La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

lundi, février 11, 2008

Retour à Westlake

361 (l’assassin de papa) (1962) de Donald E. Westlake (Gallimard. Folio policier)

Cela faisait un certain temps que je voulais découvrir les grands auteurs du polar à l’américaine et mes abécédaires auront eu, au moins, le mérite de me pousser à effectuer le grand plongeon. Et je ne regrette aucunement d’avoir lu Ellroy, Irish ou encore Westlake, dont le couperet m’avait énormément plu.

Dans son Anthologie de la subversion carabinée, Noël Godin le classe parmi les « romanciers populaires allumeurs » entre Conrad et Louise Michel, Victor Hugo et Blaise Cendrars, Manchette et Melville.

Il est vrai qu’en plus d’être un excellent roman noir, le couperet est un brûlot social bien décapant et je pensais donc retrouver les préoccupations sociales dans cette œuvre de jeunesse qu’est 361 (faites attention : mon édition s’intitule l’assassin de papa mais le livre a également été réédité chez Rivages sous son titre original de 361). Or malgré quelques piques sarcastiques, on ne trouvera que peu de vitriol dans ce roman policier très classique mais, ma foi, fort agréable.

Alors qu’il vient de le retrouver après trois ans passés sous les drapeaux en Allemagne, Ray voit son père se faire assassiner au volant de sa voiture. Dans l’accident, le jeune homme perd un œil et décide avec son frère Billy de retrouver les assassins de leur père et de le venger. Au fur et à mesure qu’ils enquêtent sur le défunt, il réalise que ses activités d’avocat furent liées un certain temps avec des huiles de la mafia new-yorkaise, dont un certain Kapp qui refait surface après vingt cinq années passées à l’ombre…

Que dire de ce roman ? Le récit est solidement charpenté, les rebondissements bien calculés, les personnages joliment dessinés (les deux frères de caractères opposés, le détective privé pleutre, les mafieux hauts en couleurs…), les dialogues percutants et bourrés d’humour…

C’est un excellent boulot d’artisan qui permet au lecteur de ne pas s’ennuyer une minute à suivre les aventures de Ray et Bill.

Mais 361 ne serait-il que ça ? Oui et non ! Oui en ce sens que Westlake ne semble pas vouloir en dire plus que les fils d’une intrigue qu’il dénoue avec virtuosité. Non car si l’ensemble peut paraître modeste (il l’est, mais ce n’est pas forcément un défaut), l’auteur parvient quand même à suggérer quelque chose d’assez chaotique qui reflète, d’une certaine manière, les évolutions de la société américaine. Le petit monde mafieux qu’il décrit vit encore à l’époque de la prohibition et des territoires réservés. Ces vieillards sur le retour regrettent que leur aient succédé des hommes d’affaires et des bandits en col blanc.

Westlake décrit ce choc des deux univers d’où ne résulte qu’un chaos où la police et les autorités sont complices et laissent faire…

On ne parlera certes pas de virulent pamphlet mais d’un regard assez sarcastique sur un monde qui, décidément, ne tourne pas rond…

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