La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

dimanche, septembre 23, 2007

Souvenirs de Jérusalem

Un voyage à Ur de Chaldée (1971) de David Shahar (Gallimard. L’imaginaire. 1986)

Certains de mes proches m’ont fait remarquer gentiment que j’étais un brin psychorigide en me pliant à ce système d’abécédaire et en limitant mon choix à la collection l’imaginaire. Je le reconnais et j’avoue même avoir eu une petite frayeur en revoyant Préparez vos mouchoirs de Blier, au moment où Dewaere présente fièrement à Carole Laure sa collection complète du Livre de poche. Ne suis-je pas en train de devenir comme lui, me dis-je ?
Sauf que si je ne m’imposais pas ces petites contraintes (je le fais d’ailleurs de façon totalement ludique), je n’aurais sans doute jamais ouvert un livre de David Shahar, écrivain israélien dont j’ignorais tout. Je me serais donc privé de lire ce Voyage à Ur de Chaldée, délicieuse évocation des souvenirs de l’écrivain et de la Jérusalem de son enfance.
Shahar dessine avec une finesse de trait remarquable une cohorte de personnages qui évoluent sous le regard d’un narrateur extérieur. Il concentre son attention sur Sroulik, modeste bibliothécaire qui rêve d’effectuer un voyage à Ur de Chaldée, la ville du patriarche Abraham. Il désire y conduire Orita, la fille dont il est secrètement amoureux.
En commençant ce livre, je me suis rendu compte que c’était, malheureusement, la deuxième partie d’une vaste fresque que David Shahar intitula Le palais des vases brisés. N’ayant pas lu Un été rue des prophètes, je dois reconnaître avoir mis un petit temps à m’adapter à des personnages avec lesquels je n’étais pas familier. Mais une fois identifiés, je suis tombé sous le charme de l’écriture élégante de David Shahar.
Sous l’apparence toute simple d’une évocation tendre et nostalgique, le romancier déploie un art certain de la digression et du détail pittoresque. Chaque personnage croisé au fil des pages donne lieu à des apartés romanesques qui permettent à Shahar de créer un tableau vivant et foisonnant de ce quartier de Jérusalem où se déroule l’action du livre. Nous croiserons au fil des pages des personnages attachants et pittoresques, comme les deux tantes bavardes de Sroulik, l’étudiant parti à l’étranger Gabriel ou encore ces figures féminines, Orita et sa sœur, qui font tourner les têtes des garçons du quartier…
Si l’écriture est d’une grande limpidité, le récit enchevêtre de manière assez complexe de petits tableaux impressionnistes dont l’agencement n’est pas forcément chronologique. Mais cette relative complexité narrative ne met jamais en péril le plaisir de la lecture. Elle permet au contraire de donner l’impression presque sensorielle de se perdre dans le cheminement d’une mémoire qui n’hésite pas à faire de brusques bonds en avant ou en arrière.
J’ai déjà employé le mot mais Un voyage à Ur de Chaldée est bel et bien un roman impressionniste, qui distille son entêtant parfum par de petites touches drolatiques (même si je n’aime pas employer le terme, on retrouve pourtant ici cette saveur particulière, faite de dérision et de tristesse, de ce que l’on nomme « l’humour juif ») et mélancoliques. Le résultat est léger et grave, tendre et nostalgique et donne envie de poursuivre les trois autres volumes de ce Palais des vases brisés

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