La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

samedi, décembre 22, 2007

I...rréversible

L’heure blafarde (1949) de William Irish (Folio policier. 1999)

Le choc que fut pour moi la découverte de quelques bouquins d’Ellroy m’a incité à farfouiller du côté des auteurs de polars américains, y compris les classiques (Chandler, Himes…) dont je ne connais finalement que les adaptations cinématographiques. Irish, est un exemple symptomatique. Je n’avais jusqu’à présent lu aucun de ses livres mais cela ne m’empêche pas de connaître J’ai épousé une ombre (adapté au cinéma par Robin Davis) ni le beau film de Truffaut tiré de La sirène du Mississipi.

En choisissant cette Heure blafarde, j’ai un peu tapé au hasard mais c’est aussi ce qui fait le charme de ces exercices en forme d’abécédaire.

Bricky est une provinciale débarquée à New York qui tente, tant bien que mal, de subsister en jouant les danseuses dans des boites où les hommes viennent échanger un ticket acheté 10 cents contre un tour de piste. Elle rencontre un soir un jeune homme tourmenté (Quinn) qui lui confie un peu plus tard dans la soirée qu’il a commis un vol qu’il regrette amèrement. Lorsque nos deux tourtereaux apprendront qu’ils viennent de la même petite ville de province, ils prendront la décision la plus ingénieuse : rendre l’argent avant l’arrivée de la police et quitter cette ville qui les étouffe. Malheureusement, lorsqu’ils se rendent sur les lieux de l’effraction, ils découvrent le cadavre du propriétaire du coffre… Ils auront jusqu’à six heures du matin (heure de départ du car) pour dénouer les fils de cette intrigue et faire coffrer les vrais coupables…

Ce qui frappe d’abord dans l’heure blafarde, c’est la rigueur métronomique de la construction dramatique du roman : unité de temps (l’action se déploie pendant une seule nuit et les personnages ne cessent de courir contre la montre), scission « géométrique » d’une intrigue qui suit parallèlement les trajets de la jeune femme et de l’homme, sécheresse d’un récit qui ne s’embarrasse d’aucun détail superflu ou de quelconques mauvaises graisses…

Ce style décharné fait même que le livre semble presque mécanique à certains moments (les fausses pistes auxquelles sont confrontés dans un premier temps nos deux héros) mais, bienheureusement, l’auteur parvient à dépasser le systématisme de l’intrigue à proprement parler pour créer une véritable atmosphère de roman noir.

A ce titre, les premiers chapitres sont remarquables. Irish nous fait partager le quotidien de cette petite danseuse, provinciale idéaliste rêvant de « réussir » à la grande ville. L’heure blafarde est un bel instantané qui révèle l’envers du « rêve américain » : la ville a avalé ces deux jeunes gens et leurs illusions. Irish rend très bien ce climat oppressant, cette sensation que New York est un monstre tentaculaire qui broie les individus. Après l’inquiétude que connaît Bricky d’être importunée par les clients ou abordée lorsqu’elle rend chez elle à la sortie de son travail, c’est un sentiment d’irréalité qui s’abat sur un livre souvent à la lisière d’un fantastique poisseux.

Le combat que mènent Bricky et Quinn vise moins les criminels qu’ils recherchent que cette ville monstrueuse où ils se sont perdus.

Et c’est ce qui fait l’intérêt de cette virée cauchemardesque entre chiens et loups…

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2 Comments:

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