La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

mercredi, avril 25, 2007

N comme Nothomb

Attentat (1997) d’Amélie Nothomb (Le livre de Poche. 2004)

A l’origine, cet abécédaire devait me permettre d’explorer les arcanes de la littérature contemporaine que je connais finalement assez peu. Or nous voilà déjà à la lettre N et mis à part Christine Angot, les seuls auteurs contemporains dont je me suis repu sont, soit morts (Muray, Baudrillard, Izzo), soit déjà des « classiques » (Ellroy). A ma grande honte, je n’avais jamais ouvert auparavant un livre d’Amélie Nothomb et ne savait que penser de ce phénomène à la fois adulé par le public (elle trône souvent en tête des ventes) et méprisé par une critique faisant la fine bouche devant chaque nouvelle cuvée.
Le terme de « cuvée » me semble davantage parlant que celui de littérature tant les œuvres d’Amélie Nothomb reviennent, telles le beaujolais nouveau, chaque année avec la même régularité depuis maintenant 15 ans. Certaines années ont plus la côte que d’autres (Hygiène de l’assassin et Stupeurs et tremblements bénéficient d’une certaine renommée) et je suis ouvert à toutes les suggestions de mes aimables lecteurs qui sauront me conseiller les bons crus de la miss Nothomb.
En attendant, que faut-il penser de la cuvée 97 ? Eh bien figurez-vous que je ne l’ai pas trouvée désagréable du tout !
Epiphane Otos est l’être le plus laid de la création, un Quasimodo des temps modernes qui, au cours d’un casting, va rencontrer son Esméralda en la personne de la belle Ethel, une comédienne avec qui il va se lier d’amitié. A la suite de cette rencontre, il parvient à se faire engager dans une agence de top models afin de servir de « repoussoir » à la beauté fabriquée des mannequins. C’est le début de la gloire mais l’amour qu’Epiphane porte à Ethel commence à lui peser…
Moi qui ne connaissais pas les livres d’Amélie Nothomb, je dois admettre que je lui ai trouvé un certain talent. Ce n’est sans doute pas de la grande littérature mais l’auteur parvient à nous installer d’emblée dans sa petite fable et ne nous lâche plus. La construction du récit est maligne et Nothomb a le sens du dialogue qui fait mouche et des observations sarcastiques. En convoquant le fantôme de Baudelaire (« le beau est toujours bizarre »), elle livre une fable plutôt intelligente sur la Beauté à notre époque, sur cette forme de totalitarisme qu’est le culte de l’apparence, qui va d’ailleurs de pair avec une peur de la véritable Beauté.
Le conte est joliment troussé, plein d’humour (la scène où Epiphane se présente à un entretien d’embauche est absolument désopilante) et au détour d’un paragraphe, on note des petites phrases plutôt pertinentes (« Ce que je hais, c’est cette autorité avec laquelle on nous assène la norme du beau. Si la beauté cesse d’être subjective, elle ne vaut plus rien. »)

Alors bien sûr, le livre n’est pas sans défaut. Malgré sa brièveté, il patine un peu sur la fin et Amélie Nothomb termine un peu paresseusement ses 50 dernières pages (avec un recours un peu fastidieux à la forme épistolaire). Mais ce qui gêne pratiquement le plus, c’est le côté déjà presque « démodé » d’Attentat. Lorsque l’écrivain s’en prend aux agences de top models, ses observations ne sont pas fausses mais 10 ans après, à l’heure où tout le monde se fiche désormais de ce milieu de la mode (enfin, c’est l’impression que ça me fait. Les mannequins ne sont plus les stars qu’elles ont été il y a quelques années), on a un peu le sentiment qu’elle tire sur une ambulance. A trop vouloir coller à l’actualité sans prendre du recul (je pense que son livre sur la télé-réalité doit souffrir du même problème), ses romans risquent vite d’être rapidement dépassés.
Reste une écriture piquante et un style mordant qui empêchent le moindre ennui et qui m’ont plutôt donné envie, n’en déplaise à la critique littéraire, de prolonger ma découverte de l’œuvre d’Amélie Nothomb.

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