Bibliothèque idéale n°5 : le rêve asiatique
Un barbare en Asie (1933) d’Henri Michaux (Gallimard. L’imaginaire. 2004)
Autant l’avouer tout de go : si je commence à connaître un peu le cinéma asiatique, je suis un parfait néophyte quant à la littérature extrême-orientale. A part un assez célèbre roman érotique de Li Yu (De la chair à l’extase) et l’indispensable Les belles endormies de Kawabata, je ne me souviens pas avoir lu un seul livre asiatique (honte à moi ! Je ne connais même pas Mishima !).
Pour pousser le paradoxe à son comble (car je n’ai jamais caché la fascination qu’exerce sur moi ce continent), j’ai choisi d’aborder « le rêve asiatique » de la bibliothèque idéale par un des seuls livres français de la sélection (qui est néanmoins classé dans les 10 premiers) !
Sans doute parce que j’ai beaucoup aimé Passages de Michaux et qu’il me tardait de retrouver cet auteur.
Dans Un barbare en Asie, Michaux évoque les différents voyages qu’il a effectués en Inde, en Chine, au Japon et en Malaisie. Il s’agit moins d’un carnet de voyage (à la manière de Jean Grenier) que de courtes esquisses où l’auteur jette sur le papier un certain nombre d’impressions. Amateur d’expérience « par les gouffres » et de voyages imaginaires, Michaux s’immerge dans ces cultures lointaines pour en rapporter des expériences aux confins du réel et de l’imagination.
Un barbare en Asie n’a absolument rien à voir avec les romans exotiques qui fleurirent dès la fin du 19ème siècle et qui firent fureur en France (je pense, par exemple, au Jardin des supplices de Mirbeau ou aux romans populaires de Félicien Champsaur et Claude Farrère). Comme son titre l’indique, l’auteur se place lui-même du point de vue du « barbare » qui tente de comprendre la grandeur de civilisations méconnues des occidentaux.
Il s’émerveille de la capacité de méditation des hindous, de la sagesse des chinois et s’agace de certains traits du caractère japonais. Jamais on ne sent chez lui le regard du « civilisé » colonialiste regardant d’autres peuples avec une curiosité hautaine. Grâce à une écriture plus poétique (en prose) que descriptive, Michaux esquisse des comparaisons, ramène des parfums et des couleurs lointains, s’imprègne des coutumes et des gestes des peuples auxquels il rend visite en tentant d’en saisir la quintessence.
Bien avant la mode de la fin des années 60, il tente de découvrir d’autres chemins de connaissance du côté de l’Asie et de découvrir la voie d’une spiritualité qui le touche même s’il ne semble pas y adhérer totalement.
Je n’ai pas envie de parler plus longuement de ce beau livre qui, je le répète, est totalement impressionniste et, de fait, me semble moins un objet à commentaires qu’une belle gamme de sensations que Michaux parvient à traduire parfaitement.
Mis à part les récits de voyageurs occidentaux, que mettriez-vous dans votre bibliothèque idéale en matière de littérature asiatique ?
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