Bibliothèque idéale n°11 : la poésie française
La vie immédiate (suivi de La Rose publique et de Les Yeux fertiles et précédé de L’évidence poétique) de Paul Eluard (Gallimard. Poésie. 1974)
Peut-être n’est-ce pas le cas pour vous mais, pour ma part, je suis bien incapable de « commenter » de la poésie. En abordant cette catégorie de la « poésie française », j’en ai donc profité pour découvrir celle de Paul Eluard que je connaissais assez mal (mis à part le fameux Liberté que je ne peux pas supporter !)
Poésie surréaliste qu’Eluard définit plutôt bien dans L’évidence poétique : adopter le mot d’ordre de Lautréamont (« la poésie doit être faite par tous. Non par un »), s’inscrire dans la lignée des écrivains irréductibles à toute forme de pouvoir (bel hommage à Sade) et réinventer les notions de Bien et de Beau (« C’est ce bien, c’est ce beau asservis aux idées de propriété, de famille, de religion, de patrie, que nous combattons ensemble. »).
La vie immédiate est un exemple assez convaincant de cette poésie surréaliste libérée de toute contrainte, ne servant qu’elle-même et dont la force subversive vient de sa forme même (d’où les reproches adressés plus tard à Eluard par le grand Benjamin Péret lorsqu’il placera à nouveau sa poésie au service du drapeau et autres calembredaines du même style !)
Pour être tout à fait franc et même si j’ai une passion que je n’ai jamais cherché à dissimuler pour le surréalisme ; je trouve que la poésie d’Eluard a un peu vieilli et ne possède pas l’évidence et la drôlerie de celle d’un Péret (toujours lui !). Disons que le recours systématique à l’inconscient, aux images incongrues, aux rapprochements insolites a été tellement usé en 80 ans qu’on en viendrait presque à ne voir dans Eluard que la « version publicitaire » du surréalisme (celle qui abonde aujourd’hui).
J’exagère, bien entendu, mais c’est pour vous faire comprendre que ces pages marquées par les thèmes surréalistes (l’amour fou, l’onirisme, la révolte contre la dictature du sens…) ne sont pas celles que je préfère du mouvement.
Finalement, Eluard retrouve une seule fois la vigueur subversive de ses petits camarades, le temps d’une Critique de la poésie qui est le moment que je préfère :
« C’est entendu je hais le règne des bourgeois
Le règne des flics et des prêtres
Mais je hais plus encore l’homme qui ne le hait pas
Comme moi
De toutes ses forces.
Je crache à la face de l’homme plus petit que nature
Qui à tous mes poèmes ne préfère pas cette Critique de la poésie. »
Dont acte…
NB : Au niveau de la poésie française, pas de surprise quant à moi : j’adore (comme tout le monde !) Rimbaud, Baudelaire et, peut-être encore plus, l’immense comte de Lautréamont. J’aime également Tristan Corbière, Xavier Forneret et les merveilleux poèmes de Benjamin Péret.
J’apprécie aussi Verlaine et Apollinaire (diable, que je suis classique !). Et vous, qui placeriez-vous dans votre Bibliothèque idéale ?
Libellés : Bibliothèque idéale, Eluard, Péret, poésie française, surréalisme
