La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

jeudi, décembre 24, 2009

Fin de siècle

Les racines du mal (1995) de Maurice G.Dantec (Gallimard. Folio Policier. 2001)

Il y a une véritable difficulté à parler aujourd’hui de l’œuvre littéraire de Maurice G.Dantec en faisant abstraction de ce que ce sinistre individu est devenu aujourd’hui (je vous renvoie à ce monument de bêtise fumeuse et xénophobe que constitue sa dernière « intervention »).
Celui qui citait à ses débuts Baudrillard, Deleuze et les situationnistes a aujourd’hui rejoint les pénates nauséabonds de Maurras et De Villiers, le tout saupoudré d’un messianisme yankee dont la puissance intellectuelle n’est pas loin de valoir celle des plus percutants aphorismes du peu regretté Georges Bush !
Bref, Dantec est un con, et ça ne fait aucun doute. Le problème, c’est qu’il est aussi (était ?) un écrivain. Sans adhérer à tous ses propos, je dois reconnaître avoir été séduit par la forme hybride et assez passionnante de son Théâtre des opérations (le premier tome de son « journal »). Je n’avais jusqu’à présent lu aucune de ses fictions et je me suis plongé avec une véritable curiosité dans Les racines du mal, son deuxième roman après La sirène rouge.

Force est de le reconnaître, Dantec fait preuve ici d’un véritable souffle d’écrivain. Lancé sur les traces d’un tueur en série (le redoutable et totalement allumé Andreas Schaltzmann), le lecteur se demande d’ailleurs comment l’auteur va parvenir à mener à bien son récit tant tout semble dit dans les cinquante premières pages d’un roman qui en compte 750. Pas de suspense à proprement parler mais une cavale haletante qui rebondit au moment où celui qui deviendra le narrateur principal du livre (Darquandier alias « Dark ») réalise qu’un deuxième tueur est sans doute en train d’agir parallèlement aux exactions de Schaltzmann.

L’un des intérêts des Racines du mal, c’est la façon dont Dantec parvient à mélanger le polar musclé (nous sommes, au départ, dans un thriller à l’américaine) et la science-fiction. Après la traque et l’arrestation du « serial killer » paranoïaque et schizophrène qui se déroule à une époque contemporaine (début des années 90), le récit rebondit sur une enquête menée dans un futur proche, où Dark et sa complice Svetlana utilisent les nouvelles technologies (notamment une « neuromatrice », sorte de clone humain dont l’intelligence artificielle permet de résoudre bien des énigmes et de projeter les enquêteurs dans un univers « virtuel ») pour résoudre le mystère de ces atroces meurtres en série qui semblent se propager en Europe.
Les racines du mal pourrait être cité comme exemple type de cette littérature qu’on qualifia à l’époque de « cyberpunk ». Dantec anticipe avec parfois une certaine justesse un monde où tout s’échafaude par des réseaux. Il remet au goût du jour (l’informatique, la cybernétique, le virtuel…) les vieux thèmes de la science-fiction comme cette crainte que les machines engendrées par l’homme finissent un jour par les remplacer dans une parfaite logique darwinienne (c’était déjà le thème de 2001, l’Odyssée de l’espace).
Parfois, il nappe le tout dans de pseudo-théories un peu fumeuses (on se passerait parfois de ce vocabulaire technologiste qui a souvent bien vieilli et de termes comme « fractale » répétés ad nauseam ) mais il parvient le plus souvent à nous emporter dans un récit dense, astucieusement construit et plutôt bien vu.

Même si Dantec commence déjà à tout mélanger (cette obsession d’un complot nazi, le millénarisme le plus naïf, les amalgames parfois douteux entre les théories du « jeu » chères à Baudrillard et aux situationnistes et la pratique des tueurs en série…), il réussit à nous plonger dans un univers pertinent, à la fois si loin et si proche et à ne plus nous lâcher (même si la fin est un peu décevante).

Reste qu’on est aussi tenté de lire l’évolution de l’écrivain à l’aune de ses premiers écrits. Il est amusant, en effet, de constater que les symptômes (purement littéraires) de son « serial killer » (obsession d’un grand complot extra-terrestre/nazi, paranoïa délirante…) sont peu à peu devenus ceux de Dantec lui-même, toujours prompt à déceler des menaces mortelles pour la « civilisation occidentale » derrière le moindre individu venant de l’autre côté de la Méditerranée ou du Bosphore !

Ces obsessions étaient intéressantes lorsqu’elles restaient celles d’un romancier. Maintenant qu’elles embrument le cerveau d’un individu, elles sont méprisables et risibles…

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4 Comments:

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