La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

lundi, juillet 23, 2007

Au-delà des mots

Biffures (1948) de Michel Leiris (Gallimard. L’imaginaire. 1996)

Passages (1963) d’Henri Michaux (Gallimard. L’imaginaire. 1998)

En abordant les deux auteurs cités ci-dessus dans le cadre de mon abécédaire, j’avoue bien humblement toucher la limite de mes capacités pour rendre compte de certains ouvrages littéraires. Bien que je les aie appréciés bien différemment (le livre de Leiris m’a laissé relativement indifférent alors que j’ai beaucoup aimé le recueil de textes de Michaux), je dois confesser ne pas avoir à dire grand chose sur ces deux œuvres. Une facilité voudrait que je cherche à partir de points communs à tisser des liens imaginaires entre les deux ouvrages (le compagnonnage plus ou moins proche de Leiris et Michaux avec le surréalisme, le travail sur le langage…) mais cela ne me paraît pas envisageable.

Avec Biffures Leiris entreprend, à travers des souvenirs de son passé (souvent liés à l’enfance), de définir ce qui le rattache au monde et aux autres. Cette entreprise de dévoilement passe essentiellement par le langage et ses aléas. Du premier texte où le tout jeune enfant perçoit la violence du langage comme code social auquel il devra désormais s’adapter en passant par tout une série d’évocations liées au sens des mots (à leur essence, à leur sensation…) ; Leiris passe en revue de façon très détaillée la manière dont les mots jouent dans son esprit. C’est intéressant et il revient souvent sur des glissements de sens enfantins (« Billancourt » devenant dans son esprit « habillé-en-cour »), sur diverses euphonies... Leiris est un amoureux de la langue et ses descriptions sont souvent sensuelles : il décrit la couleur des mots, leur goût, leur texture…Et en partant de ces impressions très intimes, il tente de les confronter à la réalité du monde et à ses conventions. Du coup, on glisse de considérations purement sémantiques à des réflexions sur les différences de classes ou sur la guerre durant laquelle l’auteur écrit.
Je le redis : j’ai lu ce livre avec intérêt mais ça serait mentir de dire qu’il m’a passionné. Ce n’est pas hermétique ni mal écrit mais ça ne m’a pas « accroché ». On suit le cours de la pensée de l’auteur sans être touché ou ému.
Au final, je n’ai retenu qu’une petite phrase sur l’emploi de l’argot qui m’a bien plu, surtout à une époque où tous les snobinards se sont esbaudis de la « beauté » du langage utilisé par les jeunes du film l’esquive :
« Je ne me plie qu’avec malaise à l’emploi des argots, qu’ils soient professionnels, amicaux ou familiaux, car un argot -moyen de complicité facile au sein d’un groupe- est l’un des signes les plus manifestes de l’esprit de troupeau. »

Passages est un recueil de divers textes du poète Henri Michaux. L’ensemble est assez hétéroclite puisqu’on peut y lire aussi bien des réflexions sur la poésie, la peinture (très beau texte sur les lignes de Paul Klee) ou la musique que de purs morceaux de poésie en prose qui sont souvent assez magnifiques (j’aime particulièrement le texte intitulé Visages de jeunes filles). Après, j’aurai bien du mal à vous parler de cette écriture si particulière de Michaux dans la mesure où c’est le premier livre que je lis de cet auteur. Je pourrais, si vous me le demandiez, partir d’une citation en guise de manifeste poétique : « J’écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l’aventure d’être en vie. ». De là, il faudrait évoquer les « voyages intérieurs» de Michaux, cette « connaissance par les gouffres » qui l’amena à explorer de nouveaux horizons sous l’influence de substances hallucinogènes. Tous ces textes tentent de cerner quelque chose au-delà du visible et à briser le cadre trop étriqué des lignes déjà tracées (« Les livres sont ennuyeux à lire. Pas de libre circulation. On est invité à suivre. Le chemin est tracé, unique.
Tout différent le tableau : immédiat, total. A gauche, aussi, à droite, en profondeur, à volonté. »
Michaux dit encore « la grande partie de ma vie, je l’aurai vécu comme une galaxie. ». Vous me direz que ces quelques mots sont bien peu pour définir l’importance du poète. D’un autre côté, j’espère qu’ils vous donneront l’envie d’aller voir d’un peu plus son œuvre si singulière…

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2 Comments:

Anonymous DD said...

Zut

4:08 PM  
Anonymous voyance en ligne gratuite said...

Je découvre ton blog et je suis très intéressée par toutes ces ressources.

1:57 PM  

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