La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

mardi, août 03, 2021

Le massacre des innocents

 

Baby Trap (2021) de Patrice Herr Sang (Zone 52, collection Karnage, 2021)

 

Troisième volume de la collection Karnage, Baby Trap permet à Patrice Herr Sang (alias Patrice Lamare) de faire à nouveau le lien avec la collection Gore du Fleuve Noir puisque l’auteur signa pour ladite collection La Galerie des horreurs en 1987.

Le récit débute par une série de crimes atroces perpétrés sur des enfants. L’inspecteur James Hendrix, le prototype du flic solitaire et violent, est chargé de l’enquête. Mais les indices ne le mènent nulle part : pas de points communs dans les modes opératoires adoptés, pas de liens entre ces enfants assassinés, pas de signature visible d’un tueur en série ou de revendications expliquant ces meurtres…

A l’instar de son héros, Patrice Herr Sang laisse dans un premier temps le lecteur patauger en multipliant les personnages et en juxtaposant des scènes particulièrement éprouvantes sans qu’elles paraissent reliées ni très vraisemblables. Alors que certains crimes relèvent, semble-t-il, des violences familiales les plus « classiques » (hélas !), d’autres s’apparentent à une tradition grand-guignolesque avec ces battues sauvages organisées afin d’écraser le maximum de bambins ou lors de cette fameuse activité de chasse qui donne son titre au roman.

L’intérêt du livre tient à sa manière de prendre au pied de la lettre l’antienne réactionnaire de ceux qui déplorent la fin du bon vieux temps (celui où l’on pouvait corriger ses mômes avec des gifles ou le martinet) et le manque d’éducation des jeunes générations et pousser cette logique jusqu’à l’absurde avec des individus ayant recours aux méthodes les plus expéditives pour calmer les moutards (la batte de base-ball ou la noyade dans un chaudron pour ceux qui ne veulent pas finir leur assiette).

Hendrix se rend même chez un certain David Diddle Law, suspect pour avoir écrit un petit roman gore où les élèves d’un collège sont massacrés par leur enseignant (clin d’œil à Sanctions !, premier volume de la collection). On notera que le mystérieux David Didlow apparaissait également dans Acid Cop de Zaroff.

"- Ce qu'il y a de bien dans l'écriture, c'est qu'on peut y passer toutes nos envies, sans limites, mais j'espère que vous n'êtes pas adepte des théories sur le mélange du réel et de l'imaginaire, des livres et films causes des "maux de notre société" et autres fadaises journalistiques ?

- Non, je n'aime pas les procès d'intention. Je préfère me baser sur du concret. Comme vous devez le savoir, les pires tueurs en série n'ont ouvert qu'un seul livre dans toute leur vie : la Bible."

 

Croyant au pouvoir de la fiction et du fantasme, Patrice Herr Sang distille les éléments de son enquête avec beaucoup d’humour (très noir) et cette efficacité narrative qui fait le sel de la littérature populaire. C’est donc avec beaucoup de plaisir que l’on lit Baby Trap qui ne révèle pas tous ses secrets puisque le récit se termine de manière abrupte et que l’enquête reste en suspens après un ultime rebondissement.

Ne reste donc plus qu’à attendre la suite, non sans une certaine impatience…

 

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mercredi, juillet 21, 2021

Violent Cop

 

Acid Cop (2021) de Zaroff (Zone 52, collection Karnage, 2021)

 

L’ombre de la fameuse et défunte collection « Gore » du Fleuve noir plane sur la toute fraiche (la viande est de premier choix !) collection Karnage. Trois livres à ce jour, marchant fièrement sur les pas de leurs prédécesseurs en mêlant violence (extrême), sexe (hardcore) et flots d’hémoglobine. De la littérature populaire brut de décoffrage qu’éviteront assurément les fins palais, les arbitres du bon goût et des élégances mais qui réjouira les amateurs déviants et les nostalgiques d’une littérature de gare qui ne s’embarrassait pas de fioritures.

Acid Cop de Zaroff, auteur déjà aguerri dans le genre puisqu’il a signé deux titres pour les éditions Trash (Night Stalker et Bayou) est le deuxième titre de la collection après Sanctions ! du mystérieux Talion. Si les ingrédients sont assez similaires (un cocktail détonnant de sexe et de sang), les univers se révèlent in fine assez dissemblables. Autant Sanctions ! traduisait de manière grand-guignolesque un certain malaise dans l’Education Nationale bien de chez nous avec son professeur haut-marnais adepte de la loi du talion, autant Acid Cop nous replonge dans l’univers familier (tant on l’a vu à l’écran) du New-York interlope des années 80.

Avant de souligner les qualités (nombreuses) du roman, commençons par un petit bémol. Alors qu’il enquête sur trois dangereux psychopathes vivant dans les sous-sols de la ville, Bereglia (un flic violent et flirtant constamment avec l’illégalité) se fait allumer par une collègue et doit l’honorer dare-dare dans les toilettes des bureaux s’il veut récupérer le dossier dont il a besoin pour avancer. Exaspéré par ce retard impromptu, le flic s’acquitte de sa tâche en l’expédiant à la va-vite avant de poursuivre son chemin. Or Zaroff expédie les scènes de sexe un peu toujours de cette manière et on a le sentiment que le recours à la pornographie est toujours un peu superflu et ralentit l’action. Même si elle permet parfois d’accentuer l’horreur des scènes (notamment lors de viols particulièrement éprouvants), elle peine souvent à se fondre dans le récit et n’apporte pas grand-chose (j’ignore d’ailleurs s’il s’agit d’un « cahier des charges » de la collection)

Toujours est-il que cette (petite) réserve posée, le roman se révèle être une belle réussite qui se lit avec un plaisir constant. D’abord parce que Zaroff truffe son récit de références cinématographiques. Avec ses faux airs de Stallone (lui aussi est d’origine italienne), Bereglia est une sorte de mélange entre l’inspecteur Harry (faire respecter la Loi quitte à friser l’illégalité), Paul Kersey dans la saga Un justicier dans la ville (se venger en débarrassant les rues de la ville de la racaille) et du vengeur de The Exterminator. Par ailleurs, l’auteur cite également quelques classiques du « rape and revenge » (Thriller de Vibenius, I Spit on Your Grave) mais aussi Robocop de Verhoeven.

Le récit est, certes, assez classique mais il est d’une redoutable efficacité, retrouvant l’ambiguïté qui faisait la force des modèles cités : à la fois en invitant le lecteur à s’identifier à un héros vengeur et brutal tout en le tenant à distance et en montrant le parcours qui le mène à la folie. Construit sur un motif circulaire (c’est une prise d’otage avec enfant qui ouvre et qui conclut le livre), Acid Cop séduit également par la verve de ses dialogues hauts en couleur. Particulièrement salés, ils font rire (souvent) et impriment au récit son rythme impeccable.

De quoi réjouir les amateurs du genre…

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jeudi, février 01, 2018

Messes noires et jolies pépées



Le Retour des damnés (1973) de Mario Pinzauti (Editions Sin’Art, collection : Hantik Books, 2017) 


Tous les amateurs de fanzines connaissent bien évidemment les éditions Sin’Art puisque qu’on trouve à leur catalogue des titres comme Darkness ou Toutes les couleurs du bis. Aujourd’hui, elles lancent une petite collection (le tirage du titre dont il est question est de 60 exemplaires !) de romans gothiques et horrifiques. Dans une très instructive postface, Patryck Ficini nous replonge dans l’univers de la littérature populaire italienne des années 60/70 et plus particulièrement de la collection « racconti di Dracula ». Peu connus en France, ces récits d’épouvante gothique possédaient la caractéristique d’avoir été écrits très vites et d’être, semble-t-il, très efficaces. L’auteur regrette cependant que les rares tentatives de traductions en français aient été catastrophiques.
Mario Pinzauti, alias Harry Small, fut l’un des grands pourvoyeurs de ces collections populaires puisqu’il a à son actif une centaine de romans auxquels il convient d’ajouter six long-métrages qui n’ont pas laissé de grandes traces dans les mémoires des cinéphiles.

Le Retour des damnés nous narre les aventures de Jerry, un journaliste américain séjournant en Hongrie pour y faire un reportage sur les pratiques satanistes. Il rencontre Sat Astar qui se présente comme le Diable en personne et décide d’assister à une messe noire. Au cours de cette cérémonie, notre héros drogué va voyager dans les entrailles du temps et revenir au temps de la mythique comtesse Bathory et de ses exactions… 

Le roman débute comme un grand nombre d’œuvres fantastiques (Dracula en premier lieu) par la confrontation d’un œil sceptique et/ou scientifique sur des phénomènes irrationnels et paranormaux. Mais très vite, il glisse vers un univers assez barré où les plus scandaleuses orgies côtoient tout un décorum gothique : cryptes inquiétantes, femmes voluptueuses et diaboliques, serpents, cérémonies blasphématoires… En un mot comme un cent, Le Retour des damnés est un roman feuilletonesque qui évoque les riches heures du cinéma bis transalpin. On y retrouve à la fois les défauts du genre : construction brinquebalante, narration heurtée, personnages inexistants mais également ses qualités : des visions quasi surréalistes, une manière assez fascinante de mêler le stupre et le sang dans un ballet d’horreur et d’érotisme soft endiablé (si j’ose dire !).
Pinzauti joue sur une imagerie assez traditionnelle (la messe noire, les sacrifices humains, la comtesse assoiffée de sang) mais son récit est efficace pour peu que l’on goûte à ce genre très particulier. On songe d’ailleurs à quelques films, notamment au Château des messes noires de Joe Sarno. 

Bref, ce petit roman croquignolet fera la joie des amateurs de culture populaire déviante et des collectionneurs qui seront ravis par l’aspect joliment soigné de ce petit livre confectionné par de sincères amoureux du « bis »…

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