La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

mercredi, novembre 01, 2017

Lectures d'octobre 2017



Pour ce mois d’octobre, je vais vous offrir la note la plus rapide du monde !
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50- Aventures (2017) de John Boorman (Marest Editeur, 2017)


Pour savoir ce que je pense de ces passionnants mémoires, se reporter ici
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51- Le Justicier (1971) d’Agnès Laurent (Fleuve Noir, Collection Angoisse, 1971)


Je parlerai de ce roman à un autre moment…
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52- Tapis écarlate (2016) de John Boorman (Marest Editeur, 2017)


Là encore, il faut aller ici pourlire ma critique de cet excellent roman du cinéaste.
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53- La Prison de chair (1973) de Dominique Arly (Fleuve Noir, collection Angoisse, 1973)


Je réserve toutes mes chroniques sur les romans de la collection Angoisse pour une autre publication.

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jeudi, octobre 05, 2017

Lectures de septembre 2017



44- Ascendant Sagittaire (2001) de Gérard Guégan (Parenthèses, 2001)


Gérard Guégan fut le fer de lance de deux des plus belles aventures éditoriales de la fin des années 60 et des années 70. En 1968, il créé avec Gérard Lebovici les mythiques éditions Champ Libre auxquelles il consacrera deux volumes (Cité Champagne, esc. I, Appt. 289, 95- Argenteuil (Champ libre 1 : 1968-1971) et Montagne-Sainte-Geneviève, côté cour : éditions champ libre 2 (1972-1974)). Après la rupture douloureuse avec Lebovici et son éviction de Champ Libre, Guégan et ses complices habituels (Raphaël Sorin et Alain Le Saux) décident de relancer Le Sagittaire, la fameuse maison fondée après la première guerre mondiale et qui accueillit en son sein de nombreux écrits surréalistes (entre autres).
En 1975, Le Sagittaire renaît de ses cendres et Guégan poursuit le travail éditorial mené à Champ Libre en multipliant les collections comme autant de champs d’intervention. La littérature contemporaine (Bruckner, Hallier, Bukowski, Martinet) se mêle à des essais percutants (le génial Lâchez tout ! de la grande Annie Le Brun), la littérature populaire (thriller et SF dans la lignée de la collection Chute Libre) avec des romans de Dick, Malzberg et Kainen croise diverses aventures des années 70 comme les hippies et la contre-culture (Les Déclassés de Bizot) et les débuts du punk avec Alain Pacadis.
Entre anecdotes et introspection, Guégan revient sur cette singulière aventure avec la verve qui lui est coutumière. Editer, pour lui, c’est entrer en guerre à la fois contre le milieu de l’édition mais également contre la société dans son ensemble. A travers son témoignage, c’est également toute une époque qui se dessine en filigrane : les feux mal éteints de mai 68, les contradictions de l’extrême-gauche, la volonté d’en découdre à tout crin avec le vieux monde, quitte à en passer par la violence… Au fond, Ascendant Sagittaire aurait pu porter comme sous-titre le nom de la revue littéraire que Guégan lance également dans les années 70 : Subjectif.  Son livre est effectivement une célébration de la plus débridée des subjectivités. En ce sens, et même si de nombreuses choses les séparent, Guégan et son équipe ont su, à travers l’aventure du Sagittaire, retrouver un peu de l’esprit des surréalistes…
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45- Chers absents (2017) d’Anne Teyssèdre (Editions Persée, 2017)


Pour plus d’informations sur ce beau livre, voir ma note précédente.
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46- Les Grelots de la folie (1969) de Dominique Arly (Fleuve Noir, collection Angoisse, 1969)


Un drame de la passion dont je parlerai dans le cadre d’un autre projet.
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47- Association de malfaiteurs (2017) Collectif (Editions Tristram, 2017)


En 1987 naissaient à Auch les éditions Tristram, une petite maison indépendante qui a su pendant trois décennies maintenir le cap et constituer un magnifique catalogue où l’on croise Burroughs, Ballard, Laurence Sterne, Mark Twain, Eric Losfeld, Kenneth Anger et bien d’autres encore. Pour souffler les bougies de leur trentième anniversaire, Sylvie Martigny et Jean-Hubert Gailliot nous proposent un fascinant kaléidoscope pour rendre compte de leurs activités. Le recueil débute par une superbe nouvelle signée Nina Allan avant de se poursuivre par des textes de natures très diverses : un discours piquant d’Enzensberger sur les manifestations culturelles, une lettre de Maurice Girodias, des tracts signés Losfeld, une superbe évocation de Kerouac par Bernard Wallet, fondateur des éditions Verticales, un autoportrait de Pierre Bourgeade, des critiques littéraires signées Chevillard et Sollers (sur, respectivement, Le Tutu de Princesse Sapho et les Poésies d’Isidore Ducasse), etc. A cela il faut ajouter des entretiens (Medhi Belhaj Kacem revient sur son roman Irène Lepic), des dessins, un essai pointu sur Laurence Sterne et d’amusantes questions d’un traducteur. Cet ensemble hétéroclite est à la fois passionnant et traduit parfaitement la singularité du catalogue Tristram qui ne privilégie pas une période particulière (les « classiques » comme Sterne ou Twain côtoient des auteurs d’aujourd’hui comme Nina Allan ou Vollmann) et évite toutes les œillères puisque l’avant-garde pointue – Arno Schmidt- cohabite avec le journalisme gonzo d’Hunter Thompson et les frasques d’Hollywood décrites par Kenneth Anger. S’il fallait trouver un fil conducteur, ce serait peut-être le rock’n roll et sa réputation de musique « mal élevée ». De nombreux textes tournent autour de la figure du critique musical Lester Bangs et l’on trouvera également Le Journal de Nathan Adler de David Bowie et un entretien avec Patti Smith.
Si Lester Bangs pourrait apparaître comme l’âme damnée de la maison Tristram, c’est parce qu’il a pratiqué l’exercice de la critique en flibustier, indifférent aux phénomènes de mode et au bon goût dominant. Pour les éditeurs comme pour Bangs, il s’agit à la fois d’affirmer des choix forts et de continuer à explorer les chemins de traverse. C’est peu dire qu’on souhaite que leur route soit encore longue…
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48- Bloody Mary (2003) de Jean-Pierre Bouyxou (Editions Les Ateliers du Tayrac, 2008) 


Bloody Mary est, à l’origine, une pièce sonore écrite pour France-Culture. Florimond traîne son ennui dans les bars malfamés et rencontre un beau jour Vlad à qui il confie son désir de se suicider. Mais avant de commettre l’acte fatal, il souhaiterait emporter avec lui un « mec nuisible » : « Je ne sais pas…un mec nuisible, quoi. Un dictateur…ou un flic… C’est pas les ordures qui manquent, y a le choix. Ca rendrait service à la société, non ? » Vlad va tenter de le convaincre d’être plus ambitieux dans ses choix.
Même si le format de ce court récit dialogué ne lui permet pas d’être très ambitieux, il s’avère très plaisant. Bouyxou a le sens des répliques qui cinglent et son découpage très cinématographique empêche le moindre ennui. On y retrouvera également ses obsessions et ses amours pour le vampirisme, pour un art populaire hanté par l’idée de subversion et pour un certain penchant pour le Grand Guignol (le finale que je ne révèlerai pas). Une jolie réussite, en somme…
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49- Mille et un regrets (2017) de Philippe Dumas et Alain Paucard (Editions Jean-Cyrille Godefroy, 2017) 

Alain Paucard est décidément le plus prolifique des écrivains. Quelques mois après son délicieux Eloge du cocu, le voilà qui nous revient avec un projet étrange entre la conversation de bistrot et la bande dessinée. Il s’agit, en effet, d’une succession de vignettes nostalgiques (une longue litanie de « nous, on regrette » au choix : « les banquettes en bois verni des wagons de métro », « la correspondance », « les hercules de rue, les cracheurs de feu, les mangeurs de sabre... »…) donnant lieu à une petite illustration. Comme toujours avec Paucard, on n’est pas obligé d’être d’accord avec lui pour goûter à sa littérature. On n’est donc pas obligé de regretter « l’autorité que conférait l’uniforme » pour apprécier cet hymne au Paris d’antan et à un certain art de vivre aujourd’hui disparu. Alors « réacs », ce Paucard et ce Dumas ? Sans doute, mais est-ce que le progrès promis par la sortie du dernier IPhone ou le libéralisme à tout crin d’un Macron est forcément plus aimable ? Rien n’est moins sûr…

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mercredi, septembre 13, 2017

Disparitions



Chers absents (2017) d’Anne Teyssèdre (Editions Persée, 2017) 


Pour tous les cinéphiles, Anne Teyssèdre restera à jamais l’inoubliable héroïne de Conte de printemps de Rohmer. L’actrice avait disparu de la circulation (pour des raisons de santé, découvre-t-on en quatrième couverture de son livre) même si on a pu la revoir récemment devant la caméra de Gérard Courant (à la fois dans son Cinématon mais également dans la série Lire). C’est donc avec grand plaisir que nous la retrouvons dans la défroque de l’écrivain. Après des essais et des nouvelles, elle publie aujourd’hui Chers absents, un ouvrage regroupant deux récits liés par le même thème : la perte d’un être cher.
L’auteur n’en fait pas mystère, le deuxième récit évoquant la mort de son père est autobiographique tandis que le premier a sans doute également une coloration personnelle : la femme qui s’éteint en laissant quelques effets à ses trois nièces est probablement la tante d’Anne Teyssèdre qui évoque parfois ses deux sœurs. Si je prends soin de souligner cette dimension très intime, c’est parce que le lecteur, sachant cela, aurait pu redouter une œuvre totalement refermée sur elle-même et n’intéressant finalement que celle l’ayant écrite. Or très vite, on réalise qu’Anne Teyssèdre ne tombe pas dans ce piège et qu’elle parvient à donner à ces deux récits un caractère universel.
Pour cela, elle procède avec une minutie d’orfèvre, dépouillant ces deux drames de tout pathos mais également de toute psychologie. Pour évoquer la disparition de Madeleine à la suite d’une longue maladie, elle se focalise sur un ensemble de petits gestes effectués par Jean et procède comme un peintre impressionniste dessinant par petites touches le portrait de son personnage. A travers des réminiscences et des émotions retenues, Anne Teyssèdre parvient à trouver un bel équilibre entre le souvenir de l’être aimé et la déchirure provoquée par son absence.
La déchirure est d’autant plus violente qu’elle est provoquée dans le second récit par la disparition d’un père incarnant jusqu’alors tous les repères de la petite Anne. Là encore, on pourrait redouter le mélodrame et les épanchements lacrymaux. Mais l’écriture d’Anne Teyssèdre reste constamment tenue, digne et précise. Ce drame, elle le raconte avec une infinie délicatesse, nous faisant partager le point de vue d’une fillette qui voit soudainement tout son univers s’écrouler. Les sentiments qu’elle met en scène sont à la fois très personnels mais toucheront quiconque s’est trouvé confronté à la disparition d’un proche. La réussite de ce livre, c’est également de ne pas se contenter de décrire des sentiments et émotions attendus mais de montrer leur complexité. Dans le premier cas, la mort de Madeleine est aussi un soulagement pour Jean tandis que dans le second, la petite Anne se reproche parfois de profiter de la situation pour apitoyer son entourage et attirer la pitié. 
Mais ce que rend palpable avec beaucoup de force l’écrivain, c’est ce sentiment de vide et d’étouffement qui saisit lorsque nous sommes confrontés à la mort et à l’absence. Dans L’Amant d’un jour de Garrel, j’ai été frappé par la manière qu’a Esther Garrel de suffoquer au début du film lorsqu’elle se sépare de son amour. Rarement on aura aussi bien montré sur un écran ce sentiment d’étouffement qui vous étreint lorsqu’une histoire se brise. On retrouve dans Chers absents ce sentiment, cette sensation de vertige qui gagne lorsqu’on réalise qu’on ne pourra plus jamais serrer dans ses bras l’être aimé, lui parler et le voir.  
Le livre n’est cependant pas désespéré et se termine sur une note d’espoir lorsque la jeune femme redécouvre les photos de son père (celle qui orne la couverture de l’ouvrage). D’un côté, le temps permet de guérir partiellement les blessures, de l'autre, il n'arrivera jamais totalement à rogner ce qui a été et à atténuer la force du souvenir : 

« jamais la mort ne pourra nier ce qui a existé, jamais la mort ne pourra nier un instant vécu. Au-delà du monde où elle fut éprouvée, la chose vécue est à jamais vécue. »

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