La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

vendredi, septembre 26, 2008

Bibliothèque idéale n° 40 : Révolte, révolutions et contre-révolutions

Hommage à la Catalogne (1938) de George Orwell (10/18. 2003)


Nous voilà enfin de retour pour poursuivre (et terminer) notre cheminement à travers les rayons de la bibliothèque idéale. Et puisque il est l’heure d’aborder le thème « Révoltes, révolutions », pourquoi ne pas rendre hommage à un livre cité en commentaire il y a peu par Vincent, à savoir l’admirable témoignage de George Orwell intitulé Hommage à la Catalogne.

Du grand écrivain britannique, je n’avais jusqu’à présent lu que les merveilleuses fictions antitotalitaires, que ce soit La ferme des animaux (très antistalinien) ou l’incontournable 1984.

C’est un tort car Hommage à la Catalogne m’a prouvé une fois de plus qu’Orwell fait partie des plus grands écrivains du 20ème siècle.

Fin 1936 : alors que la guerre d’Espagne fait rage, Orwell décide de s’engager et de combattre au front le fascisme. Il combat sur le front d’Aragon aux côtés des milices du POUM (parti ouvrier d’unification marxiste) et raconte son expérience de soldat dans ce document exceptionnel.

Document exceptionnel pour deux raisons (au moins). D’une part, parce que l’écrivain nous propose d’abord de vivre ces quelques mois au cœur même de cette guerre d’Espagne dont les conséquences furent si funestes pour l’Europe et le monde à la fin de la décennie. Il traduit d’abord dans un premier temps la liesse révolutionnaire qui s’est emparée du cœur des espagnols et évoque avec fougue l’espoir encore possible d’un monde radicalement nouveau (sa description de Barcelone est empreinte d’une véritable ferveur). Puis il détaille son action au sein des milices du POUM. D’un côté, le caractère presque « amateur » de cette armée de fortune (peu d’armes, un enthousiasme un brin désordonné…) ; de l’autre, la dureté des conditions de vie au front, dans les tranchées, contre un ennemi presque invisible (Orwell ne décrira qu’une seule bataille).

Il faut absolument louer ici le talent d’évocation de l’écrivain. Je ne crois jamais avoir lu quelque chose d’aussi prenant et d’aussi concret que ce passage où il raconte le moment où il est blessé par une balle qu’il prend en pleine gorge. Rarement j’ai senti avec une telle force ce que l’auteur a pu ressentir à ce moment là. C’est assez extraordinaire.

Puis c’est le retour à Barcelone, le constat que les choses ont changé (l’armée « régulière », noyautée par les communistes, a rétabli l’ancien système et il n’est désormais plus question de révolution) et les désillusions de plus en plus grandes lorsque le POUM est mis hors la loi et ses membres pourchassés et emprisonnés.

Avec ce livre, (et c’est la deuxième raison qui le rend indispensable) Orwell saisit parfaitement les mécanismes politiciens qui amenèrent au désastre que l’on sait. Soucieux des alliances diplomatiques et de sa « respectabilité », le parti communiste, totalement asservi aux directives de l’URSS, s’est allié à la démocratie bourgeoise et a liquidé honteusement son « aile gauche » (le POUM, les anarchistes…). Orwell revient en détail sur l’atmosphère de guerre civile dans Barcelone qui conduisit à des batailles de rues et à de nombreuses provocations staliniennes (l’épisode du central téléphonique). En appendice, il met à plat tous les enjeux politiciens et les luttes intestines qu’a mis au grand jour la guerre d’Espagne. Il pointe ainsi tous les mensonges et calomnies qu’ont du subir, notamment de la part de la presse, les gens du POUM et les véritables révolutionnaires lors de la stratégie d’alliance entre un PC uniquement avide de pouvoir et la démocratie bourgeoise.

Ce qui caractérise Orwell, c’est sa grande honnêteté intellectuelle. Il se base, pour son argumentaire, sur les choses auxquelles il a pu assister. Mais il ne masque jamais le fait qu’il regarde tout d’un point de vue partisan et engage le lecteur à se méfier aussi bien des mensonges (habituels !) des journaux que de ses propres écrits.

60 ans plus tard, l’Histoire a prouvé que c’est l’écrivain qui était dans le vrai et, que comme en 1917, le parti communiste était une fois de plus parvenu à confisquer une révolution…

NB : A vous de jouer : quels livres dans la catégorie « révoltes, révolutions, contre-révolutions » me conseillez-vous ?

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5 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Cela ne vous surprendra pas si je vais plutôt du coté de la contre-révolution. Si je vous suis entièrement pour Orwell qui mériterait bien de figurer dans la Bibliothèque de la Pléiade, je vous conseille de lire la guerre d'Espagne vue par Robert Brasillach cela s'appelle Histoire de la guerre d'Espagne (Plon éditeur), on le trouve chez les bouquiniste à petit prix. Et toujours dans le registre contre révolutionnaire le journal de Léon Daudet c'est surtout très drôle Bouquin éditeur. On peut y ajouter la correspondance de Lovecraft. Pour la révolution il y a Valles un écrivain immense qui n'a pas sa juste place à mon sens dans l'histoire littéraire française...

Bernard Alapetite

11:08 PM  
Blogger Dr Orlof said...

Bernard : Hum, Brasillach, je ne suis pas fan : "les sept couleurs" m'ont ennuyé à mourir et si j'aime beaucoup le début de "Notre avant-guerre" (le côté nostalgique, très brillamment écrit), je décroche lorsque l'auteur sombre dans l'idéologie. J'ai un peu peur de retrouver ceci dans son livre sur la guerre d'Espagne (autant lire l'indispensable "les grands cimetières sous la lune" de Bernanos).
Daudet : oui, son "Journal" est délicieusement drôle et très vivants. C'est le meilleur côté de l'auteur dont je n'aime ni les romans, ni les pamphlets...
Vallès : nous sommes d'accord...

12:44 PM  
Anonymous Vincent said...

Messieurs, je suis plus sectaire que vous. Pas de contre-révolutionnaires dans mes rayons, sauf Céline et encore après de longues hésitations.
Orwell, Vallès, Césaire trois fois oui, Zola, Hugo, Michelet, Michel, Malraux sans problème. J'ai un faible pour "l'Histoire de la Commune de 1871" de Lissagaray. Sinon, il y a l'excellent "Octobre ou les 10 jours qui ébranlèrent le monde" de Reed qui est le livre que j'ai acheté avec ma toute première paye. St Just m'avait ennuyé. Reste dans un autre genre La Commune de Tardi et Vautrin, et puis quand même un contre révolutionnaire : Hergé avec Tintin chez les soviets qui me fait toujours beaucoup rire.

2:15 PM  
Blogger Dr Orlof said...

Rassure toi, Vincent, chez moi, les révolutionnaires sont bien plus nombreux que les auteurs "contre révolutionnaires" que j'ai pu récupérer de la bibliothèque de mes grands-parents (j'ai même un exemplaire dédicacé d'un livre de Maurras!)
Je possède bien évidemment le Lissagaray, qui siège entre "la commune" de Louise Michel, "la lanterne" de Rochefort et "les réfractaires" de Vallès sur les rayons de ma bibliothèque.
Pour d'autres révoltes, il me faudrait aussi citer l'indispensable "l'insurrection situationniste" de Laurent Chollet, le "Mai retrouvé" de Baynac et je cherche désespérément les écrits d'Hébert et de Cloots pour 1789.
Côté révolution russe, il ne faut pas se dispenser de "la révolution inconnue" de Voline et des écrits de Nestor Makhno que je cherche aussi avec avidité...

NB : Si tu parviens à faire abstraction de quelques traits détestables de sa personnalité (nationalisme outrancier, antisémitisme...), je te recommande encore une fois les souvenirs de Léon Daudet qui restent un fabuleux tableaux de la vie intellectuelle française à la fin du 19ème, où l'auteur fait preuve d'un sens du portrait inégalé et de beaucoup d'humour...

5:31 PM  
Anonymous voyance gratuite en ligne said...

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10:11 AM  

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