La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

mardi, février 21, 2006

Mau Mau Sex Sex

Etant donné que les livres que j’attaque en ce moment sont fort épais et ne donneront pas lieu à des notes (les poésies de François Villon, les comtes-rendus sténographiés des procès Pétain et Laval), je profite de ce temps libre pour vous dire deux mots d’un petit documentaire diffusé actuellement sur CinéCinéma Auteur et intitulé Mau Mau Sex Sex.
Derrière ce titre sibyllin se cache en fait un portrait de David Friedman et Dan Sonney, deux vieux briscards de la « Sexploitation », où pendant 55 minutes, les deux vieux loups de mer égrillards se remémorent la manière dont ils ont produit, au cours des années 50 et 60, toute une série d’œuvrettes de plus en plus lestes, destinées aux salles d’exploitation et au « Drive-in » .
Agrémenté d’extraits d’aberrants films naturistes ou de gouleyants « nudies », ce documentaire fourmille d’anecdotes très drôles où nos papys expliquent qu’un film, c’est comme un paquet de farine qu’il faut secouer dans tous les sens (en l’affublant à chaque fois d’un titre différent, par exemple !) pour qu’il en sorte quelque chose. On y apprend également que les camps naturistes où étaient tournés certains films ne regorgeaient pas de « top-models » et qu’il fallait engager des actrices pour qu’elles aillent se dévêtir aux milieux des tenants du retour à la nature ! De même, Friedman explique les difficultés à filmer ce genre d’endroit avec une censure qui acceptait de voir à l’écran des fesses et des seins mais pas plus (il fallait alors jouer avec le cadre).

Le plus drôle restant les techniques publicitaires utilisées pour ce type de films, notamment lorsque l’un des deux producteurs expliquent comment ils s’y prenaient pour draper les scènes osées derrière des alibis éducatifs. Ainsi, avant de permettre aux spectateurs de se rincer l’œil, on le mettait en garde contre, au choix, la prostitution, le mariage infantile, les maladies vénériennes… N’est-ce pas d’ailleurs cette dichotomie entre ce qui est montré et les avertissements moralisateurs proférés qui fait tout le charme de ce cinéma ?

Friedman fut l’un des papes de la Sexploitation fauchée. Il commença par produire des films nudistes puis des « nudies » 1 qu’il déclina sous toutes ses formes imaginables (des kinkies , films tordus comme The defilers de Robert Lee Frost, des roughies comme She Freaks de Byron Mabe ou les fameux bloodies, films sanglants dont le plus fameux maître d’œuvre fut Herschell Gordon Lewis).

Là encore, nous aurons droit à quelques anecdotes sur le tournage du mythique Blood Feast, film tourné pour quelques milliers de dollars et qui en rapportera prêt de 30 millions. Lors d’une séquence de ce premier film « gore » de l’histoire du cinéma, l’héroïne se fait arracher la langue. Friedman revient sur cette séquence qui nécessita l’achat d’une langue de mouton et d’une bonne dose de confiture de groseille à laquelle était mêlée un désinfectant anti-diarrhéique ( !). Lorsque l’actrice vit la scène, elle répliqua au producteur qui lui demandait son avis que c’était « gerbant ». Et c’est ainsi que Friedman eut la fantastique idée publicitaire d’offrir des sacs à l’entrée des salles en cas de malaise ! Les trucs publicitaires de l’époque avaient un charme qu’on serait bien en peine de retrouver aujourd’hui !

Commenté par le cinéaste fou Frank Henenlotter (auteur de Basket case et d’Elmer, le remue-méninges) , ce petit document s’avère croustillant et donne envie de se replonger dans ce cinéma d’exploitation qui n’intéresse malheureusement pas grand-monde (si seulement quelqu’un comme Bouyxou pouvait consacrer un ouvrage entier à cette partie immergée de l’iceberg cinéma !) et qu’on ne sait comment découvrir.

Un seul bémol : le côté anecdotique (très plaisant) du documentaire prime sur le côté pédagogique. Extraits de films lancés sans renseignement, aucun titre ni noms de réalisateurs mentionnés (même pas au générique de fin !) ; nous sommes un peu frustrés de ce côté. Considérons donc Mau Mau Sex Sex comme une invitation à la réalisation d’un vrai documentaire sur l’histoire du nudies, replaçant ce genre dans une histoire globale (si le cinéma mainstream a pu se libéraliser, c’est aussi parce que ces films parallèles ont existé) et permettant de défricher un pan passionnant de l’histoire du cinéma…



1 « Association baroque de Mad et de Playboy » , les nudies étaient des comédies maboules et cheap dont chaque séquence devait, sous n’importe quel prétexte (ou, mieux encore, sans prétexte du tout) , comporter une ou plusieurs femmes à poil. Le genre, spécifiquement américain, a été lancé en 1959 par The immoral Mr Teas de Russ Meyer. Financé par des petits producteurs indépendants et réservé aux circuits de distribution parallèles, il échappait aux contraintes du Code Hays. Son âge d’or s’est achevé vers le milieu des sixties… » Jean-Pierre Bouyxou « Une encyclopédie du nu au cinéma » .

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2 Comments:

Anonymous Glurb said...

Cher Docteur, tout en étant un lecteur fidéle et avide de vos blogs (l'ubiquité étant une chose merveilleuse vous en conviendrez), je me dois d'émettre, disons, une remarque un peu acerbe.

En effet, vous admirez ici le sens publicitaire de David Friedman distribuant des sacs à vomi à l'entrée de la salle. Puis vous en rfitez pour critiquer l'indigence des méthodes marketing de notre époque. Hé ben là tout de suite, j'ai des doutes.


Premièrement, je me dis, avec une certaine mauvaise foi peut-être, que si un de ces films modernes que vous haïssez tant en faisait autant, vous sauteriez sur l'occasion pour enfoncezr le clou sur le mauvais goût "qu'il affiche sans avoir". Mais bon, ça, c'est peut-être seulement moi. (D'ailleurs à cette occasion, et si d'aventure vous allez le voir, j'aimerais beaucoup avoir votre opinion sur Sheitan)


Deuxièmement, et c'est là que je voudrais surtout insister, c'est peut-être justement le marketing qui de nos jours est le plus imaginatif dans l'industrie du cinéma. Autant (et là j'ai une certaine tendance, malgré mon jeune duvet, à être d'accord avec vous) le paysage cinématographique récent se révèle, pour le grand public, d'une bêtise, d'une ignominie, ou tout simplement d'une vacuité abyssale (je me suis toujours pas remis de la sortie des Bronzés 3), autant le marketing qui entoure ces films est redoutable.


Rien que les affiches relèvent maintenant de l'oeuvre d'art, ou font preuve en tout cas d'une recherche très aboutie. Comparez celles de Autant en emporte le vent, de La vie est belle, de Some like it Hot, etc avec celles de Angela, de Munich, de la Planète des Singes ou même de Kill Bill! Le concept de l'affiche de cinéma a évolué; celle-ci ne vise plus à simplement présenter le genre, les acteurs, même parfois un peu de l'intrigue. Dorénavant, elle accroche l'oeil.


D'autre part, la profusion de gadgets qui entourent de nos jours la sortie de certains blockbusters laisse rêveur. La palme revient ici à Disney, qui, fort de ses 80 ans d'expérience, produit maintenant des gadgets à la fois amusants, bien conçus, et corresondant exactement à l'image véhiculée par le film (je pense ici à Narnia, et au battage qui l'a entouré).


Et puis il y a les initiatives de chaînes ou de cinémas particuliers. Pour la première de Brice de Nice (je n'y étais pas) (même si j'ai vu le film) (et que j'ai ri, quand même un peu, si si) (pas beaucoup ok), un des cinémas de ma ville avait autorisé l'accès uniquement aux T-shirts-jaunes-pantalons-noirs...

Enfin on peut parler des produits dérivés, des parces à thèmes, etc, qui, même s'ils ne contribuent pas à proprement parler au marketing de tel ou tel film, font quand même sacrément pour l'image globale de a companie (Disney) et/ou des sagas qui ont lancé ces produits dérivés (Star Wars/SdA, etc). On peut ici penser à l'afflux soudain de produits dérivés Star Wars dans tous les magasins peu avant la sortie de l'épisode III, produits dérivés qui faisaient plus ou moins appel à des notions, des personnages, des répliques employées dans cet épisode. C'est vicieux mais ça fait son petit effet.



Bref, tout ça pour dire que POUR UNE FOIS, je ne suis d'accord avec vous.
J'aurais au contraire tendance à dire qu'il n'y a plus que le marketing qui joue (il n'y a qu'à voir ces bandes-annonces qui nous font miroiter des films remplis de grands moments, ou forts de répliques chocs, ou hilarants, alors qu'elles ne font en fait que regrouper les rares moments marquants au milieu de l'inanité du film!) (je ne sais pas si vous vouyez de quoi je parle, mais j'ai HORREUR quand ça m'arrive).

Amicalement, Glurb.
(qui promet d'en écrire moins long la prochaine fois, mais que voulez-vous, la logorrhée, c'est ma passion)

10:13 PM  
Anonymous Dr Orlof said...

Cher Glurb.
Plusieurs petites choses.
Primo, je n'ai aucune haine pour les "films modernes" (ça serait un comble) même s'il m'arrive de m'acharner violemment sur certains d'entre eux (mais pas forcément les films "commerciaux" : j'ai été aussi cassant pour des films "d'auteur" comme "Peindre ou faire l'amour", "Travaux" et "Gentille" alors que j'ai admiré un certain nombre de "blockbusters" ("Charlie et la chocolaterie", "les autres", "Titanic" ou "Spiderman").

Pour revenir ensuite à ce que j'aime chez Friedman, c'est au contraire le côté lamentablement fauché de ses techniques publicitaires, cherchant à rentabiliser à tous prix ses improbables films (en les retitrant, en les faisant débuter par de splendouillets avertissements...). Nous sommes ici dans une autre économie du cinéma et ce côté système D à quelque chose de plaisant (comme ce grand maître de la série Z, William Beaudine, qui inventait à chacun de ses films des gadgets pour terroriser son public)

J'avoue que, par ailleurs, le marketting d'aujourd'hui me révulse profondément (c'est d'ailleurs en réaction à ce matraquage que je dis beaucoup de mal des "bronzés 3" alors que je ne l'ai pas vu et que je suis un fan des deux premiers épisondes!), aussi habiles soient les méthodes utilisées.

Merci en tout cas pour votre commentaire et n'hésitez pas à revenir donner votre avis.

8:20 PM  

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