La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

vendredi, mai 02, 2008

Bibliothèque idéale n°14 : littératures nordiques

Contes (1835-1872) de Hans Christian Andersen (Le livre de poche. 2006)




Ouf ! Je crus ne jamais venir à bout de ma littérature nordique.

Outre mes nombreuses activités annexes du moment, j’eus beaucoup de mal à dénicher le livre me convenant pour ma bibliothèque idéale. Certains auteurs me sont très chers mais soit les titres proposés figuraient déjà dans ma bibliothèque (Ibsen), soit ils sont introuvables dans ma ville pour les auteurs dont je possède pourtant d’autres œuvres (Hamsun, Strindberg et l’immense Dagerman).

Je me suis donc rabattu sur les fameux contes d’Andersen que je souhaitais lire depuis ma découverte de l’essai de Jack Zipes sur les contes de fées et l’art de la subversion.

Que dire de plus sur ces contes dont certains sont toujours célébrés dans le monde entier et ont été adaptés en films (la petite fille aux allumettes) ou en dessin animé (la petite sirène) ?

Peut-être juste souligner l’intelligence de l’édition établie par Marc Auchet puisqu’elle offre, outre les titres des contes enfantins de renommée internationale (ceux déjà cités mais également Le vilain petit canard, la princesse sur le pois…), un panorama du talent de conteur d’Andersen qui se décline à l’intérieur de récits moins directement écrits pour les plus petits.

Pour ma part, quitte à passer pour un hérétique, je trouve néanmoins que l’ensemble de ces contes est inégal. J’adhère sans réserve aux plus connus (la petite fille aux allumettes reste un sommet d’émotion digne) mais certains m’ont paru assez assommants. Comme les histoires drôles, les plus courts sont souvent les meilleurs et j’avoue avoir baillé en lisant l’interminable Une histoire de dune ou le vent raconte l’histoire de Valdemar Daae et de ses filles.

Entre ces deux extrêmes, tout un panel de contes allant de la délicieuse satire sociale (l’excellent et très drôle Les nouveaux habits de l’empereur) au récit édifiant un brin sulpicien et cucul (Ce que racontait la vieille Johanne) en passant par des historiettes bouleversantes (la très émouvante Une peine de cœur) ou poétiques (les très beaux contes que sont, par exemples Les fleurs de la petite Ida ou Le lutin chez le charcutier).

Contrairement aux grands conteurs « classiques » (Perrault, Grimm), Andersen est issu d’un milieu social modeste. Sa renommée, il ne la doit qu’à son talent d’écrivain et à son travail acharné pour s’extirper de son milieu. A quelques exceptions près, ses contes ne sont pas non plus des réécritures de fables populaires orales mais bel et bien le produit de son imagination. Or l’on constate que la plupart de ses contes font allusion à ses origines modestes et qu’il a sans arrêt développé un complexe lié à son extraction sociale (le conte le plus significatif restant sans aucun doute le vilain petit canard).

Mais comme le souligne Zipes, si Andersen se penche souvent sur les conditions de vie des plus démunis (comment ne pas verser une larme sur le sort de la petite fille aux allumettes ?), il ne remet jamais fondamentalement en question l’ordre social existant. Il peut railler certains défauts des nantis et des gens de pouvoir (les nouveaux habits de l’empereur) ou montrer la grandeur d’individus mal jugés en raison de leurs positions sociales (Elle n’était bonne à rien !, Le jardinier et ses maîtres…) ; il reste néanmoins persuadé que cet ordre des choses est la volonté de Dieu et que chacun peut connaître le bonheur à condition d’être honnête et pieux.

Je caricature à peine tant certains contes débordent d’eau bénite et d’appels à la résignation béate !

Pour l’auteur, malgré la rudesse de l’existence pour une grande partie de la population, il ne fait aucun doute que le bonheur attend ces gens-là dans l’au-delà et qu’il faut prendre son mal en patience puisque c’est la volonté de Dieu !

Position pas très joyeuse mais qu’Andersen dépasse néanmoins en nous invitant à découvrir les individus au-delà des apparences, de voir la grandeur de certaines petites gens dont l’honnêteté et la loyauté valent mieux que l’hypocrisie des nantis.

Le rossignol est peut-être l’un des contes qui illustre le mieux les positions d’Andersen : on y voit à la fois son désir d’être reconnu par les plus grands comme poète, son envie de prouver que brille aussi une flamme incomparable chez les plus modestes (ce rossignol que seuls les enfants avaient remarqué dans un premier temps) mais aussi sa fidélité à l’égard des puissants.

Aucun désir chez lui de bouleverser la hiérarchie sociale mais juste une volonté parfois touchante d’y trouver une petite place et d’en réclamer une pour les plus modestes…

Alors, puisque les affaires reprennent, quels auteurs nordiques placeriez-vous d’urgence dans votre bibliothèque idéale ?

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2 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Sans hésiter tout en haut je mettrais le merveilleux voyage de Nils Holgersson dont il existe une très belle édition moderne chez Acte sud. Je dois en partie à ce livre que nous lisait chapitre après chapitre mon institutrice du cours préparatoire mon amour de la lecture. J'avais sept ans et j'ai tanné ma mère pour qu'elle m'achète le livre car j'étais trop impatient de connaitre la suite. Mais je n'ai jamais pu rattrappé mon institutrice car n'imaginant pas alors que l'on puisse commencer la lecture d'un livre par son milieu, je le lus de la première à la dernière, bien difficile pour l'enfant que j'étais.
J'ajouterais à ce classique que je lis toujours et qui fut une belle invitation à voyager en Suède, ce que je fis des années plus tard, Mon frère et son frère d'Hakan Linquist (édition 10-18) qui est l'histoire de Jonas qui part à la recherche de son frère Paul mort 502 jours avant sa naissance, livre très émouvant à l'écriture limpide et puis il y a Blixen et son ensemble de texte sur le Kenya qui me poussèrent à parcourir ce superbe pays (il faut dire que ma passion des animaux est comblée aussi bien par Blixen que par Selma Lagerlof) Les comtes de Blixen recommandés par un autre de tes lecteurs valent également le détour..;

Bernard Alapetite

4:49 PM  
Anonymous Piotr Brunetki said...

C'est pas un peu anachronique et surtout un poil réducteur de faire une critique marxiste d'Andersen ?

10:03 PM  

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