La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

dimanche, décembre 10, 2006

Profession de foi

Vous l’avez constaté, nous entrons dans la période pénible de la grande mascarade électorale. En guise d’antidote à cette grotesque foire d’empoigne où d’ineptes politicards vont rivaliser de démagogie et de bassesse pour vous convaincre qu’ils détiennent une solution miracle que vous avez en vous, je vous livrerai plus ou moins régulièrement des textes résolument anti-« soufflage universel ». Pour commencer, nous vous proposons une chronique maroufle de Georges de la Fouchardière dont je vous ai déjà parlé et sur lequel je reviendrai bientôt puisque ma sœur (loué soit son nom !) m’a déniché deux de ses ouvrages. L’exemple de la prose saccageuse du bonhomme que je vous offre vient des Oies du capitole (éditions Montaigne. 1928).

***

Dans l’espoir de comprendre enfin quelque chose à la politique, au panachage, au Cartel des Gauches et aux autres trucs de la concentration républicaine, j’ai assisté à une réunion où tous les candidats du premier secteur devaient s’expliquer en seize rounds…Alors, j’ai compris ; j’ai compris que les candidats n’y comprenaient absolument rien.
Les uns sont venus dire que tous irait bien pourvu que ça dure. Les autres sont venus dire que tout irait bien pourvu que ça change. Mais il y a un candidat qui a fait l’unanimité dans l’assemblée ; dès qu’il a paru sur l’estrade, tous les auditeurs ont crié joyeusement, d’une seule voix : « Il est saoul ! » Or c’est le seul qui n’ait pas dit de bêtises ; il est vrai qu’on ne lui a pas permis de parler.
Mais, parmi tant d’orateurs qui exprimaient le mécontentement public, j’ai été surpris de constater que pas un seul n’avait inscrit dans son programme la réforme essentielle, urgente, indispensable : la révision de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, qui est complètement ratée dans sa formule et dans ses résultats, comme tout le reste de la révolution.
L’article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme devrait être ainsi conçu : Tout citoyen a le droit de manger. Dans une société civilisée, tout homme a droit à un minimum de nourriture, c’est-à-dire au pain quotidien. Il est monstrueux que les boulangers vendent le pain. Le pain doit être distribué gratuitement et à discrétion par le gouvernement, même aux citoyens qui ne travaillent pas. Car l’article 2 de la Déclaration des Droits de l’Homme doit se formuler comme suit : nul n’est obligé de travailler s’il n’a pas envie de travailler.
Il est vrai que la première loi édictée par le premier législateur est celle-ci : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front… » Mais dans le pain il y a déjà la sueur du boulanger ; quand on y songe, c’est plus que suffisant.
Vous pensez peut-être que, si le pain quotidien est gratuit, personne ne voudra plus travailler. C’est une erreur ; il y aura des gens pour qui travailleront pour mettre du beurre sur leur pain ; il y aura des gens qui travailleront pour s’offrir des poules ou pour offrir à leurs poules des colliers de perles et des petites Citron… (Et il y a encore les gens vicieux, qui travaillent pour le plaisir de travailler.)
Et voilà le troisième article de notre Déclaration des Droits de l’Homme : Tout citoyen a le droit de mourir dans son lit.
Non, nous ne demandons pas la suppression de la guerre… Il y a trop de gens en France qui aiment la guerre et qu’il serait dangereux de contrarier. Il faut les laisser libres de se battre ; mais qu’ils n’emmènent pas les autres de force…Le jour de la mobilisation, chacun doit être libre de rester couché s’il préfère rester couché, sans être obligé de se faire porter malade.
Reste à déterminer la forme de gouvernement. L’idéal idéal serait sans doute « pas de gouvernement du tout ». Mais les électeurs veulent tous un gouvernement, et un candidat doit partager les opinions de ses électeurs.
Alors l’idéal relatif du gouvernement c’est un gouvernement personnel, c’est-à-dire un type que les citoyens puissent implorer, engueuler et au besoin guillotiner.
Un roi.
Mais pas un roi inamovible. Un roi qui est roi de naissance est insupportable parce qu’il se croit tout permis et que personne n’ose rien lui dire.
Que pensez-vous d’un roi élu pour un an, ou plus exactement tiré au sort parmi l’élite de la population ? … (Je veux dire parmi ceux qui ont obtenu de leur marchande de journaux une carte de lecteur assidu du Matin. Et le Matin organise ce tirage au sort comme toutes les autres loteries.)
Le gagnant monte sur le trône sous le nom de Durand XIII ou de Taponnier XVII. Il est entouré pendant son règne de quatre agents qui l’empêchent de se sauver et son pouvoir est absolu.
Mais au bout de douze mois, jour pour jour, il passe en cour d’assises. Il est jugé sur ses actes et d’après le témoignage de ses sujets.
S’il ne s’est pas conduit proprement pendant son règne, il est condamné à mort et exécuté dans les vingt-quatre heures. S’il s’est conduit proprement, il est acquitté avec félicitations, il a droit à une petite retraite et il prend part, chaque année, au banquet de l’Association amicale des anciens Rois de France.
Et puis on procède au tirage au sort de son successeur, qui monte sur le trône sous le nom de Stéphane VII ou de Lausanne XXI (c’est pour dire que n’importe qui peut faire un bon roi, à condition d’être surveillé de près et sous la menace de la guillotine).
Voilà donc mon étiquette politique : « la royauté tempérée par un régicide périodique. »

Libellés : ,

3 Comments:

Anonymous Glurb said...

J'adore j'adhère, et t'as intérêt à en faire d'autres, aucune excuse ne sera acceptée.

9:32 PM  
Anonymous Glurb said...

UN autre! Un autre! Un autre!

8:19 PM  
Anonymous voyance par mail gratuite said...

Très beau blog, merci pour les détails sur les prises de vue, ça va me faire progresser.

1:49 PM  

Enregistrer un commentaire

<< Home