La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

samedi, septembre 29, 2007

Toujours Thoreau...

Walden ou la vie dans les bois (1854) de Henry David Thoreau (Gallimard. L’imaginaire. 2005)

En 1845, alors que l’Amérique débute sa révolution industrielle, l’écrivain et philosophe Henry David Thoreau (j’ai déjà évoqué ici son célèbre la désobéissance civile) décide de rompre avec la civilisation en allant construire une cabane dans les bois, pour y vivre seul. Le voilà installé près du lac de Walden dans le Massachusetts, livré à lui-même et au travail de ses mains…

Il est sympathique, Thoreau, avec son écologisme primitif, son rousseauisme idéaliste (c’est la civilisation qui corrompt les individus) et son éloge de l’individu réconcilié avec lui-même, en harmonie avec ce qui l’entoure. D’une certaine manière, c’est l’ancêtre des beatniks et autres hippies qui crurent réinventer la vie en retournant à la nature.

Ironiser sur ce panthéisme un brin simpliste ne serait pas très dur mais ça serait passer à côté d’une critique assez lucide du progrès comme nouvelle déité et de la manière dont la technologie et l’industrialisation aliènent l’homme plutôt qu’elles ne le libèrent. En ce sens, la conclusion de Walden et sa longue introduction (la partie intitulée Economie) constituent les pages les plus convaincantes du livre. On peut y lire des réflexions qui n’ont pas vieillies et certaines phrases méritent de ne pas être oubliées : « Les nations sont possédées de la démente ambition de perpétuer leur mémoire par l’amas de pierre travaillée qu’elles laissent. Que serait-ce si d’égales peines étaient prises pour adoucir et polir les mœurs ? »

Mais, comme souvent chez les contempteurs du monde comme il ne va pas, les remèdes semblent parfois pires que les maux ! Ainsi peut-on partager le scepticisme de Thoreau quant au Progrès sans éprouver la moindre envie de se terrer dans les bois et de vivre en trappeur au milieu des bestioles et des arbres !

Thoreau raconte donc son quotidien dans sa cabane et le récit de Walden se décline lentement, au rythme des saisons et des observations de l’auteur. Les moindres détails donnent matière à descriptions et réflexions : les bruits qui environnent la cabane, les lieux (nous aurons droit à des longues descriptions des divers lacs de la région), les animaux et les aléas du temps (toutes les modifications que subit la nature entre l’hiver et le printemps).

Le résultat est, il faut bien l’avouer, assez emmerdant ! Ceux qui ont l’occasion de passer l’hiver à la campagne comprendront le type d’ennui que peu distiller ce livre. Pour Thoreau, l’harmonie de la nature est la manifestation éclatante de la toute puissance de Dieu et son récit est emprunt d’une religiosité assez pénible tant elle idéalise cette nature (alors qu’elle n’est ni Bien ni Mal : elle Est, c’est tout).

Quand il montre les travers de la civilisation (le ridicule de la mode, l’ignominie de devoir trimer toute une vie pour ne pas même avoir un toit à soi…), Thoreau est assez percutant ; mais quand au lieu de réfléchir à la possibilité d’asservir la technique au profit de l’homme, il décide de tout rejeter et de retourner dans les grottes, on a du mal à le suivre…

Thoreau et son ami Emerson représentent parfaitement ce courant de la pensée américaine (qui perdure aujourd’hui chez quelqu’un comme Terence Malick) qui prône la liberté de l’individu et sa réconciliation avec lui-même (contre la toute-puissance de l’Etat, de l’économie marchande, de l’industrie…). C’est sympathique mais proposer, en guise de solution, un retour à la nature nous paraît aujourd’hui un peu archaïque. Mis à part quelques babas nostalgiques, le lecteur aura du mal à se reconnaître dans cette pensée…

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