La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

samedi, juin 20, 2020

Aventures farfelues


Lulu dans le taxi ou les bienfaits du curcuma(2020) de Laurence Kleinberger (e-book)


Quelques mots très rapides sur le nouveau roman de Laurence Kleinberger tant je croule sous les DVD et livres à chroniquer et tant mon temps est compté en ce moment. Après J’ai pas tué Gérard, enfin je crois… et Le jour où mon alzhei’mère échappa aux griffes d’un nazi constipé grâce à un Croate à la coiffure étrange, l’auteur poursuit dans une veine qu’elle affectionne : celle du comique farfelu et rocambolesque.
Cette fois, nous croiserons une jeune femme abandonnée par son compagnon, une vieille dame se présentant comme la grand-mère de Sophie Marceau, un chauffeur de taxi vénal, un petit orphelin, un médecin légiste ayant décidé, pour dégivrer les congélateur de la morgue, de balancer quarante-deux cadavres à la Seine… Il sera également question du temps qui passe et de la vieillesse avec, notamment, une potion rajeunissante qui rappelle, de loin, celle mise au point par Willy Wonka dans Charlie et le grand ascenseur de verre de Roald Dahl.
Ceux qui connaissent les romans précédents de Laurence Kleinberger ne seront pas surpris et y trouveront leur compte : le langage est familier, le « name dropping » abondant, les jeux de mots navrants et situations totalement abracadabrantes. On pourra regretter que la verve de J’ai pas tué Gérard… ne soit pas toujours au rendez-vous et que certains procédés aient un petit goût de déjà-lu.  
Même si l’inspiration de l’écrivain semble un peu s’essouffler, son roman reste bien rythmé par l’alternance des points de vue à chaque chapitre et les lecteurs familiers de cet univers seront sans doute séduit à l'idée d’y replonger.
Distrayant.


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mercredi, avril 15, 2020

Drame de la jalousie

Le Nuage


Dans son jardin la sultane se baigne, 
Elle a quitté son dernier vêtement ; 
Et délivrés des morsures du peigne
Ses grands cheveux baisent son dos charmant.

Par son vitrail le sultan la regarde, 
Et, caressant sa barbe avec sa main, 
Il dit : "L'eunuque en sa tour fait la garde, 
Et nul hors moi ne la voit dans son bain.

-Moi je la vois, lui répond, chose étrange !
Sur l'arc du ciel un nuage accoudé ;
Je vois son sein vermeil comme l'orange
Et son beau corps de perles inondé.  

Ahmed devint blême comme la lune,
Prit son kandjar au manche ciselé, 
Et poignarda sa favorite brune...
Quant au nuage, il s'était envolé ! 

Théophile Gautier

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jeudi, février 27, 2020

Ici et ailleurs


La Corneille de Sinaloa (2020) de Marc Bruimaud (EditionsBlack-Out, 2020)


Marc Bruimaud a entamé il y a quelques années un vaste ensemble romanesque intitulé « LeCycle de Catalpa ». Parallèlement à ces ouvrages, il publie régulièrement des « nouvelles orphelines » qu’on peut considérer comme des surgeons lui permettant de s’intéresser le temps d’une courte plaquette à un personnage secondaire du cycle. Nous ne nous permettrons pas de faire une analyse d’un texte aussi court (7 pages) mais signalons néanmoins que La Corneille de Sinaloa confirme la dimension « lynchienne » de l’œuvre de Bruimaud : les personnages se dédoublent, les identités sont flottantes, ils sont ici et ailleurs et semblent avoir déjà vécus mille vies… Déconcertant pour ceux qui n’auront rien lu auparavant de l’auteur mais assez fascinant pour les autres :
"-Lorsque tout semble perdu, quelque chose survient, des fantômes prennent forme. Comment y échapper ? Ces fantômes ont une voix, un corps, et font partie de nos êtres."

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