La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

dimanche, juin 01, 2008

Bibliothèque idéale n° 21 : La science-fiction

Je suis une légende (1954) de Richard Matheson (Denoël. Folio SF. 2008)



Pour être tout à fait sincère, la science-fiction n’est pas un genre qui m’attire a priori. Je vais m’y mettre sérieusement grâce à la collection Chute libre de Champ libre (un Farmer m’attend) mais je n’y connais pas grand-chose et garde toujours en tête les clichés relatifs aux invasions martiennes ou à l’avènement du règne des robots qu’ont véhiculés les séries B américaines.

Pour ne pas prendre de risque, je me suis dirigé vers l’œuvre de Richard Matheson. Je ne connaissais pas ses livres mais j’avais en mémoire l’excellent film de Jack Arnold l’homme qui rétrécit dont l’écrivain fut scénariste. De la même manière, c’est sans doute grâce à lui que Spielberg peut se vanter d’avoir réalisé, et de très loin, son meilleur film (Duel).

Je ne sais pas ce que vaut la récente adaptation cinématographique de Je suis une légende mais toujours est-il que le roman est absolument formidable.

Nous sommes dans un futur proche (en fait, en 1976 !) et Robert Neville semble être l’unique survivant d’un gigantesque cataclysme. Dernier des hommes, il doit organiser son existence jour après jour et se cloîtrer la nuit pour échapper aux attaques des vampires qui l’entourent.

Entre la chasse aux vampires le jour et ses recherches sur les origines de l’épidémie qui a amené la catastrophe ; Neville doit également affronter une terrible solitude et la folie qui le guette…

Tous les ingrédients de la SF sont présents : anticipation du futur, tentatives de donner des explications scientifiques et rationnelles (les recherches de Neville sur la maladies qui nous valent des passages assez techniques mais jamais rébarbatifs) pour des phénomènes nouveaux et fictifs et une bonne dose d’action. Dès la fin du quatrième chapitre, notre homme se laisse piéger par le temps et doit combattre les vampires pour retrouver la paix de son logis.

A côté de ces « recettes » somme toute assez classiques, Je suis une légende se distingue par la manière dont Matheson parvient à décrire précisément le quotidien de son héros désemparé. Ses états d’âme, du plus grand désespoir aux périodes d’euphorie, sont présentés avec une rare justesse et une acuité pénétrante. L’auteur parvenant à suggérer à merveille le poids de la solitude, la torture des désirs (Neville doit désormais mener une vie chaste) et la folie qui règne dans les parages.

Mais c’est surtout la dimension « existentialiste » du roman qui m’a particulièrement séduit. Comme dans l’homme qui rétrécit, Je suis une légende montre la condition d’un homme confronté à l’immensité d’un univers qui le dépasse et dont il ne connaît ni les tenants, ni les aboutissants. On pourra voir dans le roman certaines métaphores qui renvoient aux périls que connaissaient le monde à l’époque de la « guerre froide » (la menace nucléaire et la contamination bactériologique, le communisme, représenté par cette société que forme une certaine catégorie de vampires à la fin du roman…) ; mais il me semble que Matheson cherche surtout à montrer l’incroyable petitesse de l’Homme au cœur du cosmos et sa solitude face au silence de Dieu.

Le livre est incroyablement pessimiste (j’aimerais voir le film pour savoir si cette dimension est toujours présente) et certains passages (je pense à ce moment où Neville tente d’apprivoiser un chien survivant) sont particulièrement bouleversants par la manière dont ils font naître un espoir qui disparaîtra aussi vite qu’il est apparu.

Une fois de plus, voilà un roman qui m’a donné envie d’en savoir plus sur son auteur et nul doute que je me pencherai plus tard sur d’autres œuvres de Matheson (que vous ne manquerez pas de me conseiller !)

La question rituelle que vous attendez tous : quels livres de science-fiction vous paraissent indispensables pour une bibliothèque idéale ?

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7 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Comme pour le polar, il semble que nous avons les mêmes goûts toutefois je trouve que tu n'as pas raison de mépriser les petits hommes verts Martien go home de Brown est peut être le livre qui m'a fait le plus rire et puis "Le roi des étoile" d'Hamilton, archétype du space opéra est bien divertissant idéal pour l'avion ou le train mais je milite pour la reconnaissance en France de l'anglais John Wyndham, très célèbre dans son pays, dans son oeuvre assez courte je choisirais "La guerre des trifyde" (dont il y a eu une épouvantable adaptation au cinéma) mais "Le péril vient de la mer" n'est pas à négliger pas plus que les coucous de Midwich.
La dernière adaptation de je suis une légende n'est pas terrible sauf pour un amoureux de New York comme moi. Il vaut mieux voir celle dont la vedette est Charlton Heston, "Le survivant". Elle est très fidèle au roman.
Bernard Alapetite

7:37 AM  
Anonymous beux said...

Un petit faible pour Bradbury je l'avoue "chroniques martiennes" et tous les titres de Adams...

11:31 AM  
Blogger Dr Orlof said...

Je n'ai pas vu le film avec Charlon Heston mais l'acteur me semble mieux correspondre à la description du personnage faite par Matheson (cheveux blonds et longs, yeux bleus, type germano-anglais...) qu'à celle de...Will Smith!
En fait, je ne méprise pas les petits hommes verts mais je suis trop prisonnier de mes préjugés envers le genre. Le Brown me tente bien, d'après ce que tu m'en dis.
Par contre, il est vrai que je déteste le "space opéra" style Lucas!
Encore merci pour les conseils...

8:35 PM  
Anonymous Vincent said...

Voilà un choix que j'aurais pu faire. j'ai lu le livre de Matheson assez jeune et je l'ai relu plusieurs fois. Farmer est un bon choix pour la SF, "Les amants étrangers" c'est magnifique. J'aime aussi beaucoup Moorcock, H.G. Wells, Anderson, Dick, Heinlein et bien sur Verne si on le met ici aussi. Le Barjavel est superbe comme son bouquin sur le voyage dans le temps. Je connais mal Asimov et Herbert, toujours eu un peu peur de me lancer dans "Dune".
Et s'il n'en reste qu'un, à défaut du Matheson, je conseillerais le très drôle "Le règne du gorille" de Lyon Sprague de Camp et P.Schuyler.

9:53 AM  
Blogger lovepotage said...

"je suis une legende", tres mais je resterais sur la version papier!
En plus récent je conseillerais "Hyperion" et "la chute d'hyperion" de Dan SIMMONS : un classique pour moi et même un référence dans ce genre ou j'avoue avoir du mal a choisir des livres de peur de tomber sur une horreur!
Voila et sinon un grand classique "Fondation" de ASIMOV et ces 2 premières suite.
AHHH j'oubliais!!! 'le guide du routard intergalactique" de Douglas ADAMS ...INDISPENSABLE!!

3:21 PM  
Blogger gludure said...

Dans les marges de la SF,car à vocation démoralisante plus que stupéfiante, citons le doublé "ENTRE DEUX MONDES INCERTAINS" et "LA SORTIE EST AU FOND DE L'ESPACE" de Sternberg, le Cioran intersideral. La nouvelle "Univers Zero" met le trouillometre à temperature polaire, l'espace est non seulement froid, immense et vide,il est aussi cannibale! Angoisse, quand tu nous tiens!

9:12 PM  
Anonymous Guilll said...

A mon humble avis, aucune bibliothèque de SF ne peut ne serait-ce qu'exister sans la trilogie martienne (Mars la Rouge, mars la Verte, Mars la Bleue) de Kim Stanley Robinson. Une vision réaliste, engagée et incroyablement érudite de notre futur (plus ou moins) proche, et à travers lui des tendances politiques, technologiques ou économiques actuelles, sans manichéisme, optimisme béat ou pessimisme radical. Pas mal écrit du tout en plus, ce qui ne gâte rien.

2:26 PM  

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