui doit autant à la mythologie grecque, à la Bible qu’aux classiques du « space opera » avec quête des origines et de nombreuses aventures spatiales. Pour les amoureux du genre, Le Chant des lunes me semble tout à fait recommandable dans la mesure où l’auteur possède un style, un univers et qu’il sait le faire vivre grâce à une écriture fluide et ciselée. 

Cependant, et même si ce n’est pas une critique, je dois confesser que d’un point de vue très subjectif, je reste plutôt hermétique non pas à ce roman (encore une fois, bien écrit) qu’au genre en général, qu’il s’agisse de cette science-fiction totalement déconnectée de références « réelles » ou de la « fantasy ». J’ai systématiquement des appréhensions lorsqu’un livre débute par une carte de contrées imaginaires (Tolkien et Cie) ou se termine, comme c’est le cas ici, par un dictionnaire de 10 pages pour expliciter les termes utilisés (et encore, pas tous). Autant j’adore le fantastique qui sait faire surgir le surnaturel au cœur d’un environnement « réaliste », autant mon cerveau est incapable de rentrer dans ces univers futuristes et ces projections technophiles.
Mais encore une fois, il ne s’agit que de moi et le roman a tout pour séduire les amateurs de robotique, d’Intelligence Artificielle, de conflits entre deux peuples extra-terrestres soumis aux esprits de Lunes antagonistes, de guerrières géantes et de belles zombies aux pouvoirs divinatoires…
A vous de tenter et de me dire…
 


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jeudi, décembre 24, 2009

Fin de siècle

Les racines du mal (1995) de Maurice G.Dantec (Gallimard. Folio Policier. 2001)

Il y a une véritable difficulté à parler aujourd’hui de l’œuvre littéraire de Maurice G.Dantec en faisant abstraction de ce que ce sinistre individu est devenu aujourd’hui (je vous renvoie à ce monument de bêtise fumeuse et xénophobe que constitue sa dernière « intervention »).
Celui qui citait à ses débuts Baudrillard, Deleuze et les situationnistes a aujourd’hui rejoint les pénates nauséabonds de Maurras et De Villiers, le tout saupoudré d’un messianisme yankee dont la puissance intellectuelle n’est pas loin de valoir celle des plus percutants aphorismes du peu regretté Georges Bush !
Bref, Dantec est un con, et ça ne fait aucun doute. Le problème, c’est qu’il est aussi (était ?) un écrivain. Sans adhérer à tous ses propos, je dois reconnaître avoir été séduit par la forme hybride et assez passionnante de son Théâtre des opérations (le premier tome de son « journal »). Je n’avais jusqu’à présent lu aucune de ses fictions et je me suis plongé avec une véritable curiosité dans Les racines du mal, son deuxième roman après La sirène rouge.

Force est de le reconnaître, Dantec fait preuve ici d’un véritable souffle d’écrivain. Lancé sur les traces d’un tueur en série (le redoutable et totalement allumé Andreas Schaltzmann), le lecteur se demande d’ailleurs comment l’auteur va parvenir à mener à bien son récit tant tout semble dit dans les cinquante premières pages d’un roman qui en compte 750. Pas de suspense à proprement parler mais une cavale haletante qui rebondit au moment où celui qui deviendra le narrateur principal du livre (Darquandier alias « Dark ») réalise qu’un deuxième tueur est sans doute en train d’agir parallèlement aux exactions de Schaltzmann.

L’un des intérêts des Racines du mal, c’est la façon dont Dantec parvient à mélanger le polar musclé (nous sommes, au départ, dans un thriller à l’américaine) et la science-fiction. Après la traque et l’arrestation du « serial killer » paranoïaque et schizophrène qui se déroule à une époque contemporaine (début des années 90), le récit rebondit sur une enquête menée dans un futur proche, où Dark et sa complice Svetlana utilisent les nouvelles technologies (notamment une « neuromatrice », sorte de clone humain dont l’intelligence artificielle permet de résoudre bien des énigmes et de projeter les enquêteurs dans un univers « virtuel ») pour résoudre le mystère de ces atroces meurtres en série qui semblent se propager en Europe.
Les racines du mal pourrait être cité comme exemple type de cette littérature qu’on qualifia à l’époque de « cyberpunk ». Dantec anticipe avec parfois une certaine justesse un monde où tout s’échafaude par des réseaux. Il remet au goût du jour (l’informatique, la cybernétique, le virtuel…) les vieux thèmes de la science-fiction comme cette crainte que les machines engendrées par l’homme finissent un jour par les remplacer dans une parfaite logique darwinienne (c’était déjà le thème de 2001, l’Odyssée de l’espace).
Parfois, il nappe le tout dans de pseudo-théories un peu fumeuses (on se passerait parfois de ce vocabulaire technologiste qui a souvent bien vieilli et de termes comme « fractale » répétés ad nauseam ) mais il parvient le plus souvent à nous emporter dans un récit dense, astucieusement construit et plutôt bien vu.

Même si Dantec commence déjà à tout mélanger (cette obsession d’un complot nazi, le millénarisme le plus naïf, les amalgames parfois douteux entre les théories du « jeu » chères à Baudrillard et aux situationnistes et la pratique des tueurs en série…), il réussit à nous plonger dans un univers pertinent, à la fois si loin et si proche et à ne plus nous lâcher (même si la fin est un peu décevante).

Reste qu’on est aussi tenté de lire l’évolution de l’écrivain à l’aune de ses premiers écrits. Il est amusant, en effet, de constater que les symptômes (purement littéraires) de son « serial killer » (obsession d’un grand complot extra-terrestre/nazi, paranoïa délirante…) sont peu à peu devenus ceux de Dantec lui-même, toujours prompt à déceler des menaces mortelles pour la « civilisation occidentale » derrière le moindre individu venant de l’autre côté de la Méditerranée ou du Bosphore !

Ces obsessions étaient intéressantes lorsqu’elles restaient celles d’un romancier. Maintenant qu’elles embrument le cerveau d’un individu, elles sont méprisables et risibles…

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dimanche, juin 01, 2008

Bibliothèque idéale n° 21 : La science-fiction

Je suis une légende (1954) de Richard Matheson (Denoël. Folio SF. 2008)



Pour être tout à fait sincère, la science-fiction n’est pas un genre qui m’attire a priori. Je vais m’y mettre sérieusement grâce à la collection Chute libre de Champ libre (un Farmer m’attend) mais je n’y connais pas grand-chose et garde toujours en tête les clichés relatifs aux invasions martiennes ou à l’avènement du règne des robots qu’ont véhiculés les séries B américaines.

Pour ne pas prendre de risque, je me suis dirigé vers l’œuvre de Richard Matheson. Je ne connaissais pas ses livres mais j’avais en mémoire l’excellent film de Jack Arnold l’homme qui rétrécit dont l’écrivain fut scénariste. De la même manière, c’est sans doute grâce à lui que Spielberg peut se vanter d’avoir réalisé, et de très loin, son meilleur film (Duel).

Je ne sais pas ce que vaut la récente adaptation cinématographique de Je suis une légende mais toujours est-il que le roman est absolument formidable.

Nous sommes dans un futur proche (en fait, en 1976 !) et Robert Neville semble être l’unique survivant d’un gigantesque cataclysme. Dernier des hommes, il doit organiser son existence jour après jour et se cloîtrer la nuit pour échapper aux attaques des vampires qui l’entourent.

Entre la chasse aux vampires le jour et ses recherches sur les origines de l’épidémie qui a amené la catastrophe ; Neville doit également affronter une terrible solitude et la folie qui le guette…

Tous les ingrédients de la SF sont présents : anticipation du futur, tentatives de donner des explications scientifiques et rationnelles (les recherches de Neville sur la maladies qui nous valent des passages assez techniques mais jamais rébarbatifs) pour des phénomènes nouveaux et fictifs et une bonne dose d’action. Dès la fin du quatrième chapitre, notre homme se laisse piéger par le temps et doit combattre les vampires pour retrouver la paix de son logis.

A côté de ces « recettes » somme toute assez classiques, Je suis une légende se distingue par la manière dont Matheson parvient à décrire précisément le quotidien de son héros désemparé. Ses états d’âme, du plus grand désespoir aux périodes d’euphorie, sont présentés avec une rare justesse et une acuité pénétrante. L’auteur parvenant à suggérer à merveille le poids de la solitude, la torture des désirs (Neville doit désormais mener une vie chaste) et la folie qui règne dans les parages.

Mais c’est surtout la dimension « existentialiste » du roman qui m’a particulièrement séduit. Comme dans l’homme qui rétrécit, Je suis une légende montre la condition d’un homme confronté à l’immensité d’un univers qui le dépasse et dont il ne connaît ni les tenants, ni les aboutissants. On pourra voir dans le roman certaines métaphores qui renvoient aux périls que connaissaient le monde à l’époque de la « guerre froide » (la menace nucléaire et la contamination bactériologique, le communisme, représenté par cette société que forme une certaine catégorie de vampires à la fin du roman…) ; mais il me semble que Matheson cherche surtout à montrer l’incroyable petitesse de l’Homme au cœur du cosmos et sa solitude face au silence de Dieu.

Le livre est incroyablement pessimiste (j’aimerais voir le film pour savoir si cette dimension est toujours présente) et certains passages (je pense à ce moment où Neville tente d’apprivoiser un chien survivant) sont particulièrement bouleversants par la manière dont ils font naître un espoir qui disparaîtra aussi vite qu’il est apparu.

Une fois de plus, voilà un roman qui m’a donné envie d’en savoir plus sur son auteur et nul doute que je me pencherai plus tard sur d’autres œuvres de Matheson (que vous ne manquerez pas de me conseiller !)

La question rituelle que vous attendez tous : quels livres de science-fiction vous paraissent indispensables pour une bibliothèque idéale ?

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