Y comme Yourcenar (ter)
Conte bleu suivi de Le premier soir et de Maléfice (1927-1930) de Marguerite Yourcenar (Gallimard. Folio. 2001)
Troisième tentative pour se plonger dans l’univers littéraire de Marguerite Yourcenar et troisième échec : ces abécédaires m’auront permis de découvrir que je n’aime décidément pas cet écrivain (je préfère néanmoins les inégales Nouvelles orientales à l’assommant Feux)
Je serai très bref tant ces trois nouvelles m’ont paru sans le moindre intérêt.
Conte bleu est, d’après la dévote Josyane Savigneau, le plus « littéraire » de ces contes. Eh bien c’est celui qui m’a le plus accablé ! J’y ai retrouvé tout ce que je déteste chez Yourcenar : un style ampoulé, un langage affecté et une volonté tellement visible à chaque ligne de donner un coup de coude dans les côtes du lecteurs en lui soufflant « admire comme c’est littéraire » qu’elle en devient insupportable.
Maléfice souffre également de cette pose maniérée qui empêche d’adhérer à cette histoire de jeune femme malade qu’on croit possédée. C’est néanmoins plus lisible.
Le premier soir est sans doute le moins pénible des trois récits. Yourcenar décrit les impressions d’un couple tout juste parti en voyage de noces et qui réalise que le mariage n’est peut-être pas la panacée. L’homme se prend à voir celle qu’il côtoie comme une future épouse dévouée et ménagère et finit par regretter une maîtresse qu’il a abandonnée. Cette nouvelle montre subtilement le cheminement d’un doute dans l’esprit de l’homme puis d’un désenchantement qui annonce, d’une certaine manière, l’existentialisme. On songe à la nausée de Sartre et à ce sentiment d’absurde qui gagne des personnages ayant sacrifié à une tradition (le mariage) dont ils n’éprouvent plus le sens.
D’aucuns verront aussi dans ce conte les premiers prémisses d’une revendication féministe où apparaît l’idée qu’une femme peut-être autre chose qu’une épouse et une mère de famille. Sauf que -ironie du sort !- la préfacière nous apprend que ce conte n’a pas été écrit par la romancière même s’il a paru sous son nom. Il s’agit, en effet, d’un court récit écrit par le père de Yourcenar qui lui proposa ce stratagème pour éviter d’avoir à démarcher les éditeurs à son âge, l’écrivain se contentant de lui trouver un titre et d’apporter quelques corrections.
Le premier soir nous apprend que dans la famille Yourcenar (Crayencour devrions-nous écrire), le véritable écrivain, c’était peut-être le père…
Libellés : existentialisme, féminisme, Yourcenar
