La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

jeudi, août 02, 2007

N comme Nimier

Les épées (1948) de Roger Nimier (Gallimard. L’imaginaire. 2003)

Nous évoquions dans notre dernière note le Oui de Marc-Edouard Nabe. Il nous faudra aujourd’hui, en introduction, évoquer aussi son Non puisque c’est dans ce recueil que l’on peut trouver un texte assez vachard et lucide sur les « hussards ». Pour l’auteur du Régal des vermines, il y a d’un côté les hussards et leurs petites insolences calculées, leur ironie facile et ceux qu’il définit comme les « grands d’Espagne ». Et « Nimier savait, en bon hussard qui n’a pas su devenir grand d’Espagne, reconnaître les grands d’Espagne : Bernanos, Péguy, Céline… »

Malgré cela, Nabe reconnaît également que les épées reste son meilleur roman et, de fait, je confirme l’intérêt que l’on peut prendre à ce court récit fragmentaire où Nimier suit les pas d’un jeune homme suicidaire de 1937 à 1946 (en gros).

Le prologue nous présente François Sanders, jeune adolescent de 14 ans, au moment où il tente de se suicider. L’échec de cette tentative permet au lecteur de saisir la nature trouble de l’affection qui le lie à sa sœur Claude, amour fraternel ambigu qui servira de fil conducteur à une narration qui n’hésite pas à nous malmener par de grosses ellipses temporelles.

Nous retrouvons effectivement François pendant la seconde guerre mondiale et nous suivons son parcours qui ne semble suivre que les traces de son désir suicidaire. En effet, il ne s’engage dans la résistance que pour se sacrifier à une cause à laquelle il ne croit pas et lorsqu’il sent le vent tourner, il tourne casaque et prend un malin plaisir à plonger du côté des allemands pour sombrer dans leur apocalypse.

Il y a du Drieu la Rochelle dans ce personnage désabusé et tenaillé dès les premières pages par le dégoût de vivre. Sauf que le romantisme de l’action a laissé place ici à une sensation d’absurde et de déréliction totale. Sur la fin du récit, François se retrouve à une table du café Lafcadio. Que Nimier ait choisi ce nom ne peut pas être le fruit du hasard. Il s’agit du nom du fameux héros de Gide qui fait l’expérience de la liberté en commettant l’acte le plus gratuit qui soit : pousser un inconnu d’un train en marche.

François commettra d’ailleurs un acte similaire en abattant gratuitement un juif arrogant à la Libération. Dans un monde qui a perdu son sens, les actes de chacun ne semble plus répondre à aucune règle, à aucune éthique ou morale.

Brillamment écrit jusqu’à une certaine affectation (cette manière de franciser l’orthographe des termes anglo-saxons : « slau », « poulover », « bohiscoute »…), Les épées est un roman assez déroutant et paradoxal, qui épouse le point de vue d’un anti-héros ne croyant plus en rien. Nimier semble renvoyer tout le monde dos à dos dans une vision assez apocalyptique de la France : absurdité de la guerre, veulerie de la France occupée, arrogance d’une Résistance fantasmée et mythique… Son Sander surfe sur toutes ces vagues et ne semble raccroché à l’existence que par cet amour pour la sœur qu’il adule.

Cette ambiguïté peut parfois un peu irriter mais elle fait aussi le prix du livre et donne envie d’aller plus loin dans la découverte de l’œuvre de Nimier.

Un auteur de plus à explorer !

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