La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

mardi, novembre 11, 2008

Bibliothèque idéale n°44 : spiritualité et religions

L’homme et le sacré (1939) de Roger Caillois (Gallimard. Folio essais. 2006)

Cela fait une éternité que je ne suis pas redescendu dans cette cave : peu de temps pour lire et entre le Manuel d’Epictète et cet essai de Caillois, j’ai consacré mon temps à la lecture d’un énorme pavé consacré au cinéma de Mai 68.
Revenons donc à notre « bibliothèque idéale » et à la catégorie « Spiritualité et religions » qui n’est pas la plus attirante à mes yeux. Choisissant délibérément de tourner le dos à toute bigoterie, j’ai opté pour une étude plus sociologique du « sacré ».
Publié juste avant la guerre L’homme et le sacré s’inscrit d’ailleurs au carrefour de différentes disciplines, que ce soit la sociologie, la philosophie, l’anthropologie et l’ethnologie. Roger Caillois puise, en effet, au coeur des rituels primitifs pour tenter de cerner la dimension « sacrée » qui fondent nos civilisations.
Mon but n’est pas d’étudier en détail cet essai relativement pointu (j’en serais bien incapable) mais de vous dresser un bref panorama (très, très schématique : étudiants, passez votre chemin !) des thèses de l’auteur. Dans un premier temps, il analyse les rapports inextricables du profane et du sacré en général puis insiste sur « l’ambiguïté du sacré ». Pour schématiser, Caillois souligne la dualité constante entre le « pur » et « l’impur » que sous-tend l’opposition sacré/profane. Il montre que si l’homme aspire au sacré, cette dimension possède également un aspect effrayant et terrifiant (Cf. Saint Augustin) alors que l’ « impur », le « démoniaque » offre de la même façon matière à fascination.
En s’appuyant sur des exemples précis, Caillois montre la « réversibilité du pur et de l’impur » (par exemple, le sang menstruel, considéré comme une souillure mais également utilisé chez certaines civilisations comme remède et délivrance contre d’autres impuretés...). Il existe une dialectique constante entre le sacré et le profane qui prouve que l’un ne peut exister sans l’autre.
Dans un deuxième temps, l’auteur tend à prouver que cette dimension « sacrée » de l’univers s’est sécularisée et qu’on la retrouve au coeur même de l’organisation sociale des sociétés totémiques.
L’aspect dialectique du pur et de l’impur se retrouve dans la division de ces sociétés en phratries et dans l’opposition en grands principes (féminin/masculin, lune/soleil...). De cette opposition profane/sacré naissent les interdits nécessaires au bon fonctionnement de la vie en société (interdits de l’inceste, du cannibalisme...) et éclosent les principes de solidarité et d’économie du don de ces phratries.
Enfin, Caillois offre une théorie de la fête qui fixe le moment de la nécessaire transgression du sacré. Pour que la vie puisse renaître, dans une perception cyclique du temps, il faut des moments où le profane piétine le sacré, où le pouvoir est renversé (de manière symbolique) par les administrés, etc. Tout le monde connaît ces exemples de fêtes carnavalesques où les serviteurs prennent la place des maîtres pour un temps donné.
L’essai se termine par des appendices où Caillois illustre ses théories par des exemples précis.
Tout cela est intéressant mais on me pardonnera de préférer d’autres types de littératures à ce genre d’essais...

NB : A vous de me dire si vous avez des conseils dans le domaine de la spiritualité et de la religion...

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7 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Le catalogue de l'exposition Traces du sacré que j'ai vu, il y a quelques mois au Grand Palais et commenté sur mon blog serait dans une parfaite continuité avec l'essais de Caillois

Bernard Alapetite

7:43 AM  
Blogger FABIEN * BLACK CAT BONES said...

"A vous de me dire si vous avez des conseils dans le domaine de la spiritualité et de la religion..."

Un conseil, jete un oeil sur les livres de René Girard. Les livres d'entretiens sont surement la meilleur introduction que tu trouvera a sa pensée (Des choses cachées depuis la fondation du monde, mais qui date un peu : 1978 / Il a recemment publié Achever Clausewitz en 2007, livre d'entretien avec Benoît Chantre, que je n'ai pas lu mais qui doit etre lumineux, comme chacun de ses ouvrages).

Il est le créateur du concept du "désir mimétique", source selon lui de toute violence dans les sociétés humaines. On a souvent évoqué son oeuvre comme une sorte d' "anthropologie évangélique". Ce n'est pas facile a résumer sur un bout de nappe, mais tu trouvera plus d'infos ici :

http://pagesperso-orange.fr/projetgirard/

3:19 PM  
Anonymous Pablo said...

Plutôt que "L'homme et le sacré", lisez plutôt "Le sacré et le profane" de Mircea Eliade. Son approche est plus "carrée" que celle de Caillois. Et puis c'est une bonne introduction à son oeuvre en général (y compris littéraire).

3:23 PM  
Blogger Combray said...

Tout le cycle de Durtal : Là-bas, En route, la cathédrale, L'oblat.

Je vous mets au défi de ne pas trouver ça magnifique.

1:52 PM  
Anonymous Dr Orlof said...

Merci à tous pour les conseils.
Combray : j'aime beaucoup Huysmans lorsqu'il écrit "A rebours" mais j'avoue qu'"En route" m'a copieusement ennuyé. Il faudra que je tente les autres...

6:00 PM  
Blogger gludure said...

HELIOGABALE, d'Antonin Artaud.

10:37 PM  
Anonymous voyance gratuite mail said...

Merci pour ce très bon site, vraiment un panaché de bonnes et intéressantes idées. Surtout continuez ainsi. Bon courage

10:06 AM  

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