La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

samedi, octobre 14, 2006

Forêt magique


La forêt des mal-aimés de Pierre Lapointe

Lorsque l’on s’appelle Lapointe, le plus difficile est sans doute de se faire un prénom. Pari gagné pour le jeune canadien dont on peut découvrir actuellement la forêt des mal-aimés, son deuxième album et le premier à sortir en France. Même si son univers n’a absolument rien à voir avec son homonyme (le génial Boby), il faut désormais se résoudre à compter avec ce Lapointe là tant son album est frappé du sceau de l’évidence. Evidence de la naissance d’un auteur-compositeur hors-pair, d’une écriture poétique et musicale renversante et d’une voix puissante et remuante. A l’opposé de tout ce qui se fait actuellement dans la chanson française (cette génération de trentenaires, que j’aime beaucoup d’ailleurs, se penchant avec humour et nostalgie sur leurs années d’adolescence), nous découvrons avec Pierre Lapointe un authentique lyrique. Par la grâce de son chant puissant, le jeune chanteur a par moment des accents déchirants qui vous collent des frissons dans le dos et offrent une émotion que je n’ai ressentie qu’en écoutant certaines chansons de Brel et de Barbara.

A mesure que je rédige cette note, je me rends compte que cet album reste assez indéfinissable. Lorsque j’en ai entendu quelques extraits à la FNAC aujourd’hui même, je me suis dit que c’était aussi un véritable album pop, avec ce qu’il faut de guitares électriques, de synthétiseurs emmenés par le tempo de la batterie. Mais c’est sans compter sur un grand nombre d’orchestrations classiques magistrales où le clavecin dialogue avec le violoncelle, le piano avec les violons. Qu’est-ce qui lie alors le rythme échevelé de Deux par deux rassemblés et la douceur mélancolique de ce sublime nocturne qu’est Au 27-100 rue des Partances ? (« Mais je n’aurai qu’à penser au passé// Tu sais celui qu’on s’est bâti/ A coup de rires et de joies/ Celui qu’on s’est donné le droit d’habiter/ Tu sais celui qu’on a souvent touché/ Du bout de nos doigts/ Celui qui a grandi entre toi et moi »).
Certainement l’écriture mais là encore, rien de simple.
Pierre Lapointe cisèle à merveille des textes qui ne parlent que d’amour, de l’amour qui donne des ailes et des envies de conquêtes ou celui qui vous tourmente, qui s’enfuit et vous fait perdre dans de drôles de forêts. Son écriture n’est pas vraiment surréaliste mais elle n’est jamais non plus naturaliste. On pencherait pour une sorte de baroque où une forêt mythique devient le décor des états d’âme du poète (« Chaque arbre est un membre oublié/ Chaque feuille, une âme délaissée/ Dans la forêt des mal-aimés/ Comme il fait bon s’y promener »). Paysage imaginaire où explose parfois la ferveur amoureuse et la fougue de l’amant (« Redis encore que cheveux gris/ Que même les yeux repeints de blanc/ Tu resteras couché sur moi/ Comme dans un grand étang de sang/ Que même lendemains dégrisés/ Ne viendront jamais pour froisser/ Nos vœux étincelants de soleil/ Et nos amours d’entre-sommeil ») ou au contraire la lassitude et le désespoir (« Je sais qu’encore hier/ L’amour s’est liquéfié/ Quelque part entre nous/ Aux trois quarts de l’allée// Resterons-nous toujours/ Pleurant à ses côtés/ Espérant retrouver/ L’ardeur des premiers jours ?).

Toutes les paroles de ces chansons seraient à citer tant séduit la finesse d’une écriture singulière et poétique, portée par des arrangements d’une rare beauté. Je n’en dis pas plus et me contente de vous suggérer d’accompagner Pierre Lapointe au cœur de son périple :
« L’épopée fantomatique commence
Au pays des fleurs de la transe
Les cheveux accrochés au vent
Je partirai les pieds devant
Le sourire amer d’irrévérence
Au pays des fleurs de la transe. »

Son album est tout bonnement époustouflant…

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1 Comments:

Anonymous voyance amour gratuite said...

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3:02 PM  

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