La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

dimanche, septembre 23, 2007

Le noir leur va si bien...

Weepers circus. Tout n’est plus si noir…

C’est mon illustre frère qui m’a parlé pour la première fois des Weepers circus, groupe alsacien qu’il a connu lorsqu’il faisait ses études à Strasbourg. Lorsque j’achetais l’album Faîtes entrer, je pensais avoir affaire à un énième groupe rigolo et festif, sans réelle personnalité. Or quelle fut ma surprise de découvrir un album d’une remarquable maturité, très influencé par les Têtes raides mais possédant néanmoins sa propre personnalité et ne cherchant en aucun cas la facilité (un titre était même un hommage à Holderlin !). L’album suivant, la monstrueuse parade (hommage au Freaks de Tod Browning), confirmait le talent d’un groupe capable de faire sonner une note singulière au sein de la scène française « alternative ». Le dernier opus de la formation alsacienne, Tout n’est plus si noir.., poursuit le chemin tracé par les deux albums précédents tout en apportant un souffle plus « rock » qui lui permet d’éviter la simple redite.

Du côté des balises désormais immuables, nous retrouvons le traditionnel morceau chanté avec Olivia Ruiz. Rappelons qu’avant que sorte le premier album de la chanteuse à succès, les Weepers l’avaient repéré et fait enregistrer le magnifique duo La renarde que l’on retrouve d’ailleurs sur cet album en bonus. Olivia Ruiz participa également à La monstrueuse parade et on la retrouve ici pour un titre, Petit homme, qui s’inscrit totalement dans la lignée de ses chansons de La femme chocolat (et la présence de Matthias Malzieu au ukulélé ne fait qu’accentuer la similitude). Cela n’empêche pas la chanson d’être très belle.

Fins paroliers (j’emploie délibérément le pluriel car presque tous les membres du groupe écrivent), les Weepers circus savent trousser des textes simples et émouvants, sertis dans des couleurs mélodiques élégantes et séduisantes. Peu d’écoute suffit pour avoir dans la tête les refrains de Je crois entendre (chanson douce superbe, chantée en duo avec Irène Jacob sur une musique de Bizet) ou de De l’art, ma fille. De la même manière, la ballade Liverpool est un très bel hommage à John Lennon et aux Beatles et elle prouve que les influences du groupe ne se limitent pas à la chanson à textes française mais également à la pop britannique.

Je ne ferai pas de Tout n’est plus si noir… un grand album « rock » mais sa tonalité est beaucoup plus « électrique » que les albums précédents. La guitare électrique prend une place plus conséquente, au détriment des cuivres et autres clarinettes qui faisaient jusqu’à présent l’essentielle des mélodies du groupe. Un morceau comme apprends-moi, avec une basse omniprésente, évoque presque la New-Wave des années 80.

Ce mélange entre classicisme (Bizet, le dernier titre s’inspire d’une introduction d’un morceau de Vivaldi), de chanson française et de tonalité plus rock fait la parfaite réussite d’un album séduisant de bout en bout.

Le groupe nous amuse avec Tout le monde chante en dressant un tableau ironique du paysage de la chanson française contemporaine sur un rythme reggae (« Des chanteurs engagés, qui jettent des pavés/ Qui prêchent dans la rue, aux foules convaincues/ Des couineuses de l’aigu, au goût de déjà-vu/ Chanteuses de variétoches, canadiennes cloches/ Des écoles de chanson qui forment des canons/ Sous les yeux de millions de juges en caleçons. ») ou nous touche par la mélancolie de certains titres. Il sait également éviter la banalité de la chanson à « message » tout en parvenant à signer un très beau texte sur l’ignoble politique internationale des Etats-Unis (Chronique de la fin des temps).

J’avoue n’avoir même pas trouver un morceau plus faible comme dans leurs deux albums précédents et être totalement séduit par Tout n’est plus si noir… qui, espérons-le, va propulser les Weepers Circus à la place qu’il mérite aux côtés des plus grands groupes de la scène françaises (les Têtes raides, Les ogres de barback…).

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1 Comments:

Anonymous Agoraphobe said...

Je partage tout à fait votre avis sur cet album (je n'ai pas encore pu écouter les deux autres). J'admire en particulier la référence à Buzatti, très bien rendue; il est (très) rare que l'on arrive à rendre fidèlement l'"idée" d'un texte dans un morceau de musique, tout en restant créatif (Catherine Leforestier y était magnifiquement arrivée avec Rimbaud).

3:00 PM  

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