La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

dimanche, janvier 14, 2007

Louÿs interdit

Pierre Louÿs. « Et ta bouche en peau de lys… ». (Editions de l’aube. 2006)

Dans la foulée de Noël et de son lot de cadeaux, je me suis fait un petit plaisir (ce n’est pas le genre de livre qu’on peut demander à la famille) en m’offrant ce très beau livre, recueil de poésies érotiques de l’immense Pierre Louÿs (dont nous reparlerons prochainement) illustrés de 141 « photos inconvenantes » (en fait, des photos pornos de la Belle Epoque).
Commençons, si vous le voulez bien, par les réserves à émettre sur « Et ta bouche en peau de lys… ». Personnellement, je regrette l’absence totale de mise en perspective de ces poèmes présentés ici brut de décoffrage (avec juste des indications de dates). Pour quelqu’un qui connaît peu l’œuvre « libre » de Louÿs (c’est mon cas), il n’aurait pas été inintéressant que ce recueil fut accompagné d’un véritable travail bibliographique (ne serait-ce qu’une préface). Idem pour les photos dont on ne sait rien mis à part qu’il s’agit, en gros, d’une compilation d’images déjà publiées dans d’autres ouvrages spécialisés. Or on sait (Cf. Fascination n°1) que Pierre Louÿs fut lui-même photographe et j’aurais préféré un livre qui donne moins de place aux photos mais qui aurait pu se concentrer sur les travaux de l’auteur.
Dans l’état, nous avons un peu l’impression d’avoir dans les mains un très bel objet (de ce point de vue, c’est très réussi) plus destiné aux collectionneurs érotomanes qu’aux férus de littérature. Il me semble que les deux auraient pu cohabiter.

Ces réserves faites, le livre est totalement recommandable. D’une part, je le redis, parce qu’il est très beau et superbement illustré (j’avoue toujours trouver assez émouvantes ces vieilles photographies polissonnes datant du début du siècle (attention, la plupart sont « hard »)) d’autre part, parce qu’il y a l’écriture de Pierre Louÿs qui est, de tout point de vue, remarquable.
Le recueil se divise en plusieurs parties : une grosse première partie composée de sonnets où l’auteur laisse divaguer sa plume autour de toutes les parties de l’anatomie féminine qu’il détaille sous toutes les coutures (de la « senteur des bras » à la « vulve blonde »). De la même manière, il consacre un poème à tous les moments intervenant dans l’acte érotique (les caresses, la toilette, les énervements, les positions…). La deuxième partie, beaucoup plus courte, est composé du célèbre Trophée des vulves légendaires (neuf sonnets sur les héroïnes de Wagner que Louÿs admirait tant) et de pastiches, de parodies et de quelques poésies libres.
L’ensemble permet de mesurer le talent d’un écrivain qui avait une vingtaine d’année lorsqu’il composait ces œuvres friponnes marquées par une écriture très pure et un style classique impeccable. Je ne citerai, à titre d’exemple, qu’un sonnet intitulé La senteur des bras :

Entre tes bras jetés sur mes épaules nues,
Chère ! je sens monter des odeurs si connues !
Des arômes si blonds, des parfums si légers…
Ö le vol sidéral sur les bois d’orangers !

La sueur qui vient poindre où ton coude se plisse
Comme un gel de nectar à la chair d’un calice
Fleure dans un enchaînement rieur et fou
Deux lys longs et câlins mis autour de mon cou.

Aussi quand loin des lits heureux où tu me lies
Mon nostalgique amour rêve aux nuits abolies
C’est l’odeur de tes bras qui m’enlace et m’étreint.

Et dès qu’un souvenir de leur parfum lointain
Revient errer encor dans mon âme touchée.
Je vois dans un éclair toute ta chair couchée.

Vous pourrez constater que ce sonnet n’a rien de pornographique, à l’inverse des géniaux quatrains « hard » de Pybrac. Même si j’ai sélectionné un des sonnets les plus « corrects », le recueil est plus volontiers « érotique » que purement sexuel. Mais contrairement à ses œuvres « officielles » parfois un brin compassées (Les chansons de Bilitis, que j’adore par ailleurs) , Louÿs laisse éclater ici en toute liberté sa sensualité débridée, son lyrisme amoureux ; ne reculant jamais devant une expression « raide » ou un mot cru.
Dans ses poèmes, il voue un culte insensé et obsessionnel à la Femme, à son corps et ses chairs dont il adore la moindre parcelle. (« Blotti sous la tiédeur des nymphes repliées/ Comme un pistil de chair dans un lys douloureux/ le Clitoris, corail vivant, cœur ténébreux, / Frémit au souvenir des bouches oubliées. »).
« Et ta bouche en peau de lys… » est un savoureux recueil pour qui goûte la sensualité exacerbée de l’œuvre de Louÿs et son lyrisme érotique.

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2 Comments:

Anonymous rosededamas said...

Je ne connaissais pas cet auteur.Merci.

12:55 PM  
Blogger susane said...

Super blog, j'adore vos articles et reportages, bonne continuation.

voyance par mail gratuite

12:37 PM  

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