La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

dimanche, octobre 04, 2009

La geste anarchiste

La terreur noire (1959) d’André Salmon (L’échappée. 2008)

Poète, romancier, journaliste, critique d’art ; André Salmon, qui fréquenta de près Apollinaire, Max Jacob et les symbolistes, est resté « célèbre » pour ses Souvenirs sans fin (réédités chez Gallimard il y a quelques années). Avec la terreur noire, l’auteur poursuit son œuvre de mémorialiste en s’attaquant au mouvement anarchiste et aux « grandes heures » qu’il connut sous la troisième République.
Après un rapide panorama des origines théoriques de l’anarchisme (Salmon revient sur les personnalités de Proudhon, Bakounine, Kropotkine sans négliger Max Stirner) et les quelques prémisses du mouvement qu’il voit fleurir avec les convulsions de la Commune de Paris (Salmon consacre quelques très belles pages à la Vierge Rouge, notre bien-aimée Louise Michel) ; l’auteur arrive au cœur de son sujet et nous narre en détail les moments forts de la geste anarchiste, des premiers attentats de Ravachol jusqu’à l’exécution de Bonnot en 1912.
Je résume très succinctement car Salmon ne néglige pas quelques évènements antérieurs à l’arrivée sur le devant de la scène de Ravachol (les colères ouvrières durement réprimées par la flicaille, le cas de Clément Duval…) et trace un rapide panorama des suites données au mouvement libertaire à partir de la première guerre mondiale (l’affaire du Bonnet rouge, l’assassinat de Philippe Daudet, le fils de Léon, etc.).
Disons-le d’emblée, la terreur noire est un livre foisonnant et passionnant de la première à la dernière ligne. J’ai déjà lu pas mal d’ouvrages consacrés à cette période de l’Histoire de France mais aucun n’avait le souffle que parvient à lui donner Salmon. Sans doute parce qu’il ne se pose pas ici en « historien » mais parle d’une « chronique » du mouvement anarchiste. Plutôt que de décrire les faits le plus « objectivement » possible (comme si l’objectivité existait réellement !), Salmon ne renâcle pas à faire parfois preuve d’une « subjectivité radicale » du meilleur aloi (mais comme il est malin, il ne prend pas directement parti pour les anarchistes mais tente d’éclairer leurs motifs qui, invariablement, nous les rendent de toute façon sympathiques !). Son récit, plein d’humour acide et de traits vachards, n’hésite pas non plus à s’interrompre le temps d’un portrait ou d’anecdotes qui rendent cette chronique incroyablement vivante.
A côté de ça, si la terreur noire peut paraître « romancé » tant son style n’a rien à voir avec la prétendue objectivité historienne (l’écriture de Salmon est un régal), on réalise que l’auteur a fait de véritables recherches pour son livre et qu’il a consulté aussi bien les journaux de l’époque que toute la littérature relative au mouvement, y compris celle lui étant hostile (le fameux Péril anarchiste d’un certain Dubois que je rêve de dégotter aux puces). Que Salmon n’hésite pas à conter la manière dont il rencontra et serra la main à Jules Bonnot avant que celui-ci ne devienne le prétendu « chef » de la bande du même nom n’obère en rien la véracité des faits relatés dans cette fresque mouvementée.
Les auteurs de cette réédition (la terreur noire est d’abord paru chez Pauvert, en 10/18 en 1959) ont d’ailleurs inséré quelques notes lorsque Salmon semble s’éloigner de la vérité mais ces notes sont très, très rares (elles contestent, à juste titre, les premiers crimes attribués à Ravachol et remettent en cause, ce qui me paraît moins fondé car non appuyé sur d’autres sources, la version très largement répandue que l’attentat d’Auguste Vaillant à la Chambre des députés ne fut en fait qu’une provocation policière pour museler une presse un peu trop turbulente au goût des autorités).
L’ouvrage parvient donc à traduire parfaitement le bouillonnement de cette époque, qu’il soit politique (les attentats auxquels ont réduit bien trop souvent le mouvement anarchiste) ou intellectuel (grâce soit rendue à Salmon de donner des portraits de grandes figures trop peu connues comme Pouget, Zo d’Axa, Libertad ou Goldberg). Certains de ses jugements peuvent être contestés (Salmon exalte à juste titre de grands messieurs comme Fénéon ou Tailhade mais se montre un poil sévère contre Mirbeau à qui il reproche de n’avoir pas défendu Emile Henry comme il avait défendu Ravachol. On sait par ailleurs que la femme de Mirbeau publia, à la mort de l’écrivain, un faux testament où il affirmait renier toutes ses idées anti-chrétiennes et anarchistes. C’est peut-être ça qui fait que le génial auteur du Journal d’une femme de chambre est jugé bien durement à mon goût).
Je ne vais pas m’étendre plus longuement sur cet ouvrage admirable qu’il faut se procurer toutes affaires cessantes. Ajoutons simplement que cette réédition chez l’échappée de la terreur noire est superbement illustrée, que ce soit par des illustrations de journaux de l’époque ou les superbes dessins de Flavio Constantini.
Un beau cadeau pour les bibliophiles, en plus d’être un document rare…


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4 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Un très bon livre en effet que j'ai lu dans l'édition Pauvert non ilustrée hélas...
losfeld

1:54 PM  
Blogger Sovania said...

Mes vives félicitations pour votre site! Ça m'a beaucoup aidé et plu, surtout que tous vos partages sont intéressants. Longue vie à votre site. Surtout ne vous découragez jamais ; votre blog est vraiment au top !

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11:21 AM  
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Bonjour !
Je viens de parcourir votre site. Que d'originalité et surtout d'idées !
Je repasserai sûrement vous rendre visite.
Bonne continuation

10:00 AM  
Blogger audrey lefour said...

C’est pour la première que je viens de visiter votre site et je le trouve vraiment intéressant ! Bravo !

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11:46 AM  

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