La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

samedi, octobre 28, 2006

Le plein de vitamines


Aldebert. Les paradis disponibles

Quiconque a eu l’occasion de voir Aldebert en concert ne peut qu’être animé des meilleures attentions à son égard. Notre « adulescent » dégage effectivement un tel charisme, une telle énergie qu’on lui pardonne tout, notamment un univers assez balisé entre les souvenirs d’enfance et d’adolescence, la nostalgie du temps qui passe et les petites chroniques drôles ou désenchantées sur le quotidien du trentenaire d’aujourd’hui.
Les paradis disponibles est son quatrième (déjà !) album studio et se pose d’emblée la question à laquelle toute cette génération qu’on a regroupé sous le label « nouvelle chanson française » se trouve confrontée : continuer sur la voie qui a mené ces chanteurs au succès au risque de la redite ou renouveler son style quitte à perdre une partie de ce qui faisait leur attrait (authenticité, fraîcheur…). La question s’est posée pour Bénabar, j’en ai également parlé à propos de Vincent Delerm et je le referai prochainement quand j’évoquerai pour vous le nouvel album de Jeanne Cherhal.

Aldebert n’offre pas ici de réponse tranchée. D’un côté, il reste fidèle à son univers et l’on retrouvera sans peine les thèmes qui parcouraient ses précédentes galettes. De l’autre, on sent néanmoins le désir d’une évolution musicale et ne plus se cantonner aux petits arrangements à base d’accordéon et de cordes.
Le titre qui ouvre l’album nous met tout de suite dans le bain : avec l’appétit du bonheur, Aldebert tient sans doute là son tube et prouve une fois de plus son talent pour trousser des ritournelles aux textes astucieux dont les airs trottent très rapidement dans la tête. C’est rythmé, c’est enjoué : on adhère. N’empêche que musicalement, les arrangements sont un peu anonymes et assez formatés pour les diffusions en boucle sur les FM.
A vrai dire, c’est la seule réserve que je ferais sur ce disque qui me plait plutôt : à vouloir sortir des ornières du « rock-musette » (très peu de chansons accompagnées par le son de l’accordéon, snif !), Aldebert perd un peu de ce qui faisait le charme de ses albums précédents.
A part une Lulue Marlène joliment enlevée sur un rythme reggae et un très beau morceau au swing jazzy (Des chatons dans un panier), les titres s’enchaînent sur des musiques assez illustratives et parfois un peu déconcertantes (le zouk tout pourri de l’homme songe).

Cette réserve sur l’instrumentation pourrait être rébarbative sauf que, paradoxalement, ce n’est jamais la musique qui a fait la singularité de cet auteur-compositeur. Une fois de plus, c’est sur les textes qu’Aldebert emporte l’adhésion. Si les arrangements laissent à désirer, il y a chez lui un sens de la mélodie et du rythme qui grise rapidement l’auditeur. Quand à l’écriture, qui se laisse volontiers aller à jouer sur les mots (« pas de régime sans elle » , « l’homme descend du songe », « le moral à Zorro »), elle a cette qualité de toucher toujours juste et d’agir comme un miroir tendre et ironique. A chacun ensuite de trouver ce qui lui est le plus cher, que ce soit la première fois ou les réminiscences liées aux photos de famille (l’album photo qui louche une fois de plus du côté de Bénabar). Personnellement, les titres que je préfère sont ceux où Aldebert se livre un peu plus comme dans ces très belles odes au père (Mon père ce héros) ou à la bien-aimée (toujours Lulu Marlène).

Les musicologues patentés auront beau jeu de mépriser cette chanson qui ne révolutionnera certainement pas l’histoire des formes. N’empêche que le résultat est plutôt stimulant et que j’ai maintenant hâte de découvrir cet album en « live », sur cette scène où Aldebert donne le meilleur de lui-même et où il est exceptionnel…

Libellés : ,

3 Comments:

Anonymous Glurb said...

Bah en live au Zénith de Dijon on a eu droit à trois d'entre elles nan? (Mon père ce héros, celle sur les baisers, et Lulu Marlène)

N'empêche que oui, si ses textes sont toujours aussi bons, la musique m'a beaucoup déçu dans cet album (c'est d'ailleurs pour ça que je parlais de semi-déception). Oh c'est pas mauvais, loin de là, mais le terme d'"anonyme" que tu as choisi convient hélas trop bien...

12:06 PM  
Anonymous Dr Orlof said...

C'était celle sur les baisers? Il me semblait que c'était "l'appétit du bonheur"... Mais tu as peut-être raison, je ne m'en souviens plus vraiment (les deux autres, c'est certain!)
Au fait, tu n'as plus de blog?

6:22 PM  
Anonymous Glurb said...

Si, si, mais pour ce que je l'alimente, hein...

1:29 PM  

Enregistrer un commentaire

<< Home