La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

dimanche, juillet 08, 2007

E comme Ellroy (bis)

La colline aux suicidés (1986) de James Ellroy (Rivages. Noir. 2001)

N’ayant pas trouvé d’auteur commençant par E dans la collection l’imaginaire, j’ai profité de cette première entorse à mon règlement pour me replonger dans un roman de James Ellroy, l’écrivain qui m’avait le plus séduit lors de mon dernier abécédaire (normal que le vainqueur en titre puisse concourir à nouveau !)
La colline aux suicidés met en scène de nouvelles aventures du sergent Lloyd Hopkins après Lune sanglante et à cause de la nuit (mes fidèles lecteurs me diront si ces livres valent le détour même si j’ai l’intuition que la réponse est positive). Comparé au Dahlia noir, ce roman noir m’a semblé un peu moins intense et n’avoir pas la même ampleur. Ca reste cependant de la très grande littérature et j’y ai pris beaucoup de plaisir.
La construction dramatique du récit est plus « classique » : chaque chapitre correspond aux points de vue simultanés de plusieurs personnages qui finissent ou non par se retrouver. D’un côté, le sergent Hopkins que ses supérieurs veulent mettre à pied en raison de méthodes peu orthodoxes et d’un passé trouble ; de l’autre, un petit revendeur de voiture volé qui cherche à retrouver sa petite amie en sortant de prison et à monter quelques extorsions de fonds chez des banquiers pas nets. Pour se faire, il s’adjoint deux frères mexicains assez barrés, petits arnaqueurs spécialisés dans les combines religieuses.
Le découpage en séquences parallèles est rondement mené et l’écriture haletante de James Ellroy nous captive dès les premiers chapitres, permettant de plonger le lecteur dans les affres mentales du flic et du truand simultanément.
Il ne s’agit pas pour l’auteur de résoudre une intrigue mystérieuse comme dans le dahlia noir mais de pénétrer le plus profondément possible dans deux esprits assez proches même s’ils se trouvent chacun d’un côté et de l’autre de cette barrière relative qui distingue le Bien du Mal.
Hopkins est du côté de la Loi mais c’est également un homme sans loi, dont le passé recèle de nombreuses parts d’ombre. Face à lui, Rice Duane est un bandit mais il ne semble agir que par amour. Son appétit pour l’argent et le luxe ne vient que de son désir de garder auprès de lui la jeune femme qu’il aime et qui souhaite devenir une star de la pop. Ellroy s’amuse à rapprocher ces deux personnages aux caractères semblables, à les présenter comme deux hommes capables de colères incontrôlables et mus par la seule reconquête de leur femme. Il y a dans cette Colline aux suicidés une véritable dimension mythique, rappelant Orphée descendant aux enfers pour retrouver son Eurydice. Plus la confrontation des deux semble se rapprocher, plus les frontières manichéennes s’estompent et Rice ne semble pas être autre chose que le double négatif d’Hopkins.
Cette ambiguïté des personnages, qu’Ellroy se refuse à juger, fait le sel de ce récit.
Par ailleurs, c’est encore un grand livre sur Los Angeles, cette cité monstrueuse que l’écrivain n’a cessée d’explorer. Au-delà d’une intrigue somme toute assez classique, l’intérêt du roman vient également de cette manière qu’il a de faire vivre en toile de fond L.A et ses petits truands, ses allumés, ses obsédés et ses indics. Nous passons sans vergogne de petites combines miteuses au milieu de la police infiltré par des givrés d’extrême droite et les « nouveaux chrétiens » ou encore à celui de la prostitution de luxe et du show-biz.
Le monde décrit par Ellroy n’est pas rose (violence, pornographie, coke, fric…) mais c’est celui dans lequel nous évoluons. Ses romans sont de véritables eaux-fortes qui décrivent à merveille un monde en perdition, où toute distinction entre le Bien et le Mal tend à disparaître au profit du chaos généralisé…

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4 Comments:

Anonymous Bernard Alapetite said...

"Lune sanglante" et "à cause de la nuit" sont tout à fait recommandables beaucoup plus que les gros pavées qui ont suivi le dahlia noir mis à part Clandestin qui est très bien. Ce que je trouve succuent dans ton blog c'est de coincer Ellroy enre un papier sur un traité sur la musique et un pamphlet athéiste

9:16 PM  
Anonymous NoctéMédia said...

"Lune sanglante" est magnifique (rien que le titre...), l'un de mes meilleurs souvenirs de lecture, ma meilleure nuit blanche. Et plusieurs fois relu. En revanche, le second roman de la trilogie Hopkins, "À cause de la nuit", m'a beaucoup déçu : psychologie de bazar et intrigue sans surprises.
"La colline aux suicidés" relève le niveau, avec une intrigue où il n'y a plus que des perdants, des pauvres types qui n'arrivent pas à maintenir leur existence à la hauteur de leurs rêves, le sergent Lloyd Hopkins compris. Un finale en demi-teintes conclut la trilogie et nous emplit de compassion pour ces flics et ces assassins immatures, prisonniers de leurs obsessions.
Dans les Ellroy de la même époque, je recommande aussi Un tueur sur la route - impossible à lâcher.

10:02 PM  
Blogger Dr Orlof said...

Merci pour vos conseils. Il y a un livre qui me tente aussi beaucoup de l'auteur (parce que j'ai vu l'estimable adaptation cinématographique), c'est "LA confidential". Me le conseillez-vous?

4:42 PM  
Anonymous NoctéMédia said...

J'ai une légère préférence pour Le Grand nulle part, le second volume du "Quatuor".
Comme L.A. Confidential, ce roman entrelace le parcours de trois personnages, lesquels se détestent mais, vers la fin, sont contraints de s'unir parce que chacun d'eux détient une partie de la solution... Structure particulièrement efficace pour entretenir et stimuler l'intérêt du lecteur ; et structure propice à la peinture de personnalités puissamment contrastées.
Mais passer directement du Dahlia à L.A. Confidential promet d'être une expérience de lecture marquante, puisque le personnage de Buzz Meeks, à peine entrevu dans le Dahlia, a droit à un vrai baroud d'honneur dans les premières pages de L.A. Confidential. Ce qui me gêne dans ce roman, ce sont les pastiches de coupures de presse qui interrompent trop souvent l'histoire et se révèlent redondantes par rapport à elle. En outre, puisqu'il s'agit d'articles tirés de journaux à scandales, le traducteur Freddy Michalski y fait se déchaîner une vulgarité ampoulée qui lasse et qui agace...
Quant à White jazz, le quatrième volume, je me rappelle que le style en est éblouissant mais je n'ai plus souvenir de l'intrigue ni de la construction.

10:11 PM  

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