La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

dimanche, novembre 04, 2007

Portraits à gogo


Les blaireaux. Parades prénuptiales

Après être allé faire un petit tour du côté de l’Alsace pour louer comme il se doit le dernier album des Weepers Circus (qui passent au forum de la Fnac de Dijon mais que je vais louper à cause de mon travail : je m’en mordrais les roustons si je possédais la souplesse ad hoc !), poursuivons notre chemin vers le Nord pour vous vanter les qualités du cinquième album (déjà !) des Blaireaux.
Quiconque les a vus en concert (j’ai un souvenir exquis d’une soirée passée sur la péniche El Alamein à Paris) n’ignore rien de leur sens de leur humour et de la qualité de leurs spectacles. Ce n’est sans doute pas du Mahler (la belle affaire ! Je n’en dors plus la nuit !) mais il se dégage des chansons du groupe lillois une énergie et une vitalité tout à fait roborative.
Parades prénuptiales confirme l’indéniable talent du groupe et si l’on ne constatera pas de changements majeurs par rapport aux albums précédents, nous pouvons désormais affirmer que Les Blaireaux maîtrisent à la perfection leur style, mélange réjouissant de textes malins et drôles et d’accompagnements entraînants.
Le premier titre annonce fièrement la couleur et revient sur la sympathie qu’éprouve le groupe pour l’animal qui leur fait office de blason :


« Si notre sort est enviable et qu’il est bon d’être Blaireaux,
Nous le devons à la fable du Baron de Calvino.
C’était un noble un peu anar qui, un beau jour, dit à son roi :
« J’en ai marre, moi, j’me barre pour devenir un homme des bois ! »


Humeur vagabonde et conscience « un peu anar », le groupe cultive une irrévérence nonchalante d’autant plus jouissive qu’elle ne sombre jamais dans la chanson « engagée » qui n’engage à plus rien depuis fort longtemps. Cela ne les empêche d’ailleurs pas de donner quelques coups de griffes bien senties au délire de transparence totale qui agite nos sociétés (l’œil) ou au sensationnalisme de l’information (Balance l’info !).
L’humour très noir (l’anthropophagie, comme dans l’album studio précédent –le sens du poil- refait surface ici), qui ne recule pas devant la trivialité (l’hilarante Chanson du branleur) et un don certain pour le récit (certaines chansons deviennent immédiatement de petits films) font de ce disque une parfaite réussite.
Les textes sont toujours malins et le groupe parvient à croquer des tranches de vie assez savoureuses. Mon petit faible va au titre Autour du berceau, variation assez classique autour des premières naissances dans nos entourages (Cf. Le bébé d’Aldebert). Sur un petit air de berceuse guillerette, nos facétieux mammifères plantigrades balancent une flopée d’horreurs qui nous consolent de millénaires de poésie pédophile :


« Devant moi gigote dans une couche-culotte un bout de chair informe
Avec pas d’cheveux, plein de veines toutes bleues et des yeux énormes
Autour du berceau, Papa, Maman gâteau, câlinent le mioche me demandent mon avis :
« Euh…ça ressemble à E.T en un peu moins moche » (voir ici)

Mais là où le groupe excelle, c’est dans l’art du portrait et de croquer des personnages ordinaires que l’on a d’emblée l’impression de voir en chair et en os. Le ton peut être, une fois de plus, humoristique comme dans ce très joli tableau d’un vieux gardien de musée amoureux de sa Vénus de Botticelli (le gardien de musée) ou d’une tendresse qui n’a rien d’affectée (Laureline, petite jeune fille déprimée rêvant du désert).
Les groupes « festifs » ont toujours une fâcheuse tendance à nous asséner des chansons « sérieuses » tendant à montrer que sous leurs dehors de clowns, ils cachent un cœur gros comme ça. Rien de cela chez les Blaireaux qui ne forcent jamais la note pour passer de la gauloiserie la plus assumée à une gravité jamais pontifiante.
Comme ce sont des bêtes de scène (si j’ose dire), la qualité de leur dernier album nous fait attendre avec impatience un passage dans notre région…

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