La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

dimanche, février 03, 2008

"Dada est inutile comme tout dans la vie"

Dada est tatou. Tout est Dada (1916-1923) de Tristan Tzara (Garnier Flammarion. 1996)

C’est en 1916 à Zurich (au cabaret Voltaire pour être tout à fait exact) que naît l’un des mouvements littéraires et artistiques les plus importants du 20ème siècle : Dada. Parler d’ « importance » est déjà une contradiction tant ce mouvement, né du dégoût de la première guerre mondiale et d’un soupçon généralisé pour toutes les valeurs antérieures à ce conflit, s’est fièrement attelé à liquider l’Art et à « cracher comme une cascade lumineuse la pensée désobligeante ».

Comme pour la plupart des mouvements artistiques que j’admire, j’ai tendance à me méfier des figures emblématiques de ces mouvements. Ainsi, je suis beaucoup plus attaché à des surréalistes tels que Benjamin Péret ou René Crevel qu’à l’ordure Aragon ou au pontifiant Eluard. Pour le dadaïsme, c’est un peu la même chose : Tzara, a priori (car je n’avais lu aucun de ses textes jusqu’à ce jour), m’est moins sympathique que l’immense Picabia ou que le trop méconnu Ribemont-Dessaignes.

Tzara est sans doute resté trop crispé sur « son » bébé toute sa vie et c’est ce qui lui valut de nombreuses brouilles, notamment après le fameux « procès Barrès » où il se cantonna à lire un poème totalement dadaïste de son cru ; ce qui déplut fort à Breton qui n’allait pas tarder à s’éloigner de lui pour se lancer dans l’aventure surréaliste.

Dada est tatou. Tout est Dada est un recueil de textes témoignant de l’activité dadaïste de Tzara de 1916 à 1923. On y trouvera quelques recueils de poésies (Vingt-cinq poèmes, De nos oiseaux ou encore Monsieur AA l’antiphilosophe), sa célèbre pièce de théâtre Le cœur à gaz et les Sept manifestes Dada.

Pour ma part, je dois avouer que la poésie de Tzara, aussi originale soit-elle, m’a assez rapidement lassé. Sans doute parce qu’avec ses recherches sur la simultanéité, ses jeux sur le rythme, les sons et l’intrusion d’éléments extérieurs (coupures de journaux, extraits de poésie nègre…), cette poésie gagne à être écoutée et déclamée plutôt qu’à être lue. Tzara cherche à liquider le sens et à mettre sens dessus dessous toutes les valeurs héritées du passé (« Je suis contre les systèmes, le plus acceptable des systèmes est celui de n’en avoir par principe aucun ») afin de faire triompher la subjectivité la plus radicale. Le geste est passionnant mais la lecture de ces poèmes sans sens, parfois très drôles, est un peu fastidieuse même si l’on peut être séduit par certaines étincelles (« dieu est un tic nerveux des dunes inexactes ») et s’amuser de certains rapprochements incongrus.

Le cœur à gaz est tout aussi dénué de sens (« Il n’y a rien à comprendre tout est facile à faire et à prendre ») mais plus « accessible ». On sait que cette pièce fut l’occasion pour Tzara de se brouiller définitivement avec les surréalistes qui vinrent la chahuter lors d’une représentation en 1923. Tzara eut recours aux cognes et Maurice Nadeau évoque rapidement cette soirée dans son Histoire du surréalisme : « Breton et Péret sont malmenés à une représentation du Cœur à gaz de Tzara (juillet 1923) où ils étaient venus manifester. Pierre de Massot s’en tira avec un bras cassé, et Eluard, après être tombé dans les décors, avec une note d’huissier lui réclamant 8000 francs de dommages-intérêts. » En jouant sur la désarticulation du langage, les phrases répétées jusqu’à l’épuisement et la perte totale du sens, Tzara ridiculise la tradition du théâtre psychologique et bourgeois et annonce, d’une certaine manière, le nonsense d’un Ionesco. C’est plutôt amusant.

Mais s’il ne fallait retenir qu’une chose de ce volume, ce sont bien entendu les Sept manifestes Dada, pures merveilles où Tzara parvient à formaliser l’essence de cette incroyable révolte que fut le mouvement Dada : « Dada reste dans le cadre européen des faiblesses c’est tout de même de la merde, mais nous voulons dorénavant chier en couleurs diverses pour orner le jardin zoologique de l’art de tous les drapeaux des consulats. » Tzara multiplie les provocations, les adresses aux lecteurs (ou spectateurs) et n’amène une affirmation que pour la contredire dans la même phrase. Dada se présente comme une immense entreprise de négation mais, contrairement à ce qu’on a pu en dire (et ce que je pensais d’ailleurs !), il ne s’agit pas non plus de nihilisme. Table rase du passé, certes, mais pour inventer un art subjectif et individuel, qui naisse de la plus parfaite spontanéité : « Nous cherchons la force droite pure sobre unique nous ne cherchons RIEN nous affirmons la vitalité de chaque instant. »

Encore une fois, la geste dadaïste reste quelque chose d’unique et d’inouïe (il faudrait aussi parler des peintres merveilleux que sont Arp ou Schwitters).

Même sans adhérer totalement à la poésie du pape Tzara, il faut se replonger dans ses textes afin de saisir à nouveau le frisson de cette extraordinaire aventure …

NB : En bibliothéconomie, lorsqu’un ouvrage compte plus de trois auteurs, on le classe grâce à son titre. C’est selon ce précepte que je me suis plongé, pour attaquer la lettre U de mon abécédaire, dans une petite anthologie intitulée Un ange passe. L’arnaque est presque totale puisque ce petit recueil ne propose que quelques extraits de livres où apparaissent comme personnages des anges. Comme Gallimard semble vouloir recycler son catalogue, nous aurons le droit à des extraits totalement insignifiants de romans signés Jean d’Ormesson (cette chochotte mondaine !), Pennac (aïe !) ou encore Alix de Saint-André (misère !). Lorsqu’on se dit que les auteurs pourraient être intéressants (je pense au Faux-monnayeurs de Gide), le cadre étriqué de l’ouvrage empêche de savourer la prose. Reste alors trois poèmes délectables (signés Hugo, Prévert et Baudelaire : on ne risquait pas grand-chose !) et un petit conte d’Edgar Poe qui nous donne envie d’aller se replonger dans les œuvres de ces auteurs. Le reste est sans intérêt !

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1 Comments:

Anonymous pierrot le vrai, maitre ludique said...

putain mais VINZ je ne trouve même plus d'adjectif pour qualifier ta cave à la fois obscure et lumineuse !! non mais à part un chroniqueur noctambule de france culture, QUI a connaissance de ce bijou ??!

bref

tro kiffan ton blog koi
bvo m'sieur vinz ;0) continué a nou fèr kiffé com sa

10:32 PM  

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