La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

mercredi, décembre 19, 2007

Les têtes raides raflent la mise

Têtes raides. Banco


J’ai parfois d’étranges lubies mais je les assume. Ainsi, j’ai conservé toutes les places des concerts auxquels j’ai assisté. Je peux de cette manière vous dire que le jeudi 27 novembre 1997, j’ai vu pour la première fois les Têtes raides en live pour la modique somme de 70 francs. 10 ans tout juste que j’ai découvert le groupe (une amie m’avait prêté au même moment les albums Mange tes morts et Le bout du toit) et pas un instant ma passion ne s’est émoussée. Aujourd’hui comme hier, je considère encore la bande de Christian Olivier comme le meilleur groupe français, le plus enthousiasmant, le plus singulier et le plus original. Les Têtes raides sont à la fois des précurseurs (la mode du « rock musette » aurait-elle fleuri de cette manière s’ils n’avaient pas été là ?) et d’éternels innovateurs.

C’est même cette volonté de toujours se renouveler qui m’avait un peu dérouté en découvrant Fragile, leur précédent album. Le groupe abandonnait alors tout ce qui avait fait sa réputation (l’accordéon, les ambiances intimistes et mélancoliques…) pour revenir au rock punk de leurs débuts. L’album était parfois un peu inégal mais toujours stimulant, sans pour autant atteindre les sommets de ces chefs-d’œuvre absolus que sont Le bout du toit, Chamboultou ou Gratte poil.

Lorsque débute Banco, nous voilà tout de suite rassurés puisque c’est le son de l’accordéon qui rythme la superbe ritournelle Tam-Tam. Les Têtes raides sont donc revenus à leurs premières amours et l’on retrouve avec délice leur délicatesse harmonique, leur sens de l’intime sur des chansons aussi belles que La bougie, J’ai menti, les autres ou l’exaltante valse On s’amarre. Faut-il voir là un « retour en arrière », une opération pour séduire à nouveau les fans désappointés par la rudesse des guitares électriques de Fragile ? Que nenni ! La musique épouse tout simplement les flux élégants de l’écriture singulière de Christian Olivier, une écriture à la fois très facile à caricaturer (quelque chose naviguant entre l’art brut et le surréalisme et qui n’évite pas toujours quelques coquetteries stylistiques, comme cette manière parfois systématique de malmener la grammaire (« Quand il n’y aura plus que moi/ (…)/ Je m’expulsera »)) mais qui pourtant ensorcelle comme un charme car son sens ne s’offre pas immédiatement. (« Dans le vide qui nous mène/ Aux folies que l’on promène/ Des fleurs que l’on sème/ Dans les rues de Bohème/ Et dans une envie soudaine/ Comme c’est pas dit que ça tienne/ J’ai pas dit je t’aime/ Mais j’ai failli quand même. »)

Le texte se fait parfois engagé (Expulsez-moi) mais sans jamais recourir aux effets lourdingues de la chanson militante adolescente. L’univers des Têtes raides est avant tout un univers poétique et comme c’est l’essence de la poésie que d’être rétive à tout pouvoir et à toutes entraves à la liberté (relisez le déshonneur des poètes de Péret), le groupe n’a pas besoin de s’appuyer sur les tirades bien-pensantes du catéchisme « de gauche ».

Musicalement, le groupe n’abandonne pas non plus ses expérimentations, proposant quelques morceaux plus « rock » (le vibrant Banco ou Plus haut, morceau où l’on reconnaît dans les chœurs la voix pointue de la décidément incontournable Olivia Ruiz).

Mais le point culminant de cet album, c’est sans conteste Notre besoin de consolation est impossible à rassasier. C’est désormais une tradition bien établie : dans chaque album des Têtes raides se trouve au moins une adaptation musicale d’un poème. On se souvient des grands moments que furent les adaptations de l’amour tombe des nues de Robert Desnos (dans Le bout du toit), de Dans la gueule du loup de Kateb Yacine (dans Chamboultou) ou encore le superbe Je voudrais pas crever de Boris Vian dans Fragile.

Ici, Christian Olivier dit un texte absolument sublime de l’immense Stig Dagerman. Le morceau dure…20 minutes mais c’est extraordinaire. D’une part à cause de la beauté et de l’intelligence de ce texte qui parle de la liberté, de l’individu et du joug de la société (Dagerman était anarchiste et je vous renvoie à ma note sur son roman Le serpent : suivez les tags) ; d’autre part parce que la voix rauque et habitée du chanteur et les arrangements musicaux sont totalement envoûtants, donnant une vibration incroyable à ce texte (je me demande si Ferré ne disait pas que le chant donnait son sexe à la poésie mais peut-être que je fais une confusion). Je ne suis absolument pas fan des « performances » chantées où l’on doit se taper pendant 20 minutes le même air (Cf. certains délires d’Higelin) mais force est de reconnaître qu’ici, on atteint une perfection qui fait de Banco, selon moi, le meilleur album de l’année…

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2 Comments:

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