La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

mardi, octobre 30, 2007

Le hussard du polar

J’ai déjà donné… (2003) de A.D.G. (Le dilettante. 2007)

Sans perdre un instant, attaquons notre nouvel abécédaire qui sera moins formaliste que le précédent. On y retrouvera sans aucun doute des titres de la collection l’imaginaire mais ça ne sera pas une priorité absolue (nous essayerons également, pour suivre les conseils d’un avisé lecteur, la collection Domaine étranger de 10/18). Néanmoins, nous donnerons pour cette série une grande priorité aux auteurs « sulfureux », ceux qui dérangent et font grincer les dents (qu’importe leur place sur l’échiquier politique du moment qu’ils fuient comme la peste l’extrême centre et les obédiences molles !).

Débutons en fanfare même s’il ne s’agit ici ni de pamphlet, ni de littérature polémique mais d’un simple roman noir.

Au cours des années 70, la littérature policière française va être totalement bouleversée par l’émergence de nouveaux talents (Manchette, Fajardie, Quadruppani…) dont les œuvres, fortement politisées (nous sommes dans la lignée de mai 68), vont rénover de fond en comble la « Série Noire ». A.D.G., dont le premier livre La divine surprise sort en 1971, fit partie de ce mouvement mais il va vite se distinguer de ses compagnons en adoptant des positions politiques à peu près opposées à celle d’un Manchette dont il reste, en quelque sorte, le double inversé (il lui fait d’ailleurs quelques clins d’œil amicaux dans J’ai déjà donné…).

Pour s’être opposé farouchement à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie ainsi qu’au régime prétendument socialiste du monarque Mitterrand, A.D.G. va être catalogué auteur « d’extrême droite » (« Le coup commence à être connu. Toute critique non homologuée de ce monde doit être poussée vers l’extrême droite de manière à y être discréditée à jamais. » (Muray)).

Moi qui découvre A.D.G. avec J’ai déjà donné…, je peux vous affirmer que malgré un avocat royaliste comme personnage principal et quelques coups de griffes bien sentis contre le pouvoir en place en 1981, il n’y a pas l’ombre d’une ambiguïté « extrémiste » dans ce livre. L’auteur est davantage « anar de droite » (pour emprunter une expression qui ne veut rien dire !), une sorte de hussard qui, à l’instar de Nimier, use avec gourmandise du gallicisme (« ticheurte », « ouiskie », « ouiquende », « bloudjine »…) et s’inscrit volontiers dans la lignée d’auteurs comme Céline, Aymé ou encore Jacques Laurent.

J’ai déjà donné… débute par la mort d’un personnage visiblement récurrent dans les policiers d’A.D.G., le journaliste obèse et porté sur la bouteille Machin. En Nouvelle-Calédonie, son avocat et ami Pascal Delcroix enquête sur cette prétendue mort (le corps retrouvé n’a été identifié que par la veuve facilement consolable de Machin) et entre en possession d’un tapuscrit écrit par le journaliste, retour sur une sombre affaire où l’avocat fut mêlée aux environs de Tours en 1981…

L’auteur joue ici sur l’enchevêtrement des deux récits et s’amuse à distancier le récit de Machin (Delcroix intervient toujours en fin de chapitre et pointe les erreurs ou mensonges du journaliste). Il parvient ainsi à faire des révélations sur son personnage fétiche (adepte de soirées orgiaques et membre d’une loge maçonnique !) tout en témoignant une véritable tendresse puisqu’il est chargé d’endosser tous les « vices » de l’auteur (le véritable double de l’écrivain, c’est Pascal et Machin s’adresse à lui en ces termes : « Qu’aurai-je été en définitive pour toi ? interrogea-t-il les larmes aux yeux. Un double grotesque, un faire-valoir pittoresque ou simplement comme un gros frère imaginaire ? »). Le travail sur les personnages fait tout le sel de ce roman où l’on se fiche un peu, il faut bien le dire, de l’intrigue policière.

Et ce qui enchante de manière encore plus évidente, c’est évidemment le travail sur la langue. A.D.G se révèle grand styliste et son écriture est un vrai régal : outre les gallicismes cités, c’est un festival de calembours, de jeux de mots foireux, de digressions jubilatoires (j’adore quand il s’en prend au « langage jeune ») et de piques sanglantes… Il joue avec le langage avec gourmandise et sait passer du coq à l’âne, des considérations les plus triviales à un certain raffinement de style.

Inutile de vous dire que je vais désormais guetter chez les bouquinistes les œuvres antérieures du lustucru qui a eu la mauvaise idée de casser sa pipe en 2004…

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2 Comments:

Anonymous Bernard Alapetite said...

Très bonne idée de remettre ADG sur le devant de la scène.

10:34 AM  
Blogger Reema dsouza said...

Grâce à votre site je viens d’appendre plusieurs choses. Continuez !

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