La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

samedi, mars 08, 2008

Bibliothèque idéale n°5 : le rêve asiatique

Un barbare en Asie (1933) d’Henri Michaux (Gallimard. L’imaginaire. 2004)




Autant l’avouer tout de go : si je commence à connaître un peu le cinéma asiatique, je suis un parfait néophyte quant à la littérature extrême-orientale. A part un assez célèbre roman érotique de Li Yu (De la chair à l’extase) et l’indispensable Les belles endormies de Kawabata, je ne me souviens pas avoir lu un seul livre asiatique (honte à moi ! Je ne connais même pas Mishima !).

Pour pousser le paradoxe à son comble (car je n’ai jamais caché la fascination qu’exerce sur moi ce continent), j’ai choisi d’aborder « le rêve asiatique » de la bibliothèque idéale par un des seuls livres français de la sélection (qui est néanmoins classé dans les 10 premiers) !

Sans doute parce que j’ai beaucoup aimé Passages de Michaux et qu’il me tardait de retrouver cet auteur.

Dans Un barbare en Asie, Michaux évoque les différents voyages qu’il a effectués en Inde, en Chine, au Japon et en Malaisie. Il s’agit moins d’un carnet de voyage (à la manière de Jean Grenier) que de courtes esquisses où l’auteur jette sur le papier un certain nombre d’impressions. Amateur d’expérience « par les gouffres » et de voyages imaginaires, Michaux s’immerge dans ces cultures lointaines pour en rapporter des expériences aux confins du réel et de l’imagination.

Un barbare en Asie n’a absolument rien à voir avec les romans exotiques qui fleurirent dès la fin du 19ème siècle et qui firent fureur en France (je pense, par exemple, au Jardin des supplices de Mirbeau ou aux romans populaires de Félicien Champsaur et Claude Farrère). Comme son titre l’indique, l’auteur se place lui-même du point de vue du « barbare » qui tente de comprendre la grandeur de civilisations méconnues des occidentaux.

Il s’émerveille de la capacité de méditation des hindous, de la sagesse des chinois et s’agace de certains traits du caractère japonais. Jamais on ne sent chez lui le regard du « civilisé » colonialiste regardant d’autres peuples avec une curiosité hautaine. Grâce à une écriture plus poétique (en prose) que descriptive, Michaux esquisse des comparaisons, ramène des parfums et des couleurs lointains, s’imprègne des coutumes et des gestes des peuples auxquels il rend visite en tentant d’en saisir la quintessence.

Bien avant la mode de la fin des années 60, il tente de découvrir d’autres chemins de connaissance du côté de l’Asie et de découvrir la voie d’une spiritualité qui le touche même s’il ne semble pas y adhérer totalement.

Je n’ai pas envie de parler plus longuement de ce beau livre qui, je le répète, est totalement impressionniste et, de fait, me semble moins un objet à commentaires qu’une belle gamme de sensations que Michaux parvient à traduire parfaitement.

Mis à part les récits de voyageurs occidentaux, que mettriez-vous dans votre bibliothèque idéale en matière de littérature asiatique ?

Libellés : , ,

lundi, juillet 23, 2007

Au-delà des mots

Biffures (1948) de Michel Leiris (Gallimard. L’imaginaire. 1996)

Passages (1963) d’Henri Michaux (Gallimard. L’imaginaire. 1998)

En abordant les deux auteurs cités ci-dessus dans le cadre de mon abécédaire, j’avoue bien humblement toucher la limite de mes capacités pour rendre compte de certains ouvrages littéraires. Bien que je les aie appréciés bien différemment (le livre de Leiris m’a laissé relativement indifférent alors que j’ai beaucoup aimé le recueil de textes de Michaux), je dois confesser ne pas avoir à dire grand chose sur ces deux œuvres. Une facilité voudrait que je cherche à partir de points communs à tisser des liens imaginaires entre les deux ouvrages (le compagnonnage plus ou moins proche de Leiris et Michaux avec le surréalisme, le travail sur le langage…) mais cela ne me paraît pas envisageable.

Avec Biffures Leiris entreprend, à travers des souvenirs de son passé (souvent liés à l’enfance), de définir ce qui le rattache au monde et aux autres. Cette entreprise de dévoilement passe essentiellement par le langage et ses aléas. Du premier texte où le tout jeune enfant perçoit la violence du langage comme code social auquel il devra désormais s’adapter en passant par tout une série d’évocations liées au sens des mots (à leur essence, à leur sensation…) ; Leiris passe en revue de façon très détaillée la manière dont les mots jouent dans son esprit. C’est intéressant et il revient souvent sur des glissements de sens enfantins (« Billancourt » devenant dans son esprit « habillé-en-cour »), sur diverses euphonies... Leiris est un amoureux de la langue et ses descriptions sont souvent sensuelles : il décrit la couleur des mots, leur goût, leur texture…Et en partant de ces impressions très intimes, il tente de les confronter à la réalité du monde et à ses conventions. Du coup, on glisse de considérations purement sémantiques à des réflexions sur les différences de classes ou sur la guerre durant laquelle l’auteur écrit.
Je le redis : j’ai lu ce livre avec intérêt mais ça serait mentir de dire qu’il m’a passionné. Ce n’est pas hermétique ni mal écrit mais ça ne m’a pas « accroché ». On suit le cours de la pensée de l’auteur sans être touché ou ému.
Au final, je n’ai retenu qu’une petite phrase sur l’emploi de l’argot qui m’a bien plu, surtout à une époque où tous les snobinards se sont esbaudis de la « beauté » du langage utilisé par les jeunes du film l’esquive :
« Je ne me plie qu’avec malaise à l’emploi des argots, qu’ils soient professionnels, amicaux ou familiaux, car un argot -moyen de complicité facile au sein d’un groupe- est l’un des signes les plus manifestes de l’esprit de troupeau. »

Passages est un recueil de divers textes du poète Henri Michaux. L’ensemble est assez hétéroclite puisqu’on peut y lire aussi bien des réflexions sur la poésie, la peinture (très beau texte sur les lignes de Paul Klee) ou la musique que de purs morceaux de poésie en prose qui sont souvent assez magnifiques (j’aime particulièrement le texte intitulé Visages de jeunes filles). Après, j’aurai bien du mal à vous parler de cette écriture si particulière de Michaux dans la mesure où c’est le premier livre que je lis de cet auteur. Je pourrais, si vous me le demandiez, partir d’une citation en guise de manifeste poétique : « J’écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l’aventure d’être en vie. ». De là, il faudrait évoquer les « voyages intérieurs» de Michaux, cette « connaissance par les gouffres » qui l’amena à explorer de nouveaux horizons sous l’influence de substances hallucinogènes. Tous ces textes tentent de cerner quelque chose au-delà du visible et à briser le cadre trop étriqué des lignes déjà tracées (« Les livres sont ennuyeux à lire. Pas de libre circulation. On est invité à suivre. Le chemin est tracé, unique.
Tout différent le tableau : immédiat, total. A gauche, aussi, à droite, en profondeur, à volonté. »
Michaux dit encore « la grande partie de ma vie, je l’aurai vécu comme une galaxie. ». Vous me direz que ces quelques mots sont bien peu pour définir l’importance du poète. D’un autre côté, j’espère qu’ils vous donneront l’envie d’aller voir d’un peu plus son œuvre si singulière…

Libellés : , , , , ,