La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

mercredi, décembre 17, 2008

Bibliothèque idéale n°47 et 48 : les sciences et Gourmandise

La formation de l’esprit scientifique (1938) de Gaston Bachelard (Vrin.2004)
Dictionnaire des appellations de tous les vins de France (1986) de Fernand Woutaz (Marabout. 1986)


Peu de temps pour descendre dans ma cave ces temps-ci. Néanmoins, l’opération « bibliothèque idéale » se poursuit tant bien que mal. Nous abordons aujourd’hui les zones turbulentes des catégories qui me sont le plus étrangères.
C’est peu dire que je suis un parfait béotien dans le domaine des sciences. Je n’en tire aucune fierté (avant oui, maintenant, j’ai tendance à le regretter amèrement) mais rien ne m’est plus étranger que la mathématique, la physique ou la chimie. Ayant trouvé accessible et très intéressant La psychanalyse du feu, j’ai opté pour un autre livre de Gaston Bachelard. Je ne l’ai pas trouvé toujours très simple mais il m’a néanmoins plus « parlé » que ne l’auraient fait sans doute les livres d’Einstein sur la relativité ou ceux de Darwin sur l’origine des espèces !
Avec La formation de l’esprit scientifique, le philosophe poursuit son travail de psychanalyse des « connaissances objectives ». Pour lui, l’esprit scientifique est un esprit qui sait utiliser l’erreur pour avancer et qui sait dépasser toute une série d’ « obstacles » pour parvenir à une abstraction nécessaire à la science. L’essai propose, à travers de nombreux exemples trouvés dans les pages d’auteurs des 17ème et 18ème siècles (que Bachelard définit comme de bons exemples de ce qu’il appelle l’esprit « préscientifique » ), un panorama des obstacles épistémologiques qui entravèrent la formation de l’esprit scientifique. Parmi ces obstacles, citons l’empirisme de « l’expérience première » ou la tentation de « généraliser » les connaissances (« Rien n’a plus ralenti le progrès de la connaissance scientifique que la fausse doctrine du général qui a régné d’Aristote à Bacon inclus et qui reste, pour tant d’esprits, une doctrine fondamentale du savoir. »).
Comme dans la psychanalyse du feu, Bachelard revient également sur les obstacles d’ordre animiste ou substantialiste qui empêchent, par un jeu d’images et de métaphores (plus ou moins conscientes) de parvenir à cette abstraction nécessaire à la science.
Je n’entre pas plus dans les détails, n’étant ni spécialiste de philosophie, ni des sciences. L’essai est néanmoins intéressant et plutôt convaincant.

Une des ambiguïtés de la « bibliothèque idéale » tient dans cette question : est-ce que les livres qu’il faut « absolument » avoir dans sa bibliothèque doivent être nécessairement lus de A à Z ? Pour les romans, la réponse me paraît évidente mais lorsqu’il s’agit de La Bible, du Coran ou de l’Encyclopédie, elle est plus incertaine ! Pour la catégorie « Gourmandises », j’ai acheté un Dictionnaire des appellations de tous les vins de la France qui, comme son nom l’indique, est davantage un guide pratique qu’un ouvrage à lire du début à la fin. Du coup, après une modeste tentative, j’ai renoncé à la lire entièrement. Je suis allé consulter, par exemple, la notice « Hautes-côtes-de-Nuits » où il est écrit « ce sont des vins remarquables et d’un rapport qualité/prix de même ! » ; ce que j’ai effectivement pu constater il y a peu en amenant une bouteille de cette cuvée pour un repas chez mon frère ! Maintenant, je doute que ce guide vieux de 20 ans soit toujours d’actualité aujourd’hui mais pour un néophyte comme moi, il me permettra d’avoir quelques bases lorsqu’il s’agira d’amener une bouteille en soirée !

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jeudi, novembre 20, 2008

Bibliothèque idéale n°45 : les sciences humaines

La psychanalyse du feu (1937) de Gaston Bachelard (Gallimard/Idées. 1983)



J’avoue que je navigue désormais dans les catégories de la « bibliothèque idéale » qui me sont les moins familières. C’est sans doute pour cette raison que mes notes s’espacent dangereusement, au point de vous perdre en route. Mais c’est qu’avant d’aborder les « sciences humaines », je me suis diverti en savourant l’humour noir de Roald Dahl (Bizarre, bizarre).

Mais venons-en aux sciences humaines, catégorie qui regroupe ici la sociologie, la psychologie et la psychanalyse mais également l’ethnologie, la linguistique et la pédagogie. Mon choix s’est porté sur Gaston Bachelard dont je n’avais lu aucun ouvrage (honte à moi !) et j’avoue n’avoir pas été déçu.

Au départ, rien de forcément très attirant dans cet essai qui tente d’unir la science et la poésie et qui cherche à montrer comment la connaissance scientifique s’est bâtie sur des éléments purement subjectifs et des convictions issues d’une certaine rêverie.

Le philosophe étaye sa thèse en la faisant porter sur le feu, élément le plus propice à toute une série de rêveries qui l’éloigne finalement de toute tentative d’objectivation scientifique.

Bachelard développe son raisonnement en « psychanalysant » les principales interprétations que les hommes ont données au feu. Il les classe en divers « complexes » : le complexe de Prométhée (le feu comme symbole de connaissance avec une très intéressante théorie du feu comme « être social » plutôt qu’ « être naturel » : pour Bachelard, ce n’est pas l’expérience du feu qui inspire la crainte et le respect de cet élément mais le fruit d’une interdiction sociale préalable), le « complexe d’Empédocle » (le feu comme image du destin de l’homme, en tant qu’il le dévore) ou encore le « complexe de Novalis » qu’il prolonge en montrant comment le feu fut, de tout temps, un élément sexualisé. A travers une multitude d’exemples, Bachelard décrit fort bien les métaphores poétiques qui ont fait office d’explications rationnelles à l’origine du feu. Tout le propos de l’auteur va être de montrer que la connaissance objective d’un objet tel que le feu ne repose que sur des intuitions animistes ou substantialistes (ce qu’il montre encore très bien dans la partie sur « la chimie du feu » et à travers des exemples comme l’alcool dont il est de tradition de dire qu’il « brûle ». Et Bachelard de prendre des exemples de publications scientifiques ou fictionnelles (comme Zola qui se déclarait pourtant écrivain « scientifique » !) donnant de surréalistes exemples de « combustions intérieures » dues à l’alcool.

Je parle sans doute très mal de ce livre (pardonnez-moi : je suis ici en terre étrangère) mais j’ai aimé la manière dont Bachelard parvient à prouver que la connaissance scientifique pourrait faire l’objet d’une psychanalyse afin de montrer que ses tentatives d’objectivation reposent avant tout sur des intuitions subjectives où va d’ailleurs se nicher la poésie :

« Nous allons étudier un problème où l’attitude objective n’a jamais pu se réaliser, où la séduction première est si définitive qu’elle déforme encore les esprits les plus droits et qu’elle les ramène toujours au bercail poétique où les rêveries remplacent la pensée, où les poèmes cachent les théorèmes. C’est le problème psychologique posé par nos convictions sur le feu. »

Ce qu’il y a de beau, c’est que l’auteur se laisse également emporter parfois par la rêverie, parsemant ça et là son essai de souvenirs ou images de son enfance champenoise, offrant au lecteur les douces senteurs de la terre et du foyer prolétaire. D’où le caractère vivant et incarné de sa réflexion, à mille lieues de toute sécheresse théorique, qui m’a d’ailleurs donné envie de connaître mieux la pensée de ce philosophe…


NB : A vous de jouer : quels sont les livres de « sciences humaines » qui vous ont marqué et que vous recommanderiez pour une bibliothèque idéale ?

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