La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

mardi, septembre 19, 2006

Ca commence aujourd'hui

Présent ? (2006) de Jeanne Benameur. Ed. Denoël

Jeanne Benameur, d’avantage connue pour ses livres « jeunesse », a été professeur de lettres et on le sent d’emblée dans ce court récit se déroulant dans le cadre d’un collège de banlieue. Nous sommes à la veille d’un conseil de classe de 3ème, moment décisif puisque vont être décidées les orientations des élèves et, d’une certaine manière, leurs avenirs. La principale s’inquiète de petites dégradations au sein de l’établissement tandis que la jeune prof de SVT déprime chez elle.
Je n’en dirai pas plus sinon que l’auteur va multiplier les personnages (du factotum à la principale en passant par divers professeurs, la documentaliste, quelques élèves), nous proposer un portrait en coupe d’un établissement « difficile » et en profiter pour livrer ses réflexions sur l’état de l’éducation nationale aujourd’hui.

Benameur pense bien (pense t-elle juste ? C’est un autre débat ! Personnellement, sur l’école, je renverrais plus volontiers à l’excellent Avertissement aux écoliers et lycéens de Raoul Vaneigem (Ed. Mille et une nuits).), les conclusions vers lesquelles elle tend sont difficilement réfutables (les conditions de travail de plus en plus dures des professeurs, les restrictions budgétaires qui précipitent les catastrophes et accentuent les inégalités, les classes surchargées qui empêchent l’individualisation de l’enseignement, le diktat des programmes et des notes qui nivelle les talents et n’aboutit qu’à une sélection d’enfants formatés par le savoir scolaire…) mais la question que l’on se pose en refermant le livre est celle-ci : tout cela méritait-il un roman ?

Franchement, ce n’est pas désagréable à lire mais ça ne me paraît pas relever de la littérature (à la limite, c’est un traité sociologique). Je n’ai pas lu Entre les murs de Bégaudeau mais quoiqu’on puisse en penser, il me semble que l’auteur a au moins le mérite d’adopter un parti-pris formel fort. Présent ? me semble dépourvu d’enjeux stylistiques. Benameur ne construit pas des personnages mais des stéréotypes illustrant les idées qu’elle porte sur l’école.
Les mutations des jeunes parachutés sans expérience dans les établissements les plus durs, loin de leurs familles et de leurs amis, sont un problème ? Voilà la jeune prof de SVT qui déprime en banlieue parisienne et qui se montre incapable d’enseigner, de faire preuve d’autorité.
Quel enseignement privilégier ? Le débat est toujours focalisé entre ceux qui optent pour la transmission académique des savoirs et ceux qui rêvent d’une école encourageant les vocations et les talents. Voilà donc d’un côté la prof d’Espagnol psychorigide, obnubilée par les notes et qui ne se soucie que de ceux qui réussissent et, de l’autre, le prof de français qui soudain décide de faire ce qui lui plait et de lire un extrait de livre à ses élèves. Ou encore la documentaliste qui propose des ateliers d’écriture et se fait le chantre d’une autre pédagogie (sans note).
Côté élèves, c’est la même chose. Benameur choisit à dessein deux cas particuliers (l’élève brutale qui ne possède pas les mots pour exprimer sa violence et qui soudain se reconnaît dans un texte de Kafka ; la jeune fille introvertie dont l’unique talent est le dessin) pour illustrer ses thèses. C’est très généreux mais c’est du Tavernier. Il n’y a que des idées, des stéréotypes et jamais on ne sent le moindre souffle de vie.
Même si elle fait mine de polir certains aspects de leurs personnalités, les personnages restent caricaturaux et représentent soit le mauvais côté de l’éducation selon Benameur (la prof d’espagnol, le parent d’élève anti-fonctionnaires et adepte de l’apprentissage…), soit les bons (la documentaliste, le prof de français, le conseiller d’orientation). Il n’y a pas une ligne de ce livre où l’on sente autre chose que l’illustration d’une thèse.
Le summum du « politiquement correct » arrive lors d’un épilogue artificiel et plaqué où ressurgissent les souvenirs des émeutes en banlieue de l’an passé (histoire de dire que les évènements décrits auparavant étaient prophétiques).

Tout cela fait que ce livre ne m’a procuré aucune émotion et m’est apparu comme assez décevant.

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2 Comments:

Anonymous Glurb said...

Dis voir, ô toi empereur du cinéma, roi des artistes décadents de la fin du pénultième siècle (si, si, pénultième, j'te jure) (ah dit comme ça ça fait un choc), grand-duc des auteurs licencieux, tu pourrais pas me donner une adresse ou duex à Dijon où trouver tes références, et dans quelle collection le cas échéant?


PArce que j'ai beau user mes (fort jolis) petons sur le pavé de la rue Musette, pas moyen de trouver Fénéon, Cami zet autres de la Fouchardière. Pourtant c'est pas faut d'avoir essayé, cet après-midi notamment (m'enfin, j'ai chopé "Belle du Seigneur", c'est toujours ça de pris).

Oh, et je me prostituerais volontiers (enfin, gigolo quoi) pour un endroit où trouver "La femme et le pantin", de Pierre Louys... Oh, bien sûr, tu vas me dire qu'il reste amazon.fr, mais étant donné la nature frauduleuse de es activités, je ne paye qu'en cash (ou en tout cas c'est l'excuse que je donne).


Merci d'avance!
Glurb

4:34 PM  
Anonymous Orlof said...

"La femme et le pantin" existe en "livre de poche" et doit être à la Librairie Grangier, mon cher Glurb!
Sinon, je te conseille un petit libraire qui a ouvert ses portes il y a peu, situé rue Auguste Conte (ou dans les rues aux environs), une petite rue parrallèle à la rue Jean-Jacques Rousseau (il a "Aphrodite" de Louys). Par contre, les auteurs que tu cites ne sont pas faciles à trouver. Fénéon, coup de bol, c'était chez les bouquinistes devant Notre-Dame. Cami, c'est importé d'Egypte et La Fouchardière, on en trouve parfois aux Emmaus de Norges.
Voilà pour les conseils :-)

8:58 PM  

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