La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

samedi, avril 28, 2007

P comme Pansaers, Q comme Quignard

Le pan-pan au cul du nu nègre (1920) de Clément Pansaers (Allia. 2005)

J’ai dérogé une fois de plus à ma règle en achetant un livre neuf. Mais que voulez-vous : ma librairie vient de recevoir tout un stock d’ouvrages des excellentes éditions Allia et je n’ai pu résister. Mis à part le prix de ces livres (plus de six euros pour une quarantaine de pages, c’est limite !), le catalogue de cette maison d’édition est absolument remarquable et tout donne envie d’être lu (des érotiques de Pierre Louÿs à Noam Chomsky en passant par Nietzsche, Arendt, Musil, Bellmer, les situs, etc.)
Dire que Clément Pansaers n’est pas un écrivain connu est un euphémisme. Ce belge, disparu prématurément, fut néanmoins un compagnon de route important du mouvement Dada et, à ce titre, fut salué par des gens comme Breton ou Aragon.
Le pan-pan au cul du nu nègre fut le premier de ses recueils à être publié. Qu’en dire ? Qu’il s’agit d’un ensemble de textes courts où l’auteur travaille à la déconstruction du sens en faisant voler en éclat le langage (fautes d’orthographe, phrases dépourvues de sens et agencées comme une succession d’aphorismes : « vivre est une maladie imaginaire »).
D’aucuns ont comparé ce recueil aux lettres de guerre de Jacques Vaché (je préfère ce dernier) tandis que d’autres y voient des réminiscences de la philosophie de Tchouang-Tseu. Soit.
Pour ma part, je me contenterai de vous rapporter le passage qui m’a le plus marqué, prélude sympathique aux furies tumultuaires à venir : « Le Pan-pan de l’émeute avance. Fini le chômage, assassins ! Assaillir et enlever les résidences, toutes, des parodies charitables. Sabrer les émulations romantiques – Le pan-pan, ce soir, est en rouge – Tout et rien que l’acte est beau. »

Tous les matins du monde (1991) de Pascal Quignard (Folio. 2005)

Pour parvenir à faire mon choix dans les romans contemporains, je me reporte souvent au cinéma. Ainsi, ne connaissant pas l’œuvre de Pascal Quignard, j’ai opté pour son roman dont Alain Corneau a tiré un film. Nous voilà donc au siècle de Louis XIV, dans l’intimité du musicien Sainte Colombe et de ses deux filles qu’il élève seul. Homme secret et reclus, Sainte Colombe refuse de devenir musicien à la cour et préfère à la renommée une existence loin des vanités terrestres. Un jour, un jeune homme –Marin Marais- vient lui demander d’être son élève. Le maître finit par accepter mais les choses vont mal tourner lorsque le jeune homme accepte de jouer à la cour et séduit Madeleine, la fille aînée de Sainte Colombe.
Pour être tout à fait franc, j’ai trouvé ce roman sans le moindre intérêt : intrigue étique (en 116 pages, tout est bouclé), personnages à peine esquissés et inexistants, rebondissements artificiels, style lourd et pataud, non dénué d’une certaine componction.
A sa sortie, j’avais plutôt bien aimé le film de Corneau mais je ne l’ai pas revu depuis. Mais même si en le revoyant je le trouve académique, il aura toujours un avantage sur le roman : celui de nous permettre d’entendre la musique. C’est cette musique baroque, à base de viole de gambe, qui fit le succès de l’œuvre. Dépourvu de ces notes de Marin Marais (un élève de Lully), le livre ressemble à un squelette décharné dont l’attitude guindée (attention, nous sommes au grand siècle !) ne nous arrache que de vagues bâillements…



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